Maroc : Pourquoi les élections communales sont devenues soudainement une bonne affaire

Publié le par Karim El Maghribi

Les scrutins communaux ont toujours été le parent pauvre du calendrier électoral au Maroc. C’est le mandat législatif qui attire le plus les Marocains éligibles et que le monde de la politique intéresse. Pour des raisons évidentes : le député-ou le conseiller parlementaire- touche un bon salaire mensuel, jouit de moult avantages en nature et surtout bénéficie, durant toute la durée de son mandat, d’un vaccin anti-poursuites judiciaires que les spécialistes appellent  « l’immunité parlementaire ». Alors que le conseiller communal, lui, ne touche rien excepté de rares et modiques indemnités, et est exposé en permanence aux poursuites, à tort ou à raison, devant les tribunaux. Son seul avantage, en fait, c’est la possibilité de faire valoir son poids à l’occasion des tractations et des marchandages lors d’un vote décisif mais encore faut-il qu’il fasse partie d’une grande formation politique rodée au métier du busines et aux pratiques du commerce politicien…

Mais depuis le discours royal du 9 mars 2008 qui a annoncé le projet ambitieux de la régionalisation (que les politiques n’ont pas saisi la portée ou ont compris à la façon qui leur sied) et dont une commission ad-hoc a livré copie en 2010 après 18 mois de réflexion, le scrutin local devient  miraculeusement attirant ! Et pas seulement pour le Marocain lambda : les partis politiques, de tous les bords et les couleurs, sont aussi « séduits » par l’élection communale et beaucoup plus qu’ils l’étaient avant 2010 !

Qu’est-ce qui s’est donc passé pour que le mandat de conseiller communal soit devenu brusquement aussi alléchant que celui de député, sinon plus ?

 

Préparer le peuple aux prochains sacrifices

notamment le prix à payer pour continuer à avoir

l'eau courante et un "environnement sain"

 

La réponse est dans le nouveau projet de la régionalisation qui  à le lire n’a rien à voir avec l’ancien relatif à l'organisation de la région. (Dahir n° 1-97-84 du 2 avril 1997 portant promulgation de la loi n° 47-96). A titre d’exemple, ce nouveau projet apporte plusieurs nouveautés qui en font un texte très en avance sur ce que les partis politiques même les plus radicaux n’ont jamais réclamé. Un tiers de sièges réservés aux femmes dans les conseils régionaux, représentation  de la société civile au sein de ses assemblées etc.  Mais ce n’est pas ce genre de nouveautés qui fait tellement jaser les politiques à les faire entrer en transe. Il faut beaucoup plus que ça pour les secouer. L’épicentre sismique est tout simplement le pognon ! Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre même sainte. Demandez aux fous de l’EIIL (داعش) ce qui les fait courir…

Le  nouveau projet de la régionalisation dont une mouture a été distribuée aux partis politiques prévoit en fait une nouveauté alléchante : le président du conseil régional  voit désormais ses attributions renforcée avec l’octroi d’une prérogative jadis dévolue exclusivement aux préfets et aux walis ; celle d’ordonnateur (أمربالصرف) à savoir le pouvoir de signer des chèques pour des marchés que la collectivité aura passés avec le secteur privé entre autres. Et quand on sait que des concessions de services publics comme la distribution d’eau ou de d’électricité, le ramassage et le traitement des déchets ménagers, médicaux et industriels etc. ça représente des sommes d’argent qui font tourner la tête est les langues, on comprend pourquoi le métier de conseiller communal est devenu un filon d’or. Pour en avoir le cœur net il suffit d’observer certaines sous ministres affectées aux secteurs qui donnent l’eau à la bouche (où il y a encore assez de marge à gratter) comme celui de l’eau ou de l’environnement : Mme Charafat Afailal et sa collègue Hakima El Haite ne cessent de multiplier ces derniers temps les déplacements et les déclarations publiques (pour préparer le peuple aux prochains sacrifices notamment le prix à payer pour continuer à avoir l'eau courante et un "environnement sain"), et ne tiennent plus en place ! Les pauvres !

Tout tourne autour de l'eau

Tout tourne autour de l'eau

Publié dans Focus

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