Pourquoi le « cirque romain » des temps modernes est médiatico-politique

Publié le par Abdelkarim Chankou

Face aux grands défis du siècle et les grandes interrogations et peurs qu’ils suscitent chacun cherche ses repères, son refuge, ses boucs émissaires où il peut étouffer ou noyer ses craintes et doutes. L’Occident n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. « Les 1% les plus riches possèdent plus du quart de la fortune totale en Europe. Et 10% des ménages européens les plus riches détiennent plus de la moitié du patrimoine du Vieux Continent ! » Cette mécanique inexorable qui appauvrit les pauvres et la classe moyenne pour engraisser les riches est à l’origine de l’exacerbation de ces craintes et doutes, nés de la résurgence ou recrudescence de maladies graves et dévastatrices apparemment incurables comme l’Ebola, la grippe aviaire ou le Sida. Le pauvre smicard qui se réjouissait de pouvoir se payer un pack de lait par jour, quelques boîtes de légumes en conserve et un peu de charcuterie est aujourd’hui choqué d’apprendre que tous ces produits et bien d’autres sont nuisibles à la santé humaine. Les légumes déjà contaminés par les pesticides sont conservés grâce à d’autres produits chimiques aussi néfastes alors que les viandes transformées mécaniquement (saucisses, jambons compactés, pâtés…) ne sont pas meilleures pas plus que celles fraîchies bourrés d’hormones, sans oublier le lait UHT comme le frais qui est censé provoquer des cancers notamment à cause des œstrogènes et pesticides qu’il peut contenir… En bref les sans le sou et autres indigents se sentent cernés de tous parts et Dieu ne semble pas vouloir « intervenir » pour rétablir la justice. Mais « que fait le bon Dieu ? » est le juron que l’on entend prononcer souvent face à des situations de désespoir… Adieu les Trente Glorieuses, loin l’époque de « Tout le monde est bien tout le monde il est gentil », bonjour l’ère de « Le monde n'est pas facile, il n'est pas gentil » pour reprendre une formule fraîche- et ô combien révélatrice d’une certaine réalité- de François Hollande . Oui pour le consommateur moyen de base rien ne sera plus comme avant. Plus d’espoir que la situation s’améliore un jour, désormais il faut se résigner et apprendre à vivre avec les nouvelles craintes du XXIe siècle… Heureusement que les complots réels ou supposés pour détourner l’attention du vulgum pecus ou noyer ses craintes ne manquent pas, de même que les boucs-émissaires. Mais ces « dérivatifs d’opinion » ne sont pas toujours l‘arabe ou l’immigré ou encore les hordes de migrants clandestins aux portes de l’Occident ! Ils s’appellent aussi Daesh, montée du niveau des océans et des températures sans perdre de vue les probables conflits entre puissances susceptibles d’écourter le chemin vers la fin du monde tel que le conflit en Ukraine ou le nucléaire iranien… Cependant l’Occident n’est pas le seul terrain de ces craintes et peurs que l’ont essaye de dévier bon an mal an. Le Tiers monde est également de la partie. Mondialisation oblige. Au Maroc à chaque période délicate les vieux démons refont leur apparition comme par enchantement. Les plus qualifiés pour amuser la galerie sont le sionisme, Israël, la Palestine et d’autres sujets aussi stériles comme la légalisation de l’avortement ou l’âge du mariage, la polygamie, l’homosexualité… Dernier épisode en date. Cette information rapportée par le site israélien JSS News selon quoi « les joueurs et le staff technique de l’équipe nationale d’Israël de Judo, sont retenus, leurs passeports confisqués, dans un aéroport marocain, probablement, l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. » Le média israélien a précisé que « la police des frontières marocaine aurait interdit à l’équipe israélienne d’entrer au Maroc, accompagnée de gardes armés, mesure de sécurité que l’entité sioniste imposerait à ses équipes qui se rendent dans les pays arabes. » Un argument qui tient la route. Seulement il se trouve que bien des princes et émirs du Golfe amateurs de la chasse au faucon viennent chaque année au Maroc y exterminer l’outarde - un oiseau rare pourtant protégé par les lois internationales - équipés de leurs véhicules tout terrain et surtout de leurs gardes armés jusqu’aux dents.

Mais ces « dérivatifs d’opinion » ne sont pas toujours l‘arabe ou l’immigré ou encore les hordes de migrants clandestins aux portes de l’Occident !

Aussi, dans les années 1980, l’ex-dictateur Saddam Hussein assistait-il à des sommets arabes abrités notamment par le Maroc avec son flingue posé devant lui ! A l’heure de la rédaction de ces lignes, l’équipe israélienne qui est « au Maroc pour prendre part au 5e Judo Master mondial qui se tient du 23 au 24 mai à Rabat en perspective des qualifications aux jeux Olympiques de Rio de 2016 », serait toujours retenue. Mais d'autre sources ont une autre version : L'équipe ne disposaient pas d'un visa d'entrée au Maroc et il fallait leur en faire sur place ; quant à la rétention du groupe et la confiscation de leurs passeports il n'en était rien. En tout cas, c'est une péripétie de plus pour distraire la populace à quelques semaines des élections communales et dans un contexte de blocage total du dialogue social. Concomitamment à cette histoire de judokas indésirables une autre pas moins « excitante ». Il s’agit d’un feuilleton qui a commencé au début de 2015 : « Plusieurs associations, syndicats et associations professionnelles au Maroc ont créé une coalition pour que la société maritime israélienne [transport maritime] ZIM quitte le pays estimant que « le transporteur est un +instrument logistique de la normalisation économique+ avec Israël. » Une vingtaine de jours avant ces deux histoire, un autre roman aux allures de mauvais thriller : « La levée de bouclier général contre l’arrivée de l'ancien président israélien Shimon Peres qui était attendu à Marrakech dans le cadre du forum Clinton Global Initiative du 5 au 8 mai. Face à la pression médiatique orchestrée par les professionnels du slalom politico-idéologique son invitation a finalement été annulée. » Mais ça n’a pas été la fin du monde. En réalité ces appels au boycott d’Israël (il y a des dizaines d’exemples qui vont de la datte israélienne commercialisée au Maroc pendant Ramadan aux couches de marque Dalaa made in Israël en passant pas la société de sécurité privée anglo-danoise GS4 plc, accusée d’être israélienne et qui possède une filiale au Maroc) sont autant de pets dans le désert. Sur le terrain du réalisme les relations entre le Maroc et Israël ou vivent plus de 500 000 Israéliens d’origine marocaine vont bon train. La preuve. « Le Bureau central des statistiques israélien annonce que durant les cinq premiers mois de l'année 2014, les exportations du Maroc vers l'Etat hébreux se sont établis à 5,3 millions de dollars, tandis que les importations ont totalisé 3,2 millions de dollars. Ces dernières ont enregistré un bond de 18% par rapport à 2013. » C’est vrai que c’est rien. Mais c’est un bon début !

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