Lahjouji, un ex patron des patrons, courtise l’islamiste Benkirane

Publié le par Abdelkarim Chankou

Lahjouji votant lors des dernières Législatives du 25/11/2011

Crédité premier dans les Législatives du 7 octobre prochain, le parti islamiste, dirigé par Abdelilah Benkirane qui conduit en même temps le gouvernement sortant depuis Janvier 2012, rassure une certaine bourgeoisie conservatrice urbaine, particulièrement de la région de Fès. Plusieurs signes indiquent que cette classe de grands commerçants, d’entrepreneurs du BTP et d’industriels commence à voir dans le Parti de la Justice et du Développement une sorte d’assurance contre les dégâts matériels pour ne pas dire une assurance-vie. La bienveillance d’un ancien patron des patrons à l’égard de Benkirane et de son équipe est un exemple de ce rapprochement qui tend à installer le parti islamiste aux affaires pour un bon bout de temps. Au grand dam des forces progressistes. Abderrahim Lahjouji est-il en train de courtiser l’actuel premier ministre islamiste Abdelilah Benkirane ? L’interrogation est autant séduisante que légitime. A trois mois des élections législatives du 7 octobre, l’ex président de la CGEM entre 1994 et 2000 (deux mandats successifs) et actuel président du particule nommé « Les Forces Citoyennes » semble en tout cas vouloir renouer le dialogue avec le Parti de la Justice et de Développement (PJD) et son chef Abdelilah Benkirane. Une danse de ventre qui peut servir surtout que le parti islamiste est crédité par les observateurs de re-caracoler en tête de ce scrutin. Pas seulement pour grignoter éventuellement un ou deux strapontin(s) dans le futur gouvernement ou parlement mais aussi pour booster la société de construction de bâtiments et de travaux publics (Sotravo), l’entreprise familiale qu’il préside depuis 1961, année où il a succédé à son père Moulay Ali Lahjouji qui a fondé cette entreprise dans les années 1920, en pleine période des colonialismes français et espagnol. Bien que cette société immobilière et de BTP se soit adjugée un nombre non négligeable de marchés publics, son patron Lahjouji ne rate aucune une occasion pour fustiger les pouvoirs publics qu’il accuse de donner la préférence aux entreprises étrangères même quand elles ne sont pas les moins disantes ! Or même les non avertis savent que le recours aux entreprises étrangères par d’autres entreprises locales est dicté plus par un souci du « travail bien fait » que par une quelconque autre considération. Curieusement ces marchés publics ont été remportés dans leur majorité par Sotravo avant 2011, année d’arrivée aux affaires des islamistes du PJD. Mais ce détail Lahjouji ne paraît point s’en offusquer, du moins publiquement. Au contraire, il tressera des lauriers à Benkirane jusqu’à prendre sa défense contre les remarques que lui ont faites par trois poids lourds de l’économie nationale, à savoir le trio Banque centrale-Syndicat bancaire-Patronat (Bank Al-Maghrib/GPBM/CGEM). Interrogé par un quotidien arabophone casablancais proche des islamistes « sur le fait que le patronat joue en ce moment même un rôle politique en critiquant le gouvernement », Lahjouji a eu ces mots : « En tant qu’ancien président de la CGEM, j’estime totalement inacceptable que le patronat se mêle du champ politique ou soutienne un parti plutôt qu’un autre ». Pas chic pour Mme Miriem Bensalah-Chaqroun, une collègue qui plus est défend les intérêts des entreprises dont Sotravo ! Outre cette baffe digne d’un goujat, Lahjouji, dans le même entretien accordé audit quotidien (édition du week-end des 25 et 26 juin 2016), repris par plusieurs médias, fait l’éloge de l’actuel gouvernement Benkirane. Admirez la prose : « L’équipe de Benkirane fait preuve d’un véritable courage politique en s’attaquant à des chantiers que les précédents gouvernements n’ont pas osé mener. » et de continuer : « La situation économique du pays n’est pas totalement désespérée, comme une certaine presse spécialisée veut l’établir comme vérité [L’Economiste : Ndlr].

