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Godzilla à Gaza

Publié le par Karim El Maghribi

 

Sourde et aveugle, la  terrible machine de guerre qu’est l’armée israélienne, formée pour combattre des armées régulières et non pas des milices hypermobiles et furtives, s’affole, s’emballe et frappe dans le tas, tous azimuts en usant de l’aviation comme de l’artillerie lourde, d’où le nombre impressionnant de morts après trois semaines d’hostilités : plus de 1030 morts et 6000 blessés  parmi les civiles, tous âges confondues.

Cette cécité-surdité de l’armée israélienne, la 5e armée la plus puissante du monde, est due au fait que les services de renseignement de Tsahal, le Shin Beth et le Mossad n’ont plus d’informations précises et fiables sur l’état de préparation des combattants adverses, ni sur leur armement ni sur leur tactique. D’où la capacité de résistance plus qu’étonnante des combattants des brigades Azeddine Al Qassam (bras armé du Hamas) et des Saraya Al Qods (branche armée du Djihad Islamique). Selon les propos même du premier ministre likoudnik,  Benyamin Natanyahu, ces brigades sont « féroces ».

Pourquoi Tsahal, passée maître en matière d’espionnage de ses ennemis,  est devenue subitement sourde-aveugle ?

Avant de répondre à cette question, il est utile d’abord de savoir que la plupart des guerres gagnées par les armées d’Occident contre celles du Monde arabe sont redevables, pour beaucoup, à la barbouzerie militaire et civile. Sans la pénétration profonde des armées de Saddam par les services français, américain et britannique, la chute de Bagdad aurait sûrement nécessité plus que 23 jours. En effet, c’est à cause  de la trahison des grands officiers de la Garde républicaine de Saddam, cœur battant du système défensif du dictateur déchu, que Bagdad est tombée comme un château de sable.

L’espionnage est une chose trop sérieuse

 pour le sous-traiter même aux amis !

Israël a toujours eu des yeux et des oreilles au sein des armées arabes même des pays alliés. C’est de bonne guerre ! Mais avec les dernières guerres, commencées à partir de la seconde moitié du siècle courant, contre le Sud-Liban et Gaza, l’Etat hébreu a perdu la main. Les milices du Hezbollah ont tenu en échec, en juillet-août 2006, les avancées terrestres des fantassins du Tsahal en provoquant d’importantes pertes humaines dans les rangs des Brigades des blindés israéliens dont la plus emblématique : La Brigade Golani ! Les batailles de Bint Jbeil et de Maroun al-Ras resteront dans les annales du Tsahal comme des points noirs que tout élève-officier israélien devra étudier. Cet échec de Tsahal face aux milices du Hezbollah après 33 jours de guerre dont les premiers ont été consacrées par l’aviation israélienne pour réduire en poussière une grande partie de  Beyrouth-Sud et Saida, la cause principale en a été le manque cruel d’informations sur la stratégie défensive et offensive des combattants de Hezbollah ainsi que sur l’état de leur armement sans perdre de vue leur méthodes de communication. On découvrira plus tard ces nombreux tunnels, creusés au grand secret par les combattants du Hezbollah, qui lui serviront de centres de commandement et de repli.

Huit années plus tard, bis repetita ! La guerre sur Gaza se déroule presque de la même façon et Tsahal qui souffre des mêmes handicaps  est confrontée aux même pertes sinon plus.

Le désengagement d’Israël de Gaza, décédé par le PM Arik Sharon en 2005, puis l’évènement d’un gouvernement autonome dans la Bande avec la victoire écrasante du Hamas dans les législatives de janvier 2006, lequel mouvement politique coupera tout lien avec le Gouvernement de Ramallah, siège de la présidence de Mahmoud Abbas alias Abou Mazen (chef du Fatah), accentuera la détérioration de vision et d’audition de Tsahal. Les derniers espions proches du Fatah et embrigadés par Israël ont été exécutés l’un après l’autre par le Hamas. L’espionnage est une chose très sérieuse pour le sous-traiter même aux amis !

