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Et le Maroc ?

Publié le par Abdellatif Laabi

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Désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Voilà, me semble-t-il, le ressenti actuel d’un nombre croissant de Marocains, de la jeunesse en premier, mais aussi de larges couches de la population allant des plus démunies jusqu’à l’élite intellectuelle en passant par les classes moyennes. Le résultat, alarmant, de cet état d’esprit est la perte collective de ce que j’appellerai « le goût de l’avenir ». Comment en est-on arrivé là ? Après les ouvertures prometteuses du début de la dernière décennie, nous sommes passés à une phase d’hésitations, puis d’inertie.
La politique officielle est devenue illisible à force d’être opaque. La concentration des pouvoirs s’est accentuée à tel point que les règles du jeu politique, dans ce qui nous a été présenté au départ comme un processus démocratique, se trouvent dévoyées, inopérantes. Au regard d’une telle impasse, force est de constater que la pensée politique est loin de relever le défi. Elle a abandonné chez nous les dimensions critique et prospective pour se cantonner, disons, dans la chronique, la réaction à l’événementiel au jour le jour. Finie par exemple la revendication ferme d’une réforme constitutionnelle en vue d’un juste rééquilibrage des pouvoirs et leur séparation selon les normes démocratiques établies universellement, et ce sans parler d’une revendication qui s’est exprimée au lendemain de l’indépendance, celle d’une Assemblée constituante qui aurait eu pour tâche d’élaborer le contenu et les règles d’une telle réforme. Le chantier institutionnel ainsi déserté, quelle marge de négociation reste-t-il à notre classe politique, et surtout parmi elle aux partis qui affichent encore sporadiquement quelque velléité d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ?
La négociation se réduit, pour eux, au nombre de portefeuilles qu’ils aspirent à se voir réserver dans l’équipe gouvernementale selon les résultats électoraux obtenus, qu’ils soient d’ailleurs controversés ou non. Piètre ambition quand il est de notoriété publique que ce gouvernement gouverne si peu, à l’instar du parlement légiférant lui-même si peu, de son propre chef. De son côté, la gauche non institutionnelle, qui jouit d’une grande respectabilité due aux sacrifices qu’elle a consentis dans son combat contre l’ancien régime, n’a pas réussi à acquérir une véritable visibilité politique. Souffrant du mal congénital de la division et, pour ses ailes les plus combatives, d’un certain enfermement idéologique, elle peine à assumer le rôle que l’on attendrait d’elle, celui justement d’impulser le renouveau de la pensée politique, de proposer un projet alternatif de société et d’ouvrir des voies inventives pour la mobilisation citoyenne. La société civile quant à elle, malgré son dynamisme et son degré de conscience grandissants, semble ne pas avoir pris la mesure du poids non négligeable qu’elle représente dans le rapport de force politique, social et intellectuel existant. Pourtant, bien de ses réalisations, à tous les niveaux du développement humain, de l’aide aux personnes et aux catégories de la population les plus fragiles, de la création et de l’animation culturelles, dénoncent, exemples à l’appui, l’indigence de l’action partisane traditionnelle comme celle des gouvernants dans ces domaines.
Mais la dynamique qu’elle a créée risque de s’enliser, à terme, dans des tâches cloisonnées si elle n’est pas portée par une vision du projet social dans son ensemble, où la construction de la démocratie serait une œuvre citoyenne fondée sur des valeurs éthiques dont les politiciens s’inspirent de moins en moins, quand bien même ils prétendent en être convaincus. Aussi, face à ces multiples carences, l’on ne peut que constater, la mort dans l’âme, que les maîtres à penser, les vrais décideurs d’aujourd’hui ne sont même pas les économistes qui font la pluie et le beau temps sous d’autres climats, mais les technocrates, les managers, les conseillers et consultants en tout genre, éminemment attentifs aux orientations fixées par les institutions financières internationales et les officines d’études stratégiques (de préférence étrangères) aux avis pertinents selon la formule consacrée. Le résultat en est que le Maroc n’est pas géré comme un pays qui, du fait de son identité affirmée et de la richesse de sa culture, aurait des atouts à faire valoir ; où le peuple, artisan incontesté de la souveraineté nationale, devrait avoir son mot à dire sur la gestion de ses affaires et la construction de son avenir ; où la société, qui n’ignore rien de ce qui se passe dans le village planétaire, désirerait jouir elle aussi des avancées qui s’y sont réalisées sur le plan des connaissances, de l’éducation, de la satisfaction des besoins matériels et moraux, des droits et des libertés.