Le PJD islamiste rassure une certaine bourgeoisie conservatrice urbaine, particulièrement de la région de Fès

Bien au contraire, notre économie affiche une réelle progression depuis l’avènement du gouvernement Benkirane en 2012. Les chiffres le prouvent d’ailleurs en ce qui concerne le déficit budgétaire, par exemple. Alors qu’il était de 7,5% en 2012, il a baissé à 3,5% en 2016. Le déficit de la balance commerciale a reculé de 10% en 2012 à moins de 2% en 2015. Les réserves de changes couvrent désormais sept mois d’importations de biens et services alors qu’en 2012, cette couverture ne représentait que quatre mois». Waw ! Mais ce n’est certainement pas parce que que l’Economiste en a pris aussi pour son grade que nous sortons des archives un entrefilet que ce journal a publié dans on édition du 19 mars 1998. Sous le titre « A l’avènement du gouvernement d’alternance de Abderrahmane El Yossoufi, la CGEM réclame la transparence », ce quotidien économique écrivait en citant le même Lahjouji alors patron des patrons : « Le nouveau gouvernement [de Abderrahmane El Youssoufi : Ndlr] bénéficie d'un préjugé favorable et il faut lui donner un peu de temps. » Ce que Mme Bensalah? a fait exactement avec Benkirane il y a un peu plus d’un mois. Mieux : elle ne lui a pas laissé qu’un peu de temps mais plus de quatre ans de délai de grâce ! La patronne des patronnes s’est tue depuis mai 2012 et ne lui a adressé ses remarques qu’en début de juin 2016 ! Mais Lahjouji ne semble pas au courant de ce détail ou ne veut pas savoir… Ainsi Abderrahim Lahjouji essaierait-il par des moyens alambiqués de déblayer le terrain pour se rapprocher de nouveau d’Abdelilah Benkirane quitte à marcher sur les corps de ses collègues, dans l’espoir de se faire une place au soleil de la scène politique. Les Forces Citoyennes (FC), créé par Lahjouji en 2001 après son départ de la présidence de la CGEM, en 2000, n’a obtenu aucun siège lors des élections législatives de 2011, contre deux strapontins en 2002 et un en 2007 grâce une alliance de circonstance que ce « parti-cule » qui se présente comme une formation libérale a nouée avec le PJD en 2005. Combien espèreraient les FC obtenir de sièges en octobre 2016 si une alliance est à nouveau nouée avec le PJD ? Dans l’attente d’une réponse voici un autre passage sur le PJD, tiré de l’excellente publication « Politique étrangère, 2005, vol, 70 numéro 1, pp. 73-84. Mme Khadija Mohsen-Finan y écrivait sous le titre « Maroc : l'émergence de l'islamisme sur la scène politique » : « Les exigences du parti ont changé : i1 ne s’agit plus d'un parti du refus, mais d'un parti banalisé, « makhzénisé », qui entend influer sur le système. Le 22 mai 2004, le PJD se rapproche d'une formation très implantée dans la société civile, les Forces citoyennes, dont le président Lahjouij est fort respecté. Les deux formations organisent une conférence sur l'accord de libre-échange conclu entre le Maroc et les Etats-Unis ». Interrogé sur cette alliance jugée surprenante par la presse, Lahjouij dira « le PID est un parti comme les autres ». Ah ! bon.

Publié dans Opinion

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Abdi 10/07/2016 18:47

Je m'y attendais à cette réplique de la part d'un homme en manque d'arguments et peut-être au bout du rouleau

Le pédagogue 10/07/2016 09:25

Le pédagogue:

Blablabla.

Le pédagogue 09/07/2016 20:32

Le pédagogue:

Quelles sont les "forces progressistes"???????????????????????????????????????????

Abdi 10/07/2016 02:10

celles de la société civile qui ne peuvent former un parti politique