Résultat : Tsahal, hyper-équipée, surarmée mais sourde et aveugle se transforme en Godzilla, un monstre superpuissant qui balaye tout sur son passage mais qui est inapte de voir de « minuscules ennemis » accrochés à ses écailles. Des adversaires très peu nombreux mais déterminés qui arrosent chaque jour des villes israéliennes dont Tel Aviv de missiles et roquettes en dépît des bombardements intensifs de Gaza.

Pire : Tsahal évolue tellement dans le brouillard que toute tentative de sa part d’y voir plus clair peut se transformer en dur échec personnel et en drame pour les civils du camp adverse. Le bombardement d’une école de l’Unrwa (The United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) qui a mis les chancelleries occidentales et le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon dans l’embarras serait causé par une intox hamasienne. Un faux espion à la solde d’Israël, enfumé par le Hamas,  qui aurait informé Tsahal que l’école en question abriterait des combattants ou des armes ?

Pire encore : Au lieu de soutenir le gouvernement de Ramallah, Israël a adopté une politique de marginalisation et de discréditation d'Abou Mazen durant une décennie. Et ce par la continuation des implantations des colonies. Israël en paye aujourd'hui le prix de cette mauvaise politique : L'Etat hébreu n'a plus de partenaire sérieux pour négocier quoique ce soit ! Aucune partie palestinienne n'ose plus faire confiance à la signature d'Israël.

Bref. Le bout du tunnel n’est pas proche. Ni pour le Hamas ni poyr Israël.  D’autant que  sur la plan économique ça sera un  désastre pour le gouvernement Netanyahu. Un missile du Dôme de fer coûte 60.000 $ alors qu’un missile Grad revient à moins de 1.000 $ pièce alors qu'une  roquette Hawn ou Katiocha revient à moins de 500 $ l'unité. Faites le calcul !

Publié dans Focus

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Maroc : Quand la société civile devient un tremplin pour la politique

Publié le par Karim El Maghribi

La nature ayant horreur du vide, l’interdiction stricte faite à l’administration de favoriser un candidat au détriment d’un autre, a vite été contournée par les politiques avertis qui ne peuvent émerger sans tremplin autre que le favoritisme. La société civile s’offre dès lors comme un gisement inépuisable en tremplins tous sournois et efficaces les uns que les autres. D’autant que la symbiose qui peut naître entre un parti politique et une ONG peut être profitable aux deux parties. « Tu me faits la courte échelle et quand j’arriverai je te renvoie l’ascenseur. » Sous forme de divers services et avantages dont les alléchantes subventions publiques, le nerf de la guerre du tissu associatif, ainsi que des tickets d’entrée dans la cour des grands, ça s’entend.

Le procédé n’est pas tellement nouveau. Si jadis les partis politiques islamistes utilisaient le tremplin de la bienfaisance en distribuant médicaments, vêtements et produits alimentaires aux pauvres en contrepartie de leur vote, aujourd’hui les partis dits « laïcs » font presque la même chose en ciblant des associations œuvrant dans le caritatif et l’humanitaire. Les gérants de ces officines, arborant généralement des titres pompeux mais superflus, ont besoin d’argent public pour mener leur train de vie peinard. Ils n’hésitent pas de ce fait à répondre positivement à toute sollicitation d’un parti politique qui souhaite placer un de ses candidats dans une localité que ladite association écume. Dès que le marché est conclu, on s’invente un petit prétexte événementiel bidon pour réunir du monde et ainsi faire assez de boucan. La presse et quelques têtes du monde de la culture et de l’art sont les ingrédients les plus recommandés pour meubler la galerie. On papote un petit chouia au rythme d’un orchestre léger, autour d’une table garnie de petits fourrés et verres de thé à la menthe bien fumant (l’alcool est contre-indiqué dans telles circonstances ; dans ce sens qu’il envoie un mauvais signal aux machines à voter) puis on se prend des photos.

Si le parti politique a le bras long dans le milieu des rédactions, l’évènement sera bien répercuté fissa dans plusieurs médias dès le lendemain. Le candidat à un siège à la commune ou au parlement est souvent présent lors de la petite fête, mais parle rarement. Il se contente d’être bien placé sur les clichés en train se serrer les mains de certaines personnes en vue et qui ne sont pas forcèment toutes au courant de la manip. Un geste que le citoyen-votant verra comme un indicateur de haute bienveillance de la part de qui de droit…

Le tour est joué.

