Pourquoi le soutien du Maroc aux Saoudiens contre les Houtis relève en fait de la routine

Publié le par Abdelkarim Chankou

Le 26e sommet arabe de Charm El-Cheikh qui a vu l’absence de certains chefs d’Etat et surtout de la Syrie dont l’adhésion été suspendue en novembre 2011 par la Ligue arabe, à cause de la guerre civile dans ce pays, s’est soldée, dimanche 29 mars, par la prise de certaines résolutions dont la plus saillante est celle relative à l’adoption du principe d’une Force militaire qui aura pour missions « l'intervention militaire rapide en vue de faire face aux menaces sur la sécurité des pays arabes et leur souveraineté nationale, y compris les menaces des organisations terroristes, et ce sur la base d'une demande du pays concerné. » Pour ce faire, « les dirigeants arabes ont chargé le Secrétaire général de la Ligue arabe, en coordination avec la présidence du Sommet, de convoquer une équipe de haut niveau, sous la supervision des Chefs d'Etat-major des pays membres, à une réunion dans le mois suivant l'adoption de cette résolution pour étudier les différents aspects de cette question et proposer les mesures d'exécution et les mécanismes d'action ainsi que le budget nécessaire à la création de cette Force militaire commune et sa composition. » Un délai de trois mois est imparti à cette équipe de haut dont fait partie le Maroc niveau pour rendre sa copie en vue de l’adoption de ce projet de Conseil de la défense arabe commune. Le Maroc désigné pour abriter le prochain Sommet arabe en 2016 accueillera-t-il le siège de cette institution de défense commune en cas où elle verrait le jour ? Ou bien ce sera l’Egypte ? Laquelle cherche, visiblement, à reprendre le flambeau du leadership du Monde arabe qu’elle a perdu au lendemain de la signature des accords du Camps David avec Israël en 1979. En attendant de savoir un petit retour sur image : Les Arabes n’en sont pas à leur premier essai de la création d’une force de défense commune. Le 17 juin 1950, ils concluent un Pacte de défense collective et de coopération économique essentiellement pour palier les erreurs de la première guerre de Palestine de 1984-1949. Parmi les 5 organismes prévus par ce pacte, le Conseil de défense commune composé des ministres de la défense et des affaires étrangères des pays membres de la Ligue. Mais ce Conseil dont le siège sera basé à Rabat n’avait jamais fonctionné pour diverses raisons dont le fait que plusieurs Etats membres étaient sous occupation étrangères au moment des faits. « La coopération en matière de défense, qui constituait un objectif de l'organisation, ne s'est pas concrétisée, et le +Pacte de défense collective+ entrée en vigueur en 1952, n'a jamais fonctionné, que ce soit lors de la crise de Suez en 1956 ou des différentes guerres israélo-arabes (1967, 1973). » Pourtant le bâtiment-fantôme qui devant abriter ce Conseil de défense commune existe toujours à Rabat. Un musée en lien aire que personne ne visite. Pis : presque personne n’en connaît l’existence !

Le Maroc désigné pour abriter le prochain Sommet arabe en 2016 accueillera-t-il le siège de cette institution de défense commune en cas où elle verrait le jour ?

Question légitime : le principe de la création de cette Force militaire arabe commune connaîtra-t-il le même échec que celui du mort-né Conseil de défense commune ? Oui est non. Oui ; car cette idée est outre qu’elle est vague dans sa conception n’est nullement contraignante pour les pays membres d’une Ligue arabe sclérosée par les divisions et les contradictions. Non ; car le premier organisme de défense était dirigé contre Israël alors que le second l’est contre le terrorisme intra-arabe et avec la bienveillance de l’Etat hébreu. La preuve en est l’existence avant ce 26e sommet d’une force de dix Etas arabes et musulmans conduits par l’Arabie saoudite (et Washington) qui mène effectivement et de manière inédite des raids aériens sur les positions des Houtis au Yémen. Par ailleurs, cette intervention militaire du Maroc aux côtés de l’Arabie saoudite n’est ni la première en date ni dirigée exclusivement contre les chiites. Mais aussi contre des sunnites. En 1979 des des militaires marocains et français ont intervenu en force à La Mecque pour faire avorter une prise d’otages qui a failli sonner le glas de la famille des al Saoud. La prise d'otages par des fondamentalistes islamistes et opposants à la famille royale saoudienne, de la mosquée Al-Masjid al-Haram, à La Mecque (Arabie saoudite), le 20 novembre 1979. « Le 20 novembre 1979, premier jour de l'an 1 400 (1er Mouharram)* du calendrier musulman, un groupe d'environ 200 fondamentalistes islamistes, composé de Saoudiens et d'Égyptiens étudiants à l'Université islamique de Médine, lourdement armés, prend par la force le contrôle de la mosquée Al-Masjid al-Haram (La Grande Mosquée) à La Mecque. À la tête de cette prise d'otage, qui implique aussi bien des hommes que des femmes, se trouve Juhaiman ibn Muhammad ibn Saif al Utaibi, caporal retraité de la Garde nationale saoudienne qui appartient à une puissante famille sunnite du Najd. » Pour l’anecdote ce sont les Forces spéciales envoyées par feu Hassan II qui ont terminé le boulot, les éléments du GIGN n’avaient pas le droit de pénétrer dans l’enceinte sacrée de la Mosquée car ils n’étaient pas musulmans. De même les interventions militaires marocaines pour défendre les pays du Golfe ne se limitent pas au royaume saoudien, mais englobe aussi d’autres pays comme les Emirats Arabes Unis. « En 1979, le pays de Cheikh Zayed n'est pas encore l'empire technologique et financier d'aujourd'hui mais, déjà, une grande puissance pétrolière au cœur d'une région mouvementée. L'année où Laânigri débarque à Abu Dhabi, le shah d'Iran est renversé, les Soviétiques entrent à Kaboul et la guerre irano-irakienne est déclenchée. Pourquoi dans ce contexte avoir choisi Laânigri ? Hamidou Laânigri [rentrée plus tard au Maroc, le colonel major [appartenant au corps de la gendarmerie royale] sera désigné successivement patron de la DST puis de la DGSN avant de finir sa retraite à la tête du commandement sud des Forces auxiliaires avec le Grande de général de Division] passera finalement dix ans à la cour de Cheikh Zayed. Il veillera personnellement à la mise en place du service de sécurité rapprochée du puissant émir, participera au renforcement de certaines unités militaires émiraties et cooptera plusieurs cadres et techniciens marocains. Là aussi, il garde un contact direct avec le Palais qui le charge de missions spéciales.) Donc cette mise à disposition de l’opération Tempête Décisive de l’escadrille des F15 marocains et leurs pilotes en stationnement aux Emirats arabes unis où il combattaient Daesh aux côtés d’une coalition internationale depuis octobre 2014, n’est que la suite d’une longue tradition de coopération étroite entre le Maroc et l’Arabie saoudite qui tout l’indique est à l’abri des vicissitudes du temps.

(*) Selon la tradition arabe islamique et préislamique on ne fait pas la guerre durant ce mois de Muharram. Mot qui signifie littéralement « interdit ».

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