Les casseroles létales de la démocratie

Publié le par Abdelkraim Chankou

La non-exemplarité, le mensonge et le carriérisme sont les trois toxines létales des démocraties occidentales.

 

Vous vous attablez à une terrasse de restaurant, vous consultez la carte et vous demandez au garçon de vous servir ce que vous avez choisi. A quelques rares exceptions, vous mangez ce que vous avez demandé. Mais jamais exactement ce que vous aurez aimé bouffer, même si la salière et la poivrière ainsi que les flacons d’autres condiments et épices étaient mis à votre disposition pour corriger d’éventuelles carences gustatives. Bref manger dans un restaurant de ville fût-il un Quatre Fourchettes ne garantit pas à 100 % que la saveur de l’entrée, plat ou dessert que vous aurez commandés sera exactement celle de vos rêves. Et ce même si vous vous estimez pleinement satisfait ! Car le fait de manger dans une guinguette de luxe force préalablement votre jugement en sa faveur. On ne crache jamais dans un bol 3 ou 4 fourchettes sans risquer de passer pour un plouc. Question de psychologie conformiste. En effet, quelques soient le professionnalisme et le savoir-faire de la toque blanche qui a préparé voit pitance, il ne pourra jamais savoir combien vous mettez d’habitude de quantité de sel, d’huile ou d’eau dans vos plats, sauf si le cuistot est à votre service exclusivement.

En démocratie, c’est pareil. Les hommes politiques, bien élus ou mal élus, ne sont pas au service d’un seul électeur. Mais de plusieurs milliers ou millions d’entre eux, qui n’ont pas forcément les mêmes papilles gustatives… Dès lors un président, chef de gouvernement, député ou édile ne pourra jamais satisfaire la totalité de ses électeurs. Pour le chef d’Etat c’est plus difficile encore ; étant donné qu’il est censé être le président de tout le monde, celui de ceux qui ont voté oui, non, blanc ou simplement resté chez eux le jour du vote…

Donc le quiproquo voire la rupture qui apparaît fréquemment dans les démocraties, entre un homme politique et ses électeurs après les fameux 100 jours de sursis, est inévitable et somme toute naturel.

Le meilleur exemple d’une bonne pomme de discorde : le mariage entre les couples de même sexe. Comme le nombre de ceux qui ont porté cette formation politique aux affaires et qui sont contre ce type de mariage sont forcément beaucoup plus nombreux que leurs « frères du vote » gays- ou favorables à cette forme d’union-, il est impossible au parti politique vainqueur de légaliser cette forme d’union sans provoquer l’ire de la majorité de son électorat. De même impossible d’abandonner cette légalisation du mariage homo sans que la communauté gay ne sente trahie par le parti pour lequel elle a donné ses voix, surtout si la réforme faisait parti du programme (ou de la réclame) électorale.

Le revers de la médaille le plus méchant de cette mécanique incontournable est la naissance d’un fossé entre la classe politique et le peuple. Un fossé qui s’agrandit au fil du temps, parallèlement à la montée des courbes de chômage, du coût de la vie ou de l’insécurité…

Cependant, cette mécanique inévitable et qui prouve que les démocraties occidentales portent en leur sein les germes de leur perte n’est pas fatale. Dans ce sens qu’il y a un moyen de réduire les dégâts voire les atténuer. Le remède a trois noms : éthique, probité, exemplarité. Un triptyque qui doit figurer en lettre de feu dans le préambule du CV de chaque homme politique. Sinon la rupture ne tardera pas à se transformer en rejet pour ne pas dire en rébellion. Et comment pourrait-il en être autrement quand des politiciens s’affichent en télé avec des boutons de manchette en or ou des montres Rolex serties de diamants pour parler d’austérité budgétaire ? Comment pourrait-il en être autrement quand des ministres, touchés par la crasse de l’Etat (encrassés jusqu’au cou) donnent des leçons en patriotisme alors que leurs sous sont soigneusement camouflés dans des paradis fiscaux ?

Comment pourrait-il en être autrement quand des syndicalistes dissertent le jour sur la confiance et tapent dans la caisse la nuit ?

On peut multiplier les exemples à l’infini mais une chose est sûre : la non-exemplarité, le mensonge et le carriérisme sont les trois toxines létales des démocraties occidentales.

 

Publié dans Opinion

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