 

Maroc : Quand la société civile devient un tremplin pour la politique

Publié dans Politique et Société

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Un juif brésilien sur cinq est d'origine marocaine

Publié le par Harissa.com d'après MAP

 

20% des juifs du Brésil sont d'origine marocaine (titre d'origine)

 

Si les relations entre le Maroc et le Brésil sont aussi anciennes qu'exemplaires, la diaspora juive marocaine établie dans le pays "de l'ordre et du progrès" y est pour beaucoup.

Estimés à près de 20% des juifs brésiliens, ces ambassadeurs du Royaume, fiers de leurs origines, se sont distingués par le rôle important qu'ils ont joué dans la vie économique et sociale de ce pays d'Amérique latine, gagnant le respect de toutes les composantes de la société brésilienne.

Parfaite illustration de cette contribution notable: l'existence au Brésil d'une ville nommée Nova Mazagao (nouveau Mazagan) qui fut construite par les Portugais dans l'embouchure de l'Amazone au Sud-Est au niveau du Rio Mutuaca, ou encore d'un saint juif originaire du Maroc prié par les chrétiens au cimetière Saint Jean-Baptiste de Manaus, capitale de l'Etat de l'Amazonas (Nord-Ouest), au cœur de l'Amazonie. Il s'agit du tombeau du rabbin Shalom Imanuel Muyal, enterré depuis 1910, et qui est arrivé à la plus grande ville amazoniennes dix ans plus tôt, quelques 200 ans après le début de la migration vers l'étrangers des juifs marocains.

Dans son livre "Mazagao, la ville qui traversa l'Atlantique: du Maroc à l'Amazonie (1769-1783)", Laurent Vidal écrit: "la forteresse portugaise de Mazagao, construite au cœur des terres du Maroc, est abandonnée en mars 1769 (...) à peine évacués, les habitants de la forteresse sont envoyés en Amazonie fonder une nouvelle Mazagao. Ce voyage sans retour pour le Nouveau Monde prend alors la forme d'une longue odyssée".

L'histoire des juifs du Brésil remonte en fait à une période bien plus lointaine. Elle est en effet liée aux voyages de Gaspar De Gama, un juif de naissance, kidnappé enfant, puis baptisé de force. Il accompagnait l'amiral Pedro Alvares Cabral, le célèbre navigateur portugais qui découvrit, en 1500, les terres d'un Nouveau Monde, le futur Brésil dont il prit possession au nom du roi du Portugal.

C'est ainsi qu'il ouvrit la voie aux juifs fuyant l'inquisition espagnole pour s'installer en tant que Conversos (juifs convertis au christianisme) et développer avec succès des plantations de cannes à sucre en dépit du harcèlement constant de l'inquisition brésilienne.

En 1624, la Hollande conquit une large partie du nord-est du Brésil et les juifs y vivent libres et sans contrainte, amorçant une vague d'immigration, avant que la communauté juive, qui s'enrichit grâce à l'industrie de la canne à sucre, ne puisse ériger la première synagogue Kahal Zur, à Recife, devenue capitale de la colonie hollandaise.

En revanche, à Sao Paulo, les juifs subissaient la pression de l'inquisition. Les persécutions portugaises contre les juifs s'intensifièrent, poussant une partie de la communauté à s'enfuir vers l'intérieur des terres brésiliennes, alors que le symbole de la communauté juive, la synagogue Kahal Zur ferma ses portes.

Ce n'est qu'en 1773, qu'un décret royal mette fin à la discrimination contre les juifs, ouvrant la voie à une vague importante d'immigrants juifs originaires du Maroc qui débarquèrent à Belém, au nord du Brésil, où ils construisirent, en 1824, une synagogue baptisée Porta da Ceu (porte du ciel) et une seconde à Manaus, au bord de la rivière amazonienne.

