Guerre interarabe pour la Direction générale de l’UNESCO

Publié le par Abdelkarim Chankou

Guerre interarabe pour la Direction générale de l’UNESCO
Sur 9 pays qui ont déposé officiellement les dossiers de candidature de leurs ressortissants au poste de directeur général de l’UNESCO 4 sont arabes ! Ce qui en dit long sur cette unité arabe chantée à tous les étages et à toutes les occasions. Le nom du successeur de l’actuelle directrice générale de cet organisme onusien, la Bulgare Mme Irina Bokova sera connu en octobre 2017. D’ici là au moins une chose est sûre. Si d’aventure un candidat ou une candidate arabe parvient à se faire élire au poste très convoité cela pourrait signer l’arrêt de mort de cette structure déjà moribonde. Pourquoi donc ? Réponse : parce que l’UNESCO qui est restée impuissante face aux destructions de sites historiques millénaires par des terroristes islamistes tant en Irak qu’en Syrie sans oublier l’Afghanistan n’a pas besoin de problèmes supplémentaires. En toute franchise, avec un directeur arabe, la déjà paralytique UNESCO risque de souffrir d’anémie. Aux Etats-Unis qui lui ont coupé les vivres 2012 suites à l’adoption de résolutions controversées sur Israël. Comme celle de mardi 18 octobre 2016, en adoptant en conseil exécutif une résolution controversée qui concerne notamment la vieille ville à Jérusalem-Est. « Ce texte, déjà soumis au vote en commission le 13 octobre, ne fait référence qu’aux noms musulmans des sites religieux, en évitant par exemple l’expression mont du Temple pour l’esplanade des Mosquées. En semblant nier les liens historiques et spirituels du judaïsme avec ce lieu, l’UNESCO a provoqué une condamnation unanime de la part des dirigeants du pays, qui fustigent la partialité anti-israélienne de la plupart des forums multilatéraux. » Ne retenant que la toponymie arabo-musulmane pour la vielle ville de Jérusalem-Est, l’UNESCO a mécontenté les pays alliés d’Israël. D’autres pays occidentaux également amis de l’Etat hébreu risquent d’emboîter le pas à Washington si sous le mandat d’un dirigeant arabe l’UNESCO continuerait « sa guerre sainte » contre Israël sous le drapeau de l’UNECO. Et ce ne sont pas les pays arabes qui vont combler une éventuelle réduction du budget de l’instance onusienne ; surtout que parmi le quatuor des candidats arabes, seul le Qatar peut mettre la main à la poche, l’Egypte, le Liban et l’Irak étant fauchés comme les blés. Alors à quoi servira une UNESCO exsangue ? Sinon à la parlotte et aux effets d’annonce. Mais rien n’est perdu pour le Monde arabe. La candidate française Mme Audrey Azoulay défendue par l’Elysée peut éviter aussi bien une grave crise supplémentaire à l’UNESCO qu’une élection de l’un des 5 autres candidats de Chine, du Guatemala, de l’Azerbaïdjan et du Vietnam, pays qui ont en commun une conception anachronique des minorités et de la culture. En effet Mme Audrey Azoulay est non seulement de triple culture, française par son pays d’adoption, marocaine par son père M. André Azoulay, Tunisienne par sa mère Cathy Brami mais elle est également de culture arabe puisque son père a toujours affirmé qu’il est "un juif arabe" qui dès le début des années 1970 a œuvré inlassablement pour le rapprochement des Palestiniens et des Israéliens. Mais cette richesse culturelle de Mme Audrey Azoulay tout le monde ne la voit pas comme un atout y compris au sein du parti Les Républicains dont semble-t-il certains membres voit plus en elle une ministre de la Culture proche de François Hollande qu’une candidate de la France. Mme Joëlle Garriaud-Maylam (LR) a qualifié vendredi [17/3/2017] d'«insulte aux pays arabes» la candidature de dernière minute de la ministre de la Culture Audrey Azoulay à la tête de l’Unesco. Et la sénatrice représentant les Français de l’étranger depuis 2004 d’enfoncer le clou : «Une telle candidature est une insulte aux pays arabes, qui n’ont jamais obtenu un tel poste à l’UNESCO et envers lesquels des engagements moraux avaient été pris pour que ce poste revienne à un des leurs», écrit dans un communiqué Mme Garriaud-Maylam, celle qui est également la représentante du Sénat à la commission nationale française de l’UNESCO. Mais ce n’est pas tout. La parlementaire citée dans un article publié sur le site internet du quotidien Libération qui le supprimera un peu plus tard d’ajouter le meilleur : «Cette candidature, déposée quelques instants seulement avant la clôture officielle du processus, est une faute morale et diplomatique du président Hollande». La sénatrice en appelant à son retrait justifie sa posture par le fait qu’ «il est en effet de tradition que le pays qui a le privilège d’héberger le site d’une institution internationale, n’en brigue pas pour lui-même le poste de président ou de directeur général ». Soit. Mais la vérité est que les 9 candidats ont tous déposé leurs dossiers respectifs presque à la même date entre le 9 mars et le 15 mars 2017, comme c’est indiqué sur le site de l’UNESCO. Mais la sénatrice n’est pas la seule à critiquer la candidature française. L’Égypte aussi. Soutenant son ambassadrice, Mme Mouchira Khattab, le pays du généra Abdel-Fattahl Al-Sissi « n’a pas caché son irritation et l’a fait savoir officieusement à André Parant, l’ambassadeur de France au Caire. » Pour justifier son rejet de la candidature de Paris , l’Egypte met en avant un argument de poids. Un accord tacite veut qu’un ressortissant d’un pays arabe soit le successeur de la Bulgare Irina Bokova. Curieusement, on dira pourquoi plus tard, « c’est le Qatari Hamad Al-Kuwari qui dispose de l’appui du bloc arabe. Ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine depuis 2008, ce francophone de 69 ans a été ambassadeur de son pays à Paris dans les années 1980 et représentant à l’Unesco. Il a été adoubé lors d’une réunion de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et la science (Alesco), à Tunis, en 2016, par 18 voix sur 22, scrutin lors duquel l’Algérie est le seul pays à s’être abstenu. » Evidemment et elle a raison Mme Audrey Azoulay défend sa candidature à l'UNESCO sur les ondes de France Inter le 17 mars dernier.
Promesse
« Ce n'est pas ma candidature, c'est la candidature de la France », a déclaré la ministre sur la radio publique. « Dire que la candidature de la France est une insulte est en soi préoccupant, surtout quand on est un élu de la République, et par ailleurs un élu d'un parti qui soutient une candidature à la présidence de la République qui elle-même est très difficile à expliquer au reste du monde aujourd'hui », a-t-elle rétorqué. « Je ne sais pas si on aurait formulé ce type de remarque pour la candidature de la Chine, également candidate, du Guatemala ou de l'Azerbaïdjan », a ajouté la candidate de Paris qui répondait visiblement aux attaques de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam. Ce qui est le plus incompréhensible dans cette histoire est le fait que le Maroc (1), dont Audrey Azoulay est originaire, ait promis sa voix au Qatar, comme la Tunisie et la Mauritanie ! Or l’Emirat est tout sauf u pays qualifié à défendre le patrimoine humanitaire et la culture universelle. Anecdote. Rêvant d’accueillir un jour le Jeux olympiques d’été (sans humour), le Qatar a organisé en avril 2013 une méga exposition sur l’histoire des Jeux olympiques, de l’Antiquité à nos jours à Doha avec comme invité d’honneur la Grèce. Bizarrerie : Aucune des statues de la Grèce antique exposée dans le musée de Doha assure n’est un nu ! Bien sûr les autorités ont juré n’avoir rien censuré, mais il semble bien qu'en raison de leur nudité , certains lots soient directement repartis en Grèce. La preuve : une salle à moitié vide, où auraient dû se trouver des statues de l’Antiquité grecque, à l’époque où les athlètes et les entraîneurs exerçaient le sport en tenue d’Adam. Le retrait des statues en raison de leur nudité a été confirmé mardi 23 avril par l’AFP. « Les statues sont revenues en Grèce, les organisateurs au Qatar voulaient couvrir le sexe des statues avec des tissus noirs » a indiqué à l’AFP une source proche du ministère grec de la Culture. « Elles n'ont jamais été exposées, elles sont retournées à l'entrepôt et revenues le 19 avril », a-t-il ajouté. Seules restent dans l'exposition quelques amphores et vases, sur lesquels sont représentés des hommes nus, et une petite statuette. Le dossier de présentation de l'exposition évite elle aussi de montrer la statuaire grecque antique. Voilà le profil du pays arabe qui bénéficie du soutien de trois pays maghrébins. Mieux: La guéguerre pour l’UNESCO n’a pas éclaté seulement entre pays arabes mais au sein d’un même pays également: le Liban en l’occurrence. Une histoire à dormir debout qui embarrasse les autorités libanaises. Si le gouvernement libanais avait préféré la candidature de la Franco-Libanaise Mme Vera el-Khoury Lacoeuilhe à celle de l’ancien ministre a Culture, de l’Éducation et de l'Enseignement supérieur du Liban dans le gouvernement de Najib Mikati (avril 2005), Ghassan Salamé (le père de la journaliste française Léa Salamé) pour le poste de directeur général de l’UNESCO, ce dernier, également Franco-Libanais, est également candidat au même poste même si auparavant il avait affirmé ne pas être intéressé. Il a déclaré sa candidature sans avertir le gouvernement. « Le 13 mars, la classe politique apprend en direct à la télévision la candidature de l’ancien ministre de la Culture et responsable de la Francophonie Ghassan Salamé pour le poste de directeur général de l’UNESCO. » Toutefois son nom ne figure pas sur la liste officielle des candidats.
(1) Pour mettre fin à une bataille diplomatique ardente qui a marqué ces derniers mois entre le Royaume et l’Egypte Maroc a retiré en 2008 la candidature de Mme Aziza Bennani à la direction générale de l’UNESCO au profit de l’Egypte.

Publié dans Opinion

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