Les germes de sa mort la démocratie occidentale les porte en elle

Publié le par Abdelkarim Chankou

Les germes de sa mort la démocratie occidentale les porte en elle
Plus que la fatigue des votants causée par la multiplication des scrutins qui ont tendance à se rassembler tous et par leur déroulement et par leurs résultats sans perdre de vue les programmes, c’est le vote protestataire et le décalage entre les commanditaires des élections et le peuple des qui menacent le plus le système démocratique occidental, basé sur la majorité des suffrages et le principe « One man one vote ». Pour le vote protestataire le danger réside dans le fait que de plus en plus de votants donnent leurs suffrages à une personne par défaut et non par conviction. Autrement dit si un électeur X vote pour un candidat Y c’est surtout parce qu’il veut punir ou se venger du concurrent Z et non pas pour montre sa satisfaction pour Y. Pas la peine d’égrener tous les exemples d’un tel vote sanction. Ils sont légion partout en Occident. Mais on peut en citer deux. Un ancien et un autre à venir. Le premier concerne l’élection de François Hollande en avril et mai 2012. D’aucuns conviennent que si Hollande a été porté à la magistrature suprême par 51,64 des suffrages exprimés c’était parce que beaucoup de ces voix étaient destinés à sanctionner le candidat Sarkozy. Or ces voix de droite qui sont allées à Hollande par défaut ne vont pas se gauchiser. Le resteront de droite et créeront des problèmes en cours de mandat à celui qui en a bénéficié. Selon le baromètre Ifop-Paris Match publié mardi 4 septembre 2012, soit moins de 4 mois par l’élection de Hollande, « 47 % des personnes interrogées approuvaient l'action de François Hollande (dont 13 % « tout à fait »), contre 56 % il y a deux mois et 63 % en juin, tandis que les avis négatifs sont pour la première fois majoritaires, avec 52 % des sondés qui désapprouvent son action. » A quelques semaines de primaires du parti socialistes et à quelque moins de la présidentielle de 2017, ce score tombe à 15 % ! « La popularité de François Hollande ne cesse de chuter dans les sondages depuis les attentats du 13 novembre 2015. Selon un sondage BVA pour Orange , publié jeudi 27 octobre dernier, le chef de l'Etat a encore perdu de 3 points en octobre, pour atteindre son plus bas niveau de bonnes opinions depuis son élection (15 %) ». S’il est vrai que cette chute de popularité est due aussi à des facteurs autres que le poids du vote sanction tels le chômage qui ne cesse de monter et des reformes incomprises et j’en passe, il n’en demeure pas moins qu’une partie de l’apport vote protestataire qui a dopé le vrai capital de Hollande en 2012 s’est fondue comme neige sous soleil en cours de route. Le résultat on le connaît.
CASSEROLES
S’agissant du vote sanction à venir. Celui majeur de la présidentielle américaine qui se joue aujourd’hui 8 novembre. Faute d’alternatives à part le boycott de la part d’un corps électoral actif estimé à 140 millions d’Américains, il y aura inéluctablement dans une Clinton gagnante un peu de Trump et vice versa. Autrement formule, plusieurs dizaines de milliers de républicains voteront pour Hillary affin d’exprimer leur colère face à un Trump que l’establishment a renié ainsi qu’une partie de l’état major de son parti sans oublier les femmes et les latinos, choqués par ses déclarations et ses frasques sexuelles ou fiscales, avérées ou supposées. Dans l’autre sens, nombre d’électeurs démocrates donneront leurs voix à Trump pour montrer leur dégoût d’une candidate qui traîne un cortège de casseroles que sont les milliers d’emails insécurisés qu’elle a envoyés et des histoires de la Fondation caritative qui porte son nom si l’on croit les révélations de WikiLeaks. Donc si demain Trump président ou Clinton présidente voit sa popularité fondre en cours de mandat il ne faudra surtout pas en expliquer les raisons par les seuls problèmes économiques, sécuritaires ou sociaux. Mais aussi par le retournement d’une partie des votants par défaut surtout dans les « Swing states » ou les Etats dont le vote pour un parti ou un autre n’est pas historiquement stable. Sans vouloir jouer les Cassandre, à la longue ce vote protestataire qui évolue exponentiellement à cause de l’évanescence progressive des clivages droit-gauche et de la montée de la pensée unique finira par tuer la démocratie occidentale en la vidant tout son sens et de toute sa substance. Et en attendant la signature du certificat de décès, les commanditaires des opérations de votes auront de moins en moins de scrupules à en contester ou contourner les résultats comme ce qui s’est passé récemment avec le vote référendaire de la Wallonie contre le traite euro-canadien CETA et la volonté du pouvoir britannique de passer outre la volonté populaire de sortir de l’Union européenne.

Publié dans Opinion

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