Les juifs marocains, descendants directs des communautés expulsées d'Espagne par les rois catholiques, arrivent au Pernambouc, à Bahia et surtout en Amazonie, où ils s'installent autour de 1810.

Avec l'économie extractive pour principale activité économique, ces pionniers s'établissent d'abord à Belém do Pará et, de là, remontent le cours du rio Amazonas et de ses affluents et colonisent de nombreuses localités des Etats du Pará et de l'Amazonas, passant par Manaus et remontant jusqu'à Iquitos, au Pérou, où existe encore à ce jour une communauté juive organisée.

Ils s'enfoncent dans les forêts, luttant contre les préjugés, les difficultés de langue et les maladies pour espérer voir leurs descendants poursuivre vers une vie meilleure et émigrer vers les villes, une fois la fortune accomplie.

Des historiens estiment que l'existence d'une ligne maritime régulière entre Tanger et Belém aurait facilité les départs d'une population qui vient surtout de la région du Nord du Maroc (Asilah, Tétouan, Tanger et Larache).

A Pará, la communauté de Belém est jusqu'à nos jours particulièrement active et attachée aux traditions marocaines, parlant hakétia et préservant leurs habitudes alimentaires.

Un centre y existe depuis 1918. Créé par des descendants des premiers juifs marocains, cette institution, qui comprend une école, deux centres d'activités culturelles et sociales (société d'entraide) et deux synagogues, continue de fédérer les communautés du Pará. Force est de constater qu'actuellement leur intégration à la société brésilienne est incontestable.

Parmi les célèbres personnalités d'origines marocaines figurent Abraham Ramiro Bentés, un général de l'armée brésilienne, président de la communauté juive marocaine et écrivain, le député Ruben Medina, réélu six fois au Congresso Nacional depuis 1967 et président du parti Frente Liberal (PFL).

Une étude génétique de l'Université Fédérale du Minas Gerais avait révélé que 16% de la population d'Amazonie qui se déclare blanche descend de juifs, et reste très attachée aux principes du judaïsme. Cette proportion est plus importante qu'à Sao Paulo, où vivent 60% des 120.000 juifs brésiliens.

Harissa.com d'après (MAP)

 

Publié dans Société

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L’internationale islamiste : Raïssouni se prépare à l’après Al Qaradawi

Publié le par Karim El Maghribi

En haut à droite,  Youssef Al Qaradawi

 

La destitution du président égyptien Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013, par son armée sonna le glas de la confrérie musulmane et marqua le début d’une transition qui est toujours en cours. Mais l’un des faits saillantes de ce renversement du « premier président égyptien civil et élu » de l’histoire du pays des Pharaons est le revirement à 360 degrés qui s’est opéré en Arabie saoudite qui, on en doutait fort, a sponsorisé la chute de Morsi sinon l’a bénie. La déferlante des révolutions dites du « Printemps arabe » qui est née en décembre 2010 en Tunisie pour gagner successivement l’Egypte, la Syrie et la Libye avec quelques agitations sociales en Algérie et le Maroc, a fini par profiter au clan pragmatique à la cour wahhabite. Ce clan a sauté sur ces événements pour s’imposer face au camp radical qui prône l’application pure et dure de la charia. Le vacillement du trône au Bahreïn, suite à une révolte de la population majoritairement chiite contre les autorités sunnites et que tuera dans l’œuf l’envoi de chars par l’Arabie saoudite dans ce petit royaume, en mars 2011, a été l’argument décisif qui clouera le bec définitivement aux faucons de la cour saoudienne. Deux conséquences directes et lourdes de signification à cette nouvelle situation dans la scène arabe : d’un côté, les Frères musulmans et leur rêve d’établir un califat moderne cessent brusquement d’être à l’ordre du jour à Riyad et dans les pays de la mouvance saoudienne, et de l’autre, l’émir du Qatar le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani abdique le 25 juin 2013 en faveur de son fils Tamim, né de sa seconde épouse, Cheikha Mouzah , une roturière dont le père était un farouche opposant au grand-père du nouvel émir Tamim. Au Maroc l’évènement majeur à lier à ces nouveautés moyen-orientales même si les médias ne lui ont pas donné toute l’importance qu’il méritait, est l’élection du théologien Ahmed Raïssouni, le samedi 7 décembre 2013, au poste clé de vice-président de l’Union internationale des oulémas musulmans, une puissante corporation créée en 2004 par le mufti égyptien très controversé, le Cheikh Youssef Al Qaradawi, l’un des habitués et favoris de la cour de Doha.

