Le XXIe siècle : Temps de la peur et du doute

Publié le par Abdelkarim Chankou

« Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas. » disait André Malraux. L’homme politique et intellectuel français avait vu juste. Mais au mysticisme, il faudra bien ajouter deux autres perceptions : le peur et le doute. Deux phénomènes qui ont émergé subitement au lendemain du 11 septembre 2001, jour funeste des tristement célèbres attentats contre les tours jumelles du World Trade Center à New-York, pour planer ensuite, comme un gigantesque nuage noir, sur l’ensemble de l’Humanité. Nuage noir dont l’effet a été amplifié et grossi infiniment par la plus récente vague de la globalisation, induite par la chute du Mur de Berlin et la dislocation de l’Empire soviétique, vers la fin des années 1980. Ces deux phénomènes, la chute du soviétisme et l’effondrement des Twin Tower, ont coproduit une colossale onde de choc, un véritable catclysme dont les retombées sur la psychologie collective de l’Humanité n’ont fait l’objet ni d’articles de presse ni d’études scientifiques ou sociales assez suffisants et sérieuse, malgré la gravité du moment. Entre 1989 et 2001, douze longues années d’interrogations empreintes de retour au religieux, de recherche de plus de libertés et de démocraties, principalement par les peuples du Tiers monde ou de l’ex Bloc communiste,mais aussi un retour au mysticisme, comme l’avait prédit Malraux. Mais la chose n’est pas vraiment une nouveauté en soi. C’est une constante de l’histoire. Chaque fois qu’un grand traumatisme se produit quelque part, un changement politique brutal et radical ou la résurgence d’une épidémie extrêmement mortelle comme la peste par exemple, il y a l’apparition ou la naissance d’un grand sentiment cultuel ou mystique qui peut évoluer au grade de religion d’Etat. Tout se passe comme si la peur et le doute sont solubles dans la foi. Ce fut le cas notamment, aux premières années du Ier siècle grégorien, avec la fin du régime républicain et le début de celui dit du « principat » augustéen, puis tibérien, qui a vu le christianisme; naître et gagner du terrain pour atteindre le niveau de religion officielle de l’empire constantinéen (*). Au lendemain du choc de la seconde guerre mondiale, le grand boom immobilier, né des gigantesques chantiers de la reconstruction en Europe, a favorisé l’éclosion de la société de consommation. Fortement traumatisés par cinq années de guerres fratricides, destructrices et cruelles, les peuples européens ont exprimé une violente envie de consommer moderne : voitures, électroménager, voyages, cinéma, télévision, habillement, cosmétique… pour publier le passé. Un passé atroce. Cette boulimie consommatrice a été d’ailleurs été exploitée comme il se doit par le capital qui a non seulement suivi la demande mais a crée d’autres besoins…

Pour retourner à notre propos initial, celui de la peur et le doute qui marquent ce début du XXIe siècle, disons que par homotéhtie, au moins, c’est le même raisonnement. Les chocs de 1989 et de 2001 ont été traumatisants comme le furent la fin du régime de la république dans Rome antique ou l'avènement de seconde guerre mondiale il y a 70 ans. Que l’invincibilité de la première puissance économique, scientifique et miliaire du monde (réalité martelées des années durant par les films à gros budget de Holywood), soit ébranlée en quelques secondes par un film vidéo, tourné par un mateur (montrant des avions de lignes percuter et effacer le symbole même de puissance américaine), a froidement déçu plus d’un, aussi bien dans le camp des américanophiles que des américanophobes. Si les sentiments immédiats et tardifs, exprimés devant l’ampleur de cette catastrophe, pouvaient diverger, l’impression d’un « remake » réel de l’épisode biblique de « Sodome et Gomorrhe » remontait souvent en surface pour ne pas dire prenait le dessus. Et qui dit épisode biblique dit forcément religion. CQFD. Cette perception d’impuissance qui a favorisé un retour plus rapide au religieux s’est accompagné de deux autres perceptions plus que subsidiaires : Le doute et la peur. Le doute des gouvernants, de la politique, du syndicalisme, de l’entreprise, de soi, de son entourage, des siens, de ses voisins, de ses amis, de l’avenir… Un sentiment d’incertitude qui a trouvé son paroxysme et sa sédation dans la « Théorie du complot » . Une théorie qui a bon dos même si le complot trouve parfois sa justification... Qui est derrière l’attentat contre les tours jumelles ? Les Etats-Unis ne sont-ils pas les responsables des nombreux troubles et maladies dans le monde ? La fin de l’empire américain ne sonne-t-il pas le glas de notre civilisation ? Si les Etats-Unis ne parviennent pas à faire reculer le chômage comme d’autres nations plus petites pourront-elles y parvenir ? etc. Et last but not least, cette faiblesse de l’Amérique a ouvert la voie un monde nouveau qui n’a plus rien à envier à une pétaudière : Voilà des années que le monde se réunit pour s’entendre sur une stratégie efficace de réduction des gaz à effet de serre, cause directe, de changements climatiques chaotiques et létaux. Des grands pays comme le Canada, la Chine, la Russie ne se montrent toujours pas chauds pour s’y inscrire sérieusement. Les Chinois croient dur comme fer que si l'Occident les pressent à baisser les émission du CO2 c'est pour les amener à réduire la cadence de leur croissance qui fait des jaloux... La Conférence COP 20 de Lima ne dérogera pas à la règle par ses grandes promesses sans lendemain.  Le climat continuera  à chaoter, ce qui aggravera davantage les sentiments de peur et doute. Et pour cause. Le pays de l’Oncle Sam, d’habitude catalyseur des mécanismes de prise des grandes décisions planétaires, est out ! Résultat :  Personne n’a raison de se réjouir de la faiblesse des Etats-Unis. Ni la Chine, ni la Russie. Sauf si un nouvel ordre mondial est instauré. Mais pour y arriver il faudra encore plus temps et de casse.

(*)Dans les sociétés l'Etat n'a aucune religion, cette évolution peut s'exprimer par une séctarisation des camps laïcs ou marginaux.

Publié dans Opinion

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