L’EIIL n’est qu'une mutation cancérisante de la dissidence en Islam

Publié le par Karim El Maghribi

Le Levant (Cham) et l'Irak, toxines mutagènes d'un cancer généralisé si pas traité radicalement et rapidement.

Depuis la fin de la période préislamique, dite Al Jahilya (l’Ignorance), l’islam a connu des hauts des bas, des succès et des coups bas. Et pas toujours de la part des nations et peuplades non arabes : les coups les plus durs sont donnés par les Arabes eux-mêmes. Guerres tribales, assassinats religieux et politiques où des villages et des récoltes ont été brûlées, des eaux de boisson empoisonnées, des leaders poignardés en pleine prière dans les aires sacrées des mosquées… Si Youtube et Facebook existaient en Arabie du VIIe siècle de l’ère chrétienne les internautes auraient été aussi horrifiés que de nos jours avec ce  qui se passe en Syrie et en Irak, ces vidéos horribles montrant des combattants ou des journalistes décapités au couteau par des djihadistes enrôlés sous diverses bannières dont celle de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) est la plus célèbre.

Selon une vérité, communément admise et attestée par plusieurs théologiens dont je me garderai bien de nommer (ne serait-ce que pour éviter de tomber dans le piège du  « religieusement correct »), le kharijisme est avec le sunnisme et le chiisme l'une des trois principales branches de l'islam.

La communauté des Kharidjites doivent leur appellation de « khawarij » à une période cruciale de l’histoire des premier temps de l’islam. Cette appellation   a été choisie par Ali, le cousin du Prophète Mohammed, pour désigner tout mouvement musulman contestataire, sans qu’aucun compte ne soit tenu de leurs revendications ni de leurs méthodes, fussent-elles radicalement opposées.

Historiquement la branche kharidjite, au départ embryonnaire, prit de l'ampleur et de l’importance à cause du rejet de l'arbitrage entre Ali et Muâwîya ibn abi Soufiane à l'issue de la bataille de Siffin qui les avait opposés en 657 de l’ère chrétienne. Cette bataille fratricide entre musulmans avait été meurtrière et Ali dut se résigner à l’idée d'un arbitrage pour arrêter le bain de sang. Les traditions orales populaires parlent de flots de sang ayant arrivé jusqu’aux cous des chevaux (1) ! En principe les kharidjites, partisans d'Ali, se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s'être soumis à un arbitrage car « L'arbitrage n'appartient qu'à Dieu ».

Le clan rebelle était, du point de vue kharidjite, celui de Muâwîya qui aurait dû s'incliner devant Ali.

Face  à la communauté des  kharijites et celle de ceux qui sont restés fidèles à Ali, la branche principale de l’islam : « Ahl sunna wa al jamaa - أهل السنة والجماعة " ce qui peut se traduire par « les gens de la sunna et du consensus ».

Selon l’imam Tajeddine Ibn As Subki sont unanimes en ce qui concerne l'obligatoire, le permis et l'impossible pour Allah, même s’ils ont utilisé des méthodologies et des fondements différents pour y  arriver. Grosso modo, trois subdivisions  forment « Ahl sunna wa al jamaaa :

a) Les gens du hadîth (ahl al hadîth). Leurs principes fondamentaux sont les preuves philologiques tirées de la révélation;

b) Les gens de l'examen rationnel (ahl un nadhar al aqqli). Ce sont les Acharites et les Hanafites;

c) Les gens de l'extase et du dévoilement (ahl al wijdan wal kachf), ce sont les Soufis.

Cette branche principale et dominante Ahl sunna wa al jamaa qui se définit comme la voie pour un islam des pères fondateurs et des apôtres (sahaba) du Prophète s’appuie sur un passage coranique pour écraser toute rébellion et dicter se doctrine aux minorités. L’inverse étant aussi vrai. C'est ce passage  même du Livre saint de l'islam qui a permis à Muâwîya et ses compagnons et l'emporter sur Ali et ses troupes. Il s'agit du texte suivant :

« Si deux partis de croyants se combattent, rétablissez la paix entre eux.  Si l'un se rebelle encore contre l'autre, luttez contre celui qui se rebelle.  Jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre de Dieu. »

-Le Coran, Al-Hujurat (Les Appartements), XLIX, 9.

Mais le monde arabe et musulman d’aujourd’hui, engagé dans la spirale infernale de la mondialisation avec ses cortèges de luttes des classes, de raréfaction des ressources hydriques et énergétiques fossiles, de famines, de maladies meurtrières, de chômage endémique, d’athéisme rampant, de « printemps arabes », de népotisme, d'ignorance, de misère…, ne peut plus se permettre de vivre une autre histoire de dissidences comme celles de jadis. Désormais le mot d’ordre et à l’union sacrée face aux «dangers» qui menacent la umma… Dont l’EIIL et assimilés. Seulement c’est une partie très difficile. L’EILL est un cancer qui sera long à éradiquer, ainsi l’a qualifié judicieusement le président Obama dans son dernier discours à la Nation. Un cancer d’origine mutationnelle qui a déjà dépêché et placé ses sentinelles et métastases partout dans le monde arabe et aussi non arabe... Si bien qu’un nettoyage post éradicateur risque de provoquer de graves dégâts latéraux, entre autres le risque de fragiliser les ordres établis au sein de la grande sphère qu’est Ahl sunna wa al jamaa. Qu’à Allah ne plaise ! En tout cas ...

  1.  Métaphore probablement syncrétique : Les  récits sur les conquêtes d’Alexandre le Grand en Asie évoquent aussi des «mers» de sang ayant arrivé jusqu’au cou des montures.
Abou Bakr Al Baghdadi, le calife autoproclamé de l'EILL (tel qu'l est présenté dans les médias)

Abou Bakr Al Baghdadi, le calife autoproclamé de l'EILL (tel qu'l est présenté dans les médias)

Publié dans Focus

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