Le Maroc se trouve plutôt géré comme une méga entreprise ou une multinationale dont la finalité est l’enrichissement illimité de ses principaux actionnaires, quitte à distribuer quelques miettes aux petits porteurs afin de créer une classe tampon entre elle et la masse grandissante des laissés-pour-compte. Le décollage économique du pays, dont certaines prémices sont incontestables, d’autres sujettes à caution, est à ce prix. Et sur cet autel où le culte du veau d’or est célébré de façon indécente, c’est le décollage démocratique qui est en train d’être sacrifié. Comment comprendre autrement les atteintes réitérées à la liberté d’opinion, le harcèlement des organes de presse, les condamnations des journalistes sous les prétextes les plus fallacieux, et dans d’autres domaines tout aussi symboliques la démission de l’Etat face au délabrement du système éducatif ou le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu majeur que représente la culture dans la formation de l’esprit de citoyenneté et la structuration de l’identité épanouie d’une nation ? Le scénario ainsi rédigé, presque bouclé, n’est sûrement pas celui auquel on s’attendait il y a juste dix ans. Et rien ne laisse présager qu’il reste ouvert à une réécriture quelconque. D’où : désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Dois-je rappeler que la perte du goût de l’avenir est une aubaine pour ceux qui n’ont pas attendu ce constat pour cultiver « le goût du passé » le plus trompeur qui soit, et se positionner en secouristes soi-disant altruistes des victimes du système : les déshérités, les désespérés, les abonnés aux miracles ?
Les éléments de réflexion qui précèdent, conçus je dois le préciser avant les « événements » de Tunisie, me renforcent dans l’idée qu’un changement de cap s’impose au Maroc. A cet égard, l’amalgame simpliste aussi bien que la politique de l’autruche seraient éminemment périlleux. Le Maroc, et pour de multiples raisons, n’est assurément pas la Tunisie, mais certains ingrédients qui ont été à l’origine de la Révolution dite de jasmin sont réunis, presque à l’identique et depuis fort longtemps dans notre pays. Si, comme je le crois, la majorité des Marocains aspirent ardemment à une transition pacifique, mais irréversible, vers la démocratie, le moment est donc venu d’un sursaut citoyen impliquant toutes les forces politiques, sociales et intellectuelles qui partagent la même aspiration. L’heure est au bilan critique et autocritique, au réarmement de la pensée, à la libération des initiatives, à l’affirmation claire des solidarités, au débat de fond et à la synergie entre toutes ces forces. Le moment est venu pour nos gouvernants de donner des gages concrets de leur volonté à satisfaire une telle aspiration, le gage le plus urgent consistant à prendre des mesures radicales pour répondre à la détresse économique et sociale qui a atteint un seuil critique. Cela impliquerait, disons-le sans ambages, la remise en question des choix économiques et du modèle de croissance mis en œuvre jusqu’à nos jours et qui a creusé irrémédiablement les inégalités et les injustices.
L’autre gage qui permettra à l’ensemble de la communauté nationale de renouer avec le goût de l’avenir serait un acte fondateur, négocié avec l’ensemble des acteurs de la scène politique et de la société civile, en vue d’imprimer à la Constitution du pays les principes d’un Etat de droit, instaurant la séparation des pouvoirs, l’égalité devant la loi, la protection des libertés, mais aussi d’un Etat de type nouveau prenant acte de l’identité culturelle et autres spécificités de certaines régions pour accorder à leurs populations l’autonomie à laquelle elles ont droit. Une nouvelle croisée des chemins est en vue pour le Maroc. Le rendez-vous que l’Histoire nous y a fixé ne souffre aucune attente. Puissent la raison et les intérêts supérieurs du pays nous y conduire à temps et nous faire choisir la voie la plus sûre du progrès, de la dignité et de la justice, celle du décollage démocratique.

