Par son manque de coopération antiterroriste, Alger met en danger et le Maroc et l’Europe

Publié le par Abdelkarim Chankou

Le siège du BCIJ à Salé

Le siège du BCIJ à Salé

On entend souvent les officiels du Maroc comme ceux d’Algérie dire que si la coopération politique et économique entre les deux pays est au point mort il n'en n'est pas de même de celle entre sécuritaires. Faux ! La coopération policière ne se porte pas mieux. La vérité est que le pouvoir algérien ne coopère en rien. Il a fait le choix de faire payer à son voisin marocain le prix de la récupération pacifique de son Sahara, l’intégration réussie des islamistes dans le jeu démocratique et le succès sur la scène internationale de son plan d’autonomie élargie pour les provinces sahariennes, quitte à mettre la stabilité de la région du Maghreb en grand danger. Comme il avait mis son existence en péril à la fin des années 80, après l’annulation par les autorités les résultats des élections communales qui ont vu une victoire écrasante du FIS. « La victoire écrasante du Front islamique du salut (FIS) aux premières élections libres algériennes, locales en 1990 et législatives en 1991, l’annulation de ces dernières et la « guerre civile » qui s’en est ensuivie ont suscité l’intérêt des politises pour l’expérience algérienne, celle de la tentative – ratée – d’intégrer un parti islamiste au jeu politique institutionnel », écrit Myriam Aït-Aoudia dans une analyse sous le titre « La naissance du Front islamique du salut : une politisation conflictuelle (1988-1989) ». Mais les prémices de la guerre civile algérienne remontent bien avant 1989. « L’épopée du MIA (Mouvement islamique armé) – fondé en 1982 par Mustapha Bouyali et engagé dans un affrontement violent contre « l’État impie » – est le troisième facteur essentiel dans la constitution des réseaux des fondateurs du FIS. Au milieu des années 1980, alors que cette organisation sévissait depuis quelques années déjà, plusieurs prédicateurs – dont deux futurs fondateurs du FIS, A. Sahraoui et A. Benhadj – prononcent publiquement des fatwas qui soutiennent son combat. » écrit le maître de conférences en science politique à Sciences Po Bordeaux, spécialiste des partis politiques et du militantisme en Algérie, dans le même article. Si le 6 juin 1999, l'Armée islamique du salut (branche armée du FIS), dépose les armes après une en trêve décidée depuis octobre 1997 et si le 13 juillet 1999 la loi sur la «concorde civile», prévoyant une amnistie partielle des islamistes armés a été promulguée et approuvée le 16 septembre suivant par référendum stalinien (à 98,63%), la vérité est que la guerre terroriste n’a jamais connu de vrai répit en Algérie : attaques meurtrières contre l’armée régulière, enlèvement des étrangers, sabotages, prise d’otages, etc. Avec des tentatives d’exportation de cette sale guerre chez le voisin marocain. En effet, le 24 août 1994, deux terroristes franco-algériens font éruption dans le hall de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech, en tirant sur un groupe de touristes étrangers. L’attaque aura de très lourdes conséquences politiques et économiques pour les deux pays si bien que Rabat décidera de fermer sa frontière terrestre avec l’Algérie. Une frontière qui ne sera jamais rouverte malgré que Rabat, ayant enterré sa colère, en ait fait la demande maintes fois auprès d’Alger. Sans résultat. Visiblement, la junte aux commandes à Alger veut que le Maroc vacille et sombre à son tour dans la guerre civile. Ayant tout essayé pour le déstabiliser sans succès, elle lui reste le moyen de la coopération antiterroriste. Surfant sur la grande vague terroriste, métastases de Daech, qui s’est abattue sur l’Europe et certains pays du Sahel, les galonnés d’Alger répondent systématiquement par un niet catégorique à toute demande de coopération dans le cadre de la lutte antiterroriste en fermant parfois les yeux sur des intrusions de terroristes en territoire marocain (Encadré ci-dessous). Une anomalie qui n’échappe à personne surtout au département américain. Le désaccord politique entre le Maroc et l’Algérie sur le Sahara marocain constitue « un obstacle à la coopération dans la lutte antiterroriste bilatérale et régionale », a souligné le rapport annuel du Département d’Etat américain sur le terrorisme dans le monde en 2014. Ce rapport qui a été mis intégralement en ligne le vendredi 19 juin 2015 sur le portail du département d’Etat, a indiqué, dans le chapitre réservé aux pays du Mena, qu’« en dépit de la participation du Maroc et de l’Algérie à des programmes de lutte contre le terrorisme (Forum global de lutte contre le terrorisme dont le Maroc est membre fondateur, le Partenariat transsaharien contre le terrorisme...), le niveau de leur coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme ne s'est pas amélioré en 2014 ».
