Par Emmanuel Dubois Chercheur associé à l’Esisc1. Introduction
Le début de cette année 2009 a été marqué par une nouvelle secousse tellurique aux relents de soufre dans ce Moyen-Orient dont la violence n’en finit pas d’ébranler notre imaginaire, bercé par l’idéal post-historique de paix perpétuelle. Les spasmes de l’histoire décidément mouvementée de cette région traversent ainsi le temps, imprégnant sa terre de sa lourde empreinte, comme si elle était trop lourde à porter pour ses habitants.
Au terme de cette nouvelle guerre, un cessez-le-feu a néanmoins fini par être décrété par les deux belligérants et semble plus ou moins respecté sur le terrain, des tirs sporadiques de roquettes étant encore observés, suivis parfois par des raids de l’armée de l’air israélienne.
Il est temps à présent de se pencher sur ces événements dramatiques et de tirer les leçons du conflit, avec les traditionnelles questions qu’un analyste se pose dans un tel cas.
Comment tout cela a-t-il commencé ? Quels ont été les enjeux de cette nouvelle déflagration moyen-orientale ? Y a-t-il eu un vainqueur ? La réaction israélienne a-t-elle été disproportionnée, comme cela a été avancé par certains ? Comment se sont comportés les différents acteurs du conflit ? Peut-on déceler des ruptures ? Comment analyser la couverture médiatique de cette guerre de trois semaines ? Qu’en est-il des accusations relatives au respect du droit international ? Et puis, quelles sont les perspectives esquissées par les résultats de l’opération israélienne concernant l’avenir dans cette région du monde décidément si tourmentée, à l’heure ou une nouvelle administration américaine se met en place et où les Israéliens viennent d’élire leur nouvelle Knesset ?
2. Origines du conflit et contexte
La décision du gouvernement israélien de déclencher l’opération « Plomb durci » (1) (« Oferet Yetsouka » en hébreu, « Cast Lead » en anglais) fait suite à la décision du Hamas, le 19 décembre dernier, de ne pas reconduire la trêve de six mois. Celle-ci avait été décrétée en juin dernier à la suite de l’opération « hiver chaud », en février-mars 2008. Rappelons néanmoins que cette trêve n’a jamais été totalement respectée et que des dizaines de roquettes et d’obus de mortier ont été tirés durant ces six mois de trêve, même si durant les premiers mois, on a pu effectivement constater une forte diminution de ces tirs (2). Par conséquent, la pression exercée sur les habitants du sud d’Israël par les divers mouvements terroristes palestiniens de la bande de Gaza est restée constante, entraînant à son tour celle, régulière, de ces mêmes habitants sur le gouvernement israélien.
En réalité, ce n’est pas la première opération israélienne dans la bande de Gaza. Depuis 2004, on peut ainsi recenser : « Arc-en-ciel », qui avait déjà pour but de mettre fin aux tunnels de contrebande d’armes, et « Jours de pénitence » (2004), « Nuages d’été » et « Pluied’automne » (2006), ou encore « Hiver chaud » (2008). C’est donc à l’issue de cette dernière qu’une trêve avait été conclue, portant sur six mois renouvelables. Cette non-reconduction de la trêve par le Hamas intervient dans un contexte politique complexe. On peut d’abord évoquer le triple contexte américain, palestinien et israélien en ce qui concerne le renouvellement de leurs instances dirigeantes. Outre l’entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche en tant que 44e président des Etats-Unis ce 20 janvier dernier et les élections législatives israéliennes de ce 10 février, il faut rappeler que le mandat du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas arrivait à son terme le 9 janvier3, ravivant les appétits du Hamas en termes de pouvoir et de légitimité au sein de la société palestinienne…
(1) Il s’agit en fait d’une référence à la fête juive de Hanoukka, la Fête des Lumières, dont la célébration coïncidait avec la brusque montée de la tension dans la région. Plus précisément, ce nom de code renvoie à une chanson populaire écrite par le grand poète Haïm Bialik, haute figure de la poésie en langue hébraïque : « Mon maître m’a donné une toupie coulée dans du plomb durci. Savez-vous en l’honneur de quoi ? En l’honneur de Hanoukka ! ». Il s’agit d’une référence à un jeu populaire pour les enfants, le dreidel. La toupie dont il est question est de forme parallélépipède et sont gravées, sur ses quatre faces, des lettres hébraïques « noun », « gimel », « he » et « shin » formant l’acronyme de la phrase « un grand miracle est arrivé là-bas ». Rappelons que la fête de Hanoukka commémore la victoire des Hasmonéens sur Antiochus IV de Syrie à la suite d’une guerre de deux ans dont le Livre des Maccabées, non inclus dans le corpus de la Bible hébraïque, restitue le contexte historique. En réalité, la signification juive de cette fête est expliquée dans le Talmud : les vainqueurs ayant chassé les profanateurs du Temple, ne trouvèrent plus d’huile consacrée, sauf une fiole, en principe destinée à brûler un seul jour. Elle brilla cependant les huit jours nécessaires à la fabrication d’une nouvelle huile, par un miracle qui est donc célébré par la liturgie juive jusqu’à ce jour. C’est la raison pour laquelle cette fête est appelée Fête des Lumières et dure huit jours.
(2) Pendant les six mois de trêve entre Israël et le Hamas, 362 roquettes et obus de mortier ont été tirés par ce dernier. http://www.terrorism-info.org.il/malam_multimedia/fr_n/pdf/ipc_f007.pdf
Titre d’origine : « Opération « plomb durci » à Gaza : analyse et perspectives »
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