Abdellatif Laâbi (écrivain marocain)
laabi.net

Publié dans Tribune libre

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Monde arabe : Après la faim, la soif de liberté

Publié le par Abdelkarim Chankou

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« Gouverner c'est pleuvoir », avait dit un jour le Maréchal Lyautey ! Cette maxime a fait son temps après avoir eu force de loi durant des décennies dans le tiers monde et surtout le Monde arabe. Aujourd’hui la paix sociale n’est plus indexée sur le panier de la ménagère ou pas seulement. La jeunesse arabe actuelle a plus soif de liberté et d’indépendance que ses aînés qui se calmaient et retrouvaient la paix de l’âme dès que leurs estomacs sont calés.

Pourtant les dirigeants arabes continuent de croire que fermer moyen de fermer une gueule c’est de la bourrer de féculents et autres bourratifs. Et comme on s’y attendait le 2e Sommet économique arabe qui a eu lieu aujourd’hui à Charm El-Cheikh en Egypte le 19 janvier 2011 a donné trop de temps au thème de la « sécurité alimentaire du monde arabe ». Lier sécurité et aliment, fait rire au XXIe siècle. Et quand on sait que nombre de pays arabe coopère avec Israël pour la modernisation de leurs secteurs agricoles, on tombe carrément dans l’hilarité. Ainsi la classe dirigeante arabe croit toujours que le meilleur moyen pour mener le peuple à la baguette c’est de veiller à ce que les étals des souks soient bien fournies en flûtes en en pain ronds !

Erreur ! Après le temps du spectre de la faim qui faisait peur aux gouvernants, voici venu celui de la soif de liberté non mois menaçant. Le meilleur moyen -l’unique- pour traiter la nouvelle donne c’est de desserrer l'écrou de la soupape de la cocotte et laisser respirer la gamelle. Sinon boom !

Publié dans Edito

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Attentat de Moscou : un coup dur pour le tourisme russe

Publié le par Karim El Maghribi

 

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Que les auteurs de ce carnage qui a fait une trentaine de morts et une centaine de blessés dans un état plus ou moins grave ce lundi à l'aéroport de Moscou-Domodedovo soient  liés à Al Qaida ou à la guérilla terroriste caucasienne, toujours est-il que le tourisme russe, en pleine quête de nouveaux marchés notamment arabes, a encaissé un coup dur dont il ne se remettra pas de sitôt.

 

L’organisation qui serait derrière l’homme de main (de type arabe) d’une trentaine d’années qui a probablement déclenché la bombe de 5 à 7 kilos TNT (trois autres suspects dont recherchés), bourrée de ferraille, et dont une tête  coupée du reste du corps et trouvée sur les lieux du massacre aurait été la sienne, semble viser un but précis : semer la pagaille dans l’un des aéroports moscovites les plus fréquentés en dissuadant d’éventuels touristes étrangers de venir se prélasser en Russie. Pays qui crise financière oblige a décidé ces trois dernières années de titre profit de ses potentialités culturelles, humaines, architecturales et culinaires… Bref : tout ce que désire voir et savoir le tourisme du monde.

 

C’est dans ce cadre et sillage que la Russie a commencé ces dernières semaines de signer avec plusieurs pays arabes, dont l’Algérie et le Maroc, des accord pour encourager les touristes de ces deux pays maghrébins à visiter le pays de Pouchkine en leur épargnant la contrainte du visa. Du côté de ces deux pays désormais émetteurs de touristes vers la Russie, un effort promotionnel sur les tarifs pratiqués par leurs compagnies de transport aériens nationales est déjà une réalité. Air Algérie et Royal Air Maroc ne sont pas fait priées pour  lancer des campagnes de publicité ventant les charmes de la Russie avec la clef des billets aller/retour aux prix étudiés.

 

C’est donc cette campagne de charme russe vers les touristes arabes que l’officine terroriste responsable de l’attentat aurait voulu avorter. Autrement dit les auteurs du carnage ne conçoivent pas l’idée d’une Russie en guerre contre l’Islam (Tchétchénie) soient financée par l’argent des touristes arabo-musulmans. 