Trois priorités : affaiblir les frères musulmans

où qu’ils soient, freiner la démocratisation

dans les pays du Printemps arabe et couper l’herbe

sous les pieds de l’influence iranienne, l’unique danger extérieur

qui menace le royaume saoudien

La corporation (الاتحاد العالمي لعلماء المسلمين) regroupe plus de 2 000 savants et militants en islam actif. Et le fauteuil de la vice-présidence, dévolu à Raïssouni, est éminemment fondamental ; dans ce sens qu’il est la seule porte ouverte à la succession du vieux Al Qaradawi, âgé de 88 ans et malade. Une succession « dans le capuchon de la djellaba » pour Raïssouni qui est fermement soutenu par Riyad. En effet, ce natif de Larache en 1953 qui obtint en 1978 une licence de la charia à l’université Al Qaraouiyine de Fès pour devenir plus tard, au début des années 1990, professeur de la charia au département des lettres de la faculté de Rabat, doit beaucoup à l’Arabie saoudite. En novembre 2005, le royaume wahhabite l’accueillera en effet après sa démission en juin 2003 de la présidence du Mouvement Unicité et Réforme (la matrice spirituelle du PJD), dans la foulée du grand débat qui avait suivi les attentats sanglants du 16 mai 2003 à Casablanca. Alors que plusieurs partis et intellectuels de gauche ont surfé sur ces attentats, qui ont fait 42 morts et une centaine de blessés, pour demander à l’Etat la dissolution du PJD, Raïssouni, lui, s’est distingué par des déclarations très controversées pour ne pas dire déplacées sur le statut de la commanderie des croyants, déclarations qui ont fini par énerver ses poulains du PJD. L’exil de Raïssouni en Arabie saoudite a été non seulement volontaire mais doré. L’homme n’est pas allé en terre péninsulaire arabique pour se cloitrer dans un couvent afin de demander à Allah d’effacer son « péché » mais bien pour prendre part à un groupement d’experts chargé par la cour saoudienne d’élaborer une Encyclopédie de la jurisprudence islamique éditée, à gros sous, par l’Académie islamique de Djeddah. En somme une bonne planque. Le long séjour de Raïssouni (désormais spécialisé en Al Maqassid Al fiqh ou Les Finalités du fiqh), en terre saoudienne sera aussi une occasion pour lui de se préparer à assumer, le momentum venu, d’autres tâches plus importantes, notamment la présidence de l’Internationale islamiste sunnite. Avec mission de refonder totalement cette corporation sur des bases nouvelles, en conformité avec la nouvelle situation du Monde arabe et surtout avec la nouvelle vision du pouvoir saoudien qui veut que le président de cette corporation soit désormais élu pas ses pairs et non plus désigné afin de prévenir toute aliénation future de ce dernier à un quelconque Etat. Mais dans les coulisses Riyad continuera à en tirer les ficelles… Le chemin est déjà presque balisé pour le futur président Raïssouni : l’émirat du Qatar qui soutenait cette congrégation du temps de l’émir Hamad Ben Khalifa Al Thani à condition qu’elle joue le rôle d’ébauche du futur « califat moderne », dont l’assise intellectuelle et politique est constituée par les adeptes et les cadres de confrérie musulmane, a changé d’avis. Le nouvel émir Tamim et son obligé Youssef Al Qaradawi- et par extension Raïssouni- voudraient toujours de ce projet califal mais plus comme un projet dirigé contre l’Arabie saoudite. Ce rêve cher à la confrérie se fera désormais avec et pour l’Arabie saoudite. Et aura trois priorités : affaiblir les frères musulmans où qu’ils soient, freiner la démocratisation dans les pays du Printemps arabe et couper l’herbe sous les pieds de l’influence iranienne, l’unique danger extérieur qui menace le royaume saoudien. