La caravane s’amuse

Publié le par Abdelkarim Chankou

Dialogue de sourds

Dialogue de sourds

Impossible d’ouvrir un journal, d’allumer une télé ou de consulter un site électronique d’actualité sans tomber sur des informations qui traitent du monde arabe ! C’est plutôt flatteur dirait un Arabe fier de lui. Et comment donc ! Mais à y voir plus clair et sans chauvinisme aveuglant il n’y a pas de quoi être fier. Guerres fratricides, attentats terroristes de plus en plus meurtriers et gratuits, commis au nom du sacro-saint panarabisme et d’Allah, avec comme toile de fond analphabétisme et misère des peuples, contrastant avec la vie luxuriante des petites castes qui détiennent sans partage le pouvoir politique et économique. Pas la peine de chercher ou de s’interroger sur les causes de ce sombre tableau. Depuis le dernier califat ottoman on a pratiquement fait le tour de la question. Mis en cause, le sionisme et la création de l’Etat d’Israël que les Etats-Unis ont mis sous leur protection indéfectiblement et sans conditions, et bien sûr le colonialisme européen qui a corrompu le système de gouvernance islamique en y greffant népotisme, passe-droits et autres vices destructeurs sans oublier la déculturation par l’abaissement de la langue et coutumes locales au bénéfice des modes de vie pervertis de l’occupant. Et j’en passe des vertes et des pas mûres. Or la vérité est que rien de cela ne tient debout. Israël n’est pas la cause de la décadence du monde arabe. Loin s’en faut. Avant 1948, année de la de l’Etat hébreu et même avant la Déclaration Balfour de 1917 par laquelle le Royaume-Uni se déclara en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national juif, le monde arabe n’était pas au mieux de sa forme. Preuve en est l’état peu reluisant dans lequel il était sous l’occupation de l’empire ottoman. Pour ne prendre que l’exemple de la Palestine, sujet central de la rhétorique victimiste panarabe, la Sublime Porte qui a occupé quasiment tout le monde arabe du XIXe siècle (sauf le Maroc) n’a rien fait ni laissé en terre sainte qui permette de conclure à une présence positive, qui a pourtant duré une éternité : de 1244 jusqu'au XVIIIe. « Jusqu'au début du XIXe siècle la Palestine est considérée par Constantinople comme une région sans grand intérêt comme une région sans grand intérêt si ce n'est le fait qu'elle tenait lieu de passage vers les provinces méridionales d'Égypte et d'Arabie. Les seules préoccupations de la Sublime Porte concernaient la maîtrise de la turbulence clanique récurrente et la collecte des impôts et redevances. » Idem pour l’intermède de l’occupation égyptienne entre 1831 et 1840. Sans médire ni risque de me contredire je peux dire que le monde arabe sous occupation ottomane ne valait guère mieux que sous dominations britannique, française, hispanique ou israélienne. Avec cette différence que les occupés semblaient mieux accepter la colonisation européenne et ottomane que l’occupation israélienne… Ce qui confirme la thèse selon laquelle la lutte arabo- palestinienne contre l’occupation israélienne est plus fondée sur des bases religieuses et racistes que politiques. Un Arabe lambda accepte d’être dominé par un Etat chrétien ou agnostique plutôt qu’un Etat juif, fût-il semi laïc. Donc les voix qui soutiennent haut et fort que le différend arabo-israélien est politique et non religieux ont tout faux.
DEGENERESCENCE
Curiosité : les occupés arabes supportent mieux la colonisation européenne et ottomane que l’occupation israélienne alors que c’est le contraire qui devrait se produire. Et pour cause. Si l’occupation européenne et turque a contribué à la fragilisation des pouvoirs féodaux arabes si bien que nombre d’entre eux (sauf le Maroc où la monarchie a conservé ses fondements) sont passés de l’état de sultanat authentique à celui d’un système - ou de régence- à la sauce « dey » ou « proconsul l’occupation israélienne-bien que limitée à la Palestine (frontières de 1967)- a par contre permis de stopper ou du moins ralentir le processus de dégénérescence de ces pouvoirs totalitaires, et aurait même favorisé leur retour aux sources, par le biais de la diabolisation systématique d’Israël. Diabolisation qui a servi entre autres à ces pouvoirs féodaux pour l’asservissement de leurs peuples en leur faisant croire que leurs malheurs n’ont qu’une origine : Israël. Ça amuse les observateurs étrangers et distrait la populace des désœuvrés. La caravane s’amuse ! « En Occident, certains en concluent que l’islam en tant que tel porte un germe antidémocratique, et des citations du Coran sont produites comme pièces à conviction. D’après ce « fond de l’air » qui déborde largement les cercles racistes, l’« arriération » des Arabes serait le fait des Arabes eux-mêmes, de leur mentalité, de la religion qu’ils ont inventée et propagée, de leur manque de culture politique, etc. » Exemple vivant et frais de ce racisme et intolérance qui fondent la lutte arabo-israélienne : Ce n’est pas à cause des portiques de détection de métaux que la police israélienne a récemment installés aux entrées de la mosquée Al Aqsa que les fidèles musulmans de Al Qods (Jérusalem) refusent d’y prier. Mais bien parce que ces fidèles honnissent et vomissent l’idée qu’une main juive les souillent lors de la fouille manuelle alors qu’ils viennent juste de se purifier en faisant leurs ablutions. En clair la haine arabo israélienne est basée sur des mythes. Des légendes qu’une longue sacralisation aveugle et bête des textes et du dogme, des deux côtés, a fait que chaque partie se considère être meilleure que l’autre, voire meilleure que les reste du monde. Le jour où une relecture raisonnée et dépassionnée des textes sacrés sera arrivée là commencera la normalisation qui aboutira à la fin d’une guerre plus que séculaire et on ne lira plus et on ne dira plus des mauvaises choses ni sur le monde arabe ni sur l’Etat juif. Amen.

Publié dans Opinion

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