Publié dans Confidentiel

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Tunisie : pourquoi la neutralité de l’armée ressemble à un putsch par procuration

Publié le par Abdelkarim Chankou

L’une des raisons majeures qui font que les émeutes qui ont secoué la Tunisie durant un mois (environ de la mi-décembre à la mi-janvier) fascinent tellement la société civile mondiale, surtout arabe, c’est que leur aboutissement, à savoir l’exil du président Benali et sa famille en Arabie saoudite, semble ne rien à voir avec l’armée. Alors que tous les changements de régimes qu’a connus le monde arabe ont été toujours conduits par l’armée. La révolte du « Jasmin » du 14 janvier 2011, date de la « fuite » du président Benali apparaît donc comme une première pour ne pas dire un fait inédit dans l’histoire arabe contemporaine.

Seulement, la réalité n’est tout à fait simple. La neutralité de l’armée tunisienne durant les 30 jours de révolte en faveur des émeutiers cachait à peine le lâchage de cette dernière de son chef suprême en vertu de la constitution en vigueur. On a même aperçu des soldats joviaux embrasser des manifestants devant les caméras et les images qui étaient tellement nettes et stables laissaient croire qu’elles n’étaient pas prises par un téléphone portable ou une webcam. La neutralité négative de l’armée avait tout d’un putsch blanc et implicite.

Le lâchage de Benali par l’armée (petite : 35.000 hommes en tout et modestement équipée) confirmé par l'ex-chef d'état-major français et ex-ambassadeur en Tunisie, l'amiral Jacques Lanxade (voir le Monde du 16 janvier), était aussi brusque qu’inattendu. On peut expliquer ce cas non conforme par une éventuelle animosité entre le patron de l’armée qui n’est que le chef d’état major de l’armée de terre Rachi Ammar (et non le ministre de la Défense Ridah Grira, maintenu dans le gouvernement provisoire Ghannouchi et qui s’est rendu curieusement en visite en Algérie le 12 décembre dernier), mais c’est très peu probable ; car on sait que Benali n’a nommé au sein de l’armée que des généraux qui lui sont dévoués, lui qui n’hésitait pas à congédier tout gradé qui ne lui était pas sympathique. En févier 2008 il avait changé un général de brigade, responsable de l’armée de l’air.

Alors que s’est-il donc bien pu se passer pour que la grande muette sorte soudainement de son silence et ait décidé non seulement de ne piper mot mais de ne pas bouger le petit doigt au sujet d’une insurrection qui s’est soldée, selon l’ONU, par une centaine de morts ?

Il est indéniable que le communiqué diffusé par le département d’état 10 jours avant la chute de Benali et selon lequel le ministère de Mme Hillary Clinton exprimait son inquiétude face à l’usage exagérée de la force par la police, a été ressentie au sein de l’institution militaire tunisienne comme un signe de mauvais augure. D’ailleurs, l’ambassadeur de Washington avait été immédiatement convoqué par le gouvernement tunisien d’alors. En fait la Maison Blanche ne pouvait pas tolérer la répression d’une révolte en Tunisie et la décrier en Iran.

D’un autre côté l’armée tunisienne savait qu’à la moindre balle tirée par l’un de ses soldats les politiciens n’hésiteraient pas à lui faire endosser toutes les erreurs et bêtises commises par une police plus préparée à neutraliser des opposants en petits groupes que des soulèvements massifs. La décision de Benali le 12 janvier de le limoger son ministre de l'Intérieur d’ordonner la libération de toutes les personnes détenues depuis le début des troubles, a certainement conforté l’armée dans ses craintes. D’où sa décision de ne pas intervenir en faveur de Benali qui malgré a sa formation militaire à Saint-Cyr est resté un flic dont les hommes épiaient aussi bien les civils que les militaires. Ainsi l’occasion de faire d’une pierre deux coups s’était-elle offerte à l’armée ce 10 janvier, date de la convocation de l’ambassadeur américain par l’ancien gouvernement Ghannouchi, et pour préparer l’avenir (en refusant de l’insulter) et de se défaire de son ennemi : la police politique et la garde nationale qui non seulement n’auraient pas hésité à lui faire porter seule le chapeau mais passaient leurs temps à l’espionner. Le lâchage de Benali s’imposait. C’est en fait la première fois dans le Monde arabe que l’armée conduit ou catalyse un putsch par procuration.
A titre exceptionnel, nous reproduisons un commentaire reçu d'un anonyme :
Quelques remarques :

- Bourguiba n'a jamais associé l'armée à la politique intérieure. Sa neutralité à vrai dire remonte aux temps de Bourguiba.

