Benkirane entre les paradis terrestre et céleste

Publié le par Karim El Maghribi

Avant de commencer cette modeste analyse que je consacre encore une fois au personnage controversé à bien des égards de Abdelilalh Benkirane et que j’aurais aimé appeler « billet blanc » mais qui pourrait aussi bien être intitulée « billet vert », mais vu les circonstances qui font que tout ce qui a trait au billet vert fait entrer ces derniers temps en transe plus d’un derviche, je renonce à mon vœu et je me contente du blanc (surtout qu’il est la couleur de l’islam comme l’est le vert), je pose la question suivante :

De deux choses l’une, ou bien Benkirane est vraiment un homme pieux, clean et honnête comme il voudrait bien l’afficher alors je dis que sa place est dans un couvent au fin fond du désert ou du moins dans une mosquée où il pourra prêcher la bonne parole ; ou bien c’est un vrai politique chevronné qui n’hésite pas à faire feu de tout bois pour parvenir à ses fins, auquel cas il doit accepter la règle du jeu démocratique qui veut qu’un homme publique soit obligé de composer avec les feux de la critique, partisane ou médiatique, et s’abstenir d’employer toute terminologie zoomorphique ou mafiosique pour qualifier ses rivaux : les crocodiles, les démons et tout récemment les salopards n’existent que dans l’imaginaire du chef du gouvernement sinon dans les contres de fées de Jamaa El Fna…

 

Une posture qui lui permet et d’assouvir

ses besoins d’autoritarisme et de calmer

sa conscience en mangeant de l’ail avec le bec

des autres et faisant du bien avec l’argent des autres

 

Parenthèse fermée et retour sur terre : Si Benkirane est un homme politique ou du moins en porte les attributs conventionnels, ce que je pense, alors je dis que c’est un piètre homme politique qui ne peut supporter que sa personne ou son action soit critiquée par ses adversaires comme ses amis. Et ce même si le Roi, quand il l’a reçu en novembre 2011 à Midelt pour le charger de former un gouvernement, l’a prévenu que « des jours difficiles l’attendaient »… Le Roi qui savait de quoi il parlait et qui bien qu’il soit souvent pris à partie, lui aussi, par les adversaires, les locaux comme les étrangers, n’a jamais qualifié ces mauvaises langues ni de crocodiles ni de démons encore moins de salauds. C’est vrai que le Roi ne risque pas de perdre son siège à la primature ni au parlement ni dans une assemblée locale comme Benkirane, ce qui nous ramène au début de ce billet blanc : si Benkirane a peur de perdre son fauteuil, il n’a qu’à choisir un boulot où il ne risque pas la disgrâce populaire tout en ayant droit au micro et aux caméras : un imam pourquoi pas ?

Seulement Benkirane qui a une mentalité à la fois complexe et simple adore, à mourir, le costume du chef de gouvernement d’autant qu’il est doublée de celui de chef du PJD et de chouchou des chèques de la « pétrodollarie ». Une posture qui lui permet et d’assouvir ses besoins d’autoritarisme et de calmer sa conscience en mangeant de l’ail avec le bec des autres et faisant du bien avec l’argent des autres.

En clair : Benkirane trouve un malin plaisir sinon une auto-thérapie en tirant sur tout ce qui bouge, en critiquant tous azimuts, en donnant des leçons à gauche et à droite ; comme il se plait à s’auto-complaire en faisant de l’aumône avec le denier public afin de réserver sa place au paradis et dans l'histoire. Comme on dit … En insistant sur la distribution de la somme de 1 000 dirhams (90 euros) à plus de 300 000 veuves indigentes jusqu’à accuser « son » ministre des Finances de mauvaise foi Benkirane cherche à faire d’une « bière deux coups » :

Et d’un contenter les « démons » de sa conscience d’homme élevé dans un environnement pieux, et de deux garantir sa place dans le « paradis électoral » des prochaines municipales dont la perte l’obsède au point d’en perdre le sommeil, surtout que l’exemple du parti socialiste français qui a encaissé en moins de jour une double claque, municipale et européenne, est bien là pour exacerber sa hantise.

Publié dans Focus

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