GENDARME
. Un constat que confirmera, deux années plus tard, M. Abdelhak Khiame, le directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ), chargé de la lutte antiterroriste, en déplorant vertement, dimanche 14 mai 2017, lors d’une émission de radio, le manque- voire l’inexistence- de coopération de l’Algérie dans ce domaine. M. Khiame ira plus loin en déclarant que « Ce pays [l’Algérie], qui a d’ailleurs été derrière la création de nombre de groupes terroristes et qui a souffert de cette plaie des années durant, sait pertinemment que nul n’est à l’abri d’une attaque. » Et M. Khiame, qui n’est pas à première sortie contre l’Algérie, d’ajouter sur un ton conciliant et coopératif : « Même si l’Algérie ne coopère pas, le jour où nous saurons que les citoyens algériens sont menacés par une quelconque attaque, nous n’hésiterons pas à fournir les informations et l’aide nécessaire», assure-t-il. Dans une interview à L’Economiste du 2 mars 2017 le chef du BCIJ répondait à la question de comment remédier au manque de coopération des Etats voisins, principalement l’Algérie? » sur un ton similaire « (…) Le Maroc prend toutes ses dispositions pour assurer sa sécurité. Mais l’absence de coopération et de coordination avec nos voisins algériens constitue une opportunité pour l’installation d’organisations terroristes dans la région. Il faut être clair: la sécurité de nos deux pays dépend d’une coordination qui doit avoir lieu entre les services de renseignement marocains et algériens. Malheureusement, ils s’entêtent. J’espère qu’ils vont se rendre à l’évidence. » Comme la Mauritanie qui malgré d’intermittents coups de froid avec le Maroc sur le volet politique et économique, coopère bien sur le volet sécuritaire. Effectivement M. Khiame, dans une interview à France 24, diffusée dimanche 16 avril 2017, a souligné que « la coopération avec la Mauritanie en matière de renseignement est irréprochable et a toujours été fructueuse. » En Bref tout le monde coopère, il n’y a que les bidasses algériens qui traînent leurs godasses … Un comportement aussi irresponsable que puéril qui met en danger et le Maroc et l’Europe. En tout cas le royaume fait plus que le nécessaire non seulement en tant que gendarme qui veille à ce que le vieux continent ne soit pas submergé par un tsunami migratoire mais également en tant que super flic antiterroriste qui se lutte contre les réseaux de la terreur. Une mission qui nécessite plus de soutiens politique et financier de la part des Américains et de Européens et pas seulement de belles phrases. Même si le soutien moral a toute son importance surtout venant de la première puissance du monde. En matière de lutte antiterroriste, le Maroc se démarque dans la région d’Afrique du Nord et de Moyen orient (MENA) par une stratégie sécuritaire, préventive et de dé-radicalisation qui a fait ses preuves, affirme le Département d’État américain dans son dernier rapport sur la lutte contre le terrorisme dans le monde. « Le Maroc a adopté « une stratégie globale, qui comprend des mesures de sécurité vigilantes, une coopération régionale et internationale et des politiques de contre-radicalisation » efficaces, analyse analyse le dernier rapport américain en date , rendu public le 20 juillet dernier.

ENCADRE :
Arrestation de 2 membres de Daech qui voulaient rejoindre le Maroc depuis l'Algérie
Nouveau coup de filet pour le BCIJ. Cherchant à gagner le territoire marocain depuis le sol algérien, un Marocain lié à l'organisation Etat islamique Daech a été arrêté par les services de sécurité de Saïdia (Extrême nord-est du Maroc), a annoncé le ministère de l'Intérieur mercredi 4 mai 2016. L’homme, originaire de Sidi Bennour, avait quitté illégalement le Maroc il y a six mois dans le but de rejoindre la branche de Daech en Libye.

Publié dans Opinion

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