- En 2002, l'état major de l'armée tunisienne a été décapitée suite à un accident douteux de l'hélicoptére qui transportait l'ancien chef d'état major et quelques officiers de retour d'une inspection générale. Ben Ali n'avait pas confiance dans l'armée et il ne l'a jamais associée à son régne dictatorial. Rachid Ammar, colonel major à l'époque, a été nommé chef d'état major suite à cet attentat. Une enquete en collaboration avec les américains a été promise par Ben ali. On attend toujours le début de l'investigation. Depuis 2002...
Commentaire n°1 posté par mouss aujourd'hui à 11h13

Publié dans Focus

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La chute de Benali : Ce que je crois

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Deux jours après le départ précipité de Benali et sa famille pour l’Arabie saoudite et la passation de ses pouvoirs provisoirement au chef d’Etat au président du parlement en attente d’élections générales dans un délai de deux mois, et à la veille de la constitution d’un gouvernement de transition par Mohamed Ghannouchi reconduit dans ses fonctions de premier ministre en vertu de la constitution par le président ad interim Fouad Mebazaa, je puis enfin donner mon avis sur ce qui se passe dans ce pays maghrébin.

D’abord que mes lecteurs et amis veuillent ne pas m’en vouloir si je ne sacrifie pas à l’air du temps en en joignant ma voix à celles des exaltés et excités qui ne voient dans ces évènements que la déchéance d’un homme et la fin d’un système que les médias ont longtemps présenté comme autoritaire et liberticide.

Mon opinion est que l’étincelle qui a déclenché l’explosion en l’occurrence l’auto-immolation par le feu du jeune chômeur Mohamed Bouazizi à la mi-décembre devant la préfecture de Sidi Bouzid est de nature exclusivement sociale et a été récupérée rapidement par la foule pour des raisons hétéroclites où se mêle le politique au social, le subversif au vindicatif. Durant les 30 jours d’émeutes qui ont fait une cinquantaine de morts selon les médias et les ONG des droits de l’homme, le tiers selon les autorités, je n’ai pas vu ou n’ai pas eu l’occasion de voir le portrait de Benali brûlé ou déchiqueté par la foule ni même brandit ! C’est quand même curieux ! La foule s’en est pris aux seules forces de l’ordre qui cristallise à ses yeux le manque de liberté et la corruption du système. Mais y a-t-il une police au monde qui soit vraiment aimée de la population. La peur du flic est un phénomène mondial. Maintenant on peut dire que l’usage de la force de la part de cette police tunisienne été exagéré. Sans doute il l’a été. On peut aussi ajouter que cette police qui n’est pas habituée à de tels incidents a perdu les pédales.

Tout ceci nous ramène à la question qui est sur toutes les lèvres : si tout ce j’ai dit est juste alors pourquoi le régime de Benali est tombé si vite ? Ma réponse est : il ne peut en être autrement. Car l’économie tunisienne repose sur quatre piliers qui ont tous pris l’eau ces dernières années.

1) La machine de la formation des cadres qualifiés s’est retrouvée soudainement à injecter des dizaines de milliers de diplômés chômeurs sur le marché du travail local à cause de la fermeture des frontières de l’Europe qui en absorbait une bonne partie dans un passé récent ;
2) L’énorme parc de sous-traitance industrielle et des services qu’est la Tunisie s’est brusquement vu se tarir à cause de la crise financière internationale qui a commencé à se faire sentir dès 2009 ; d’ailleurs jusqu'à cette année, le classement WEF de la compétitivité économique en Afrique du Nord (2009-2010) a placé la Tunisie en tête ;
3) La Tunisie est aussi un énorme espace de farniente destiné aux touristes étrangers. Si bien que la moindre manifestation ou acte de violence peut selon les pouvoirs publics faire fuir les visiteurs étrangers ; d’où cette sorte de « paranoïa » des autorités.
4) L’Agriculture tunisienne pourvoyeuse en devises et main d’œuvre a également souffert : les cours de l’huile d’olive ont chuté de plus de 20 % en Tunisie et en Espagne en 2008.

Donc à un certain moment et quelque part en Tunisie des « gens » ont compris que les 30 jours d’émeutes et le cortège de leurs morts parmi les civils ont atteint un niveau de gravité tel que le pays ne sen remettrait jamais (d’autant que des médias comme Al Jazeera, qui a fait preuve d’un zèle inégalé plus par la haine contre le régime Benali que par sympathie pour les Tunisiens, a grossièrement fait grossir les choses) sauf si…

Si Benali s’en allait. Il est parti. La suite l’histoire nous le dira.

Publié dans Edito

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Le séparatisme : une nouvelle opportunité d’affaires pour le capital mondial ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

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La nouvelle carte géographique soudanaise qui naîtra après la fin du processus référendaire enclenché le 9 janvier et devant s’achever, si tout va bien, dans une semaine, va inéluctablement faire tâche d’huile pour ne pas dire des émules. Partout dans le monde ou des différends frontaliers existent ou persistent, partout où l’unité territoriale est fragile, le risque de guerres indépendantistes ou hégémonistes sera  une réalité qui finira par s’imposer. A tous. Et plus vite que l’on pourra l’imaginer. Pourquoi ?

 

Tout simplement parce à l’idée que la communauté internationale réagira négativement et énergiquement en remettant chaque partie à sa place, comme par le passé, n’est plus de mise ou ne sied plus au nouvel ordre mondial. Et croire que la crise financière internationale qui sévit depuis septembre 2008 va donner un coup de frein à cette « mondialisation heureuse » (titre du livre d’Alain Minc) serait faire preuve d’une niaiserie sans égal. Non ! La communauté internationale laissera faire après avoir lancé quelques appels au calme. Histoire de d’avoir bonne conscience.

 

Détrompons-nous ! Le capital mondial est convaincu désormais que la prolifération de nouveaux Etats rime avec l’épisode biblique de la multiplication des pains. En clair, chaque nouvel Etat qui se crée quelque part dans le monde est une nouvelle source de profit pour le temple du capitalisme mondial. C’est comme un couple, plus il fait des enfants plus il consomme.

 

Prenons l’exemple du Sud-Soudan à majorité constitué de Soudanais de couleur et de confession non musulmane (chrétiens et animiste). La future entité qui naîtra du référendum commencera par établir des relations diplomatiques avec des Etats que  l’ex-« mère patrie » a rompu ou n’a jamais établies. Cela crée des nouveaux besoins et élargit l’assiette de la société de consommation internationale. Et tant pis pour le reste ! Realpolitik oblige.

Publié dans Edito

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Montée inquiétante du racisme anti-africain au Maroc

Publié le par Abdelkarim Chankou

Le tapage médiatique fait autour du référendum d’autodétermination prévu le 9 janvier prochain au Soudan ne fera pas que des victimes parmi l’ethnie arabe de ce pays riche en matières hydrique et pétrolière. Les dommages collatéraux d’une consultation électorale qui sauf miracle séparera le Nord à majorité arabe et musulman du Sud à majorité africain et chrétien, se ressentiront jusqu’à dans des pays lointains comme le Maroc.

Déjà des signes inquiétants d’un racisme anti-africain commencent à apparaître ci et là. Surtout dans le Grand Casablanca où vit une importante communauté africaine, composée d’Ivoiriens, de Ghanéens, de Kenyans, de Sénégalais, de Maliens de Mauritanien (Maures), de Congolais, de Guinéens, de Gabonais, de Camerounais et j’en passe des nationalités.

La raison de cette résurgence d’un sentiment anti-noir que l’on a cru définitivement enterré est justement la situation au Soudan. Les télévisions satellitaires en mal d’audience notamment Al Jazeera passent en boucle à longueur de journées des reportages et des images montrant des Sud Soudanais noirs portant des noms latins haranguer d’autres Soudanais de la même ethnie et couleur pour les exhorter à voter la séparation de leurs « frères » arabes et musulmans. Ces images déjà choquantes et agaçantes pour nombre de marocains moyens tombent en plus dans un mauvais moment où la guerre entre Chrétiens et Musulmans semble surgir des ténèbres du passé, entre autres à cause de l’attentant commis le 1er janvier dernier contre une église copte d’Alexandrie qui a fait quelque 21 morts et une centaine de blessés. Ainsi aux images des Sud Soudanais négro-chrétiens exhortant leurs frères à voter la séparation se sont ajoutées celles de Coptes de France ou de Suisse pour ne citer que ces deux pays qui crient au secours en traitant les Musulmans d’envahisseurs et d’assassins.

Pour avoir une idée de cette montée de racisme anti-africain à Casablanca, ce dialogue dans un taxi entre un passager marocain et le chauffeur au sujet d’une passagère africaine qui a eu la mauvaise idée de demander à ce dernier de mettre le compteur à zéro. Le chauffeur : « J’ai pourtant juré de ne plus prendre en charge les Africains, même les Musulmans. Ils sont avares, soupçonneux et racistes. En plus ils voyagent en groupe de trois et puent. » Le passager à l’adresse de l’Africaine : « Pourquoi tu m’a agressé alors que j’ai voulu seulement te défendre ? ». L’Africaine : « Je n’ai pas besoin d’être défendue parce que je n’ai pas eu tort. » Le passager : « Tu es musulmane ou chrétienne ? » L’Africaine : « silence.» Re-question : « Tu es musulmane ou chrétienne, quel âge as-tu ? Toujours pas de réponse de l’Africaine. Le passager : « Tu es raciste, moi je ne le suis pas, j’ai seulement voulu te défendre. » Le passager : « Tu refuses de parler. » L’africaine exaspérée : « Si j’étais raciste je ne serais pas montée dans ce taxi. Et puis je suis libre de parler ou de me taire. » « Arrête, tu me casses la tête ! ». Cent mètres plus loin, la fille descend. Le chauffeur : « Si je n’avais pas eu pitié d’elle, je ne l’aurais pas prise en charge. Ces Noirs commencent à se sentir chez eux. »

Publié dans Focus

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Le carnage des coptes ou le Soudan by Alexandrie

Publié le par Abdelkarim Chankou

 

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L’attentant meurtrier et lâche qui a  visé une église copte (et une non mosquée copte comme l’a annoncé France 24 !) au Nord de la ville égyptienne d’Alexandrie le lendemain du réveillon du nouvel an et qui fait 21 morts et près de 80 blessés dont des policiers a comme d’habitude fait couler plus d’encre que de sang.

 

Ayant été précédés deux semaines plus tôt par une série d’articles parus dans la presse occidentale mettant en garde contre les dangers que courent les chrétiens d’Orient  suite aux appels au meurtre lancés par des groupes terroristes musulmans contre ces minorités religieuses essentiellement d’Irak et d’Egypte, certains apprentis sorciers journalistes ont vite compris que derrière cet attentant se cache des « officines » déguisées en groupes terroristes musulmans, notamment Al Qaïda, qui œuvrent à déstabiliser le régime de Moubarak.

 

Pour ne pas tomber dans le même piège on ne mettre pas de nom sur l’auteur de carnage. On dira seulement que c’est un groupe franchisé Al Qaïda comme il en existe treize à la douzaine de par le monde.

 

Mais une chose semble certaine, du moins à notre sens : le motif du crime, si l’on se permet de s’exprimer ainsi, est de motiver les derniers indécis du Sud du Soudant à exprimer leur indépendance du Nord le 9 janvier prochain.

 

Comment ça diraient certains ? Question légitime. Réponse : L’indépendance du Sud Soudan peuplé majoritairement par les Noirs chrétiens va obliger le Nord musulman à modifier ses institutions, entre autres la constitution. En clair, Khartoum dont les actuels dirigeants ont été portés au pouvoir par les Islamistes deviendra la capitale d’un « vrai Etat islamique » où la charia régnera. Car il ne sera plus besoin de garder des lois et des institutions relativement « modérées » une fois la pseudo laïcité dictée par le melting pot islam-chrétien aura été caduque.

 

Devenu « terra islamica », le Nord Soudan redeviendra le havre qu’il était au début des années 1990 pour Al Qaïda & Co.

 

C’est que cette nébuleuse semble chercher. Surtout au moment ou la coalition de l’Otan lui livre une guerre féroce en Afghanistan et par extension dans le Sahel.

 

Publié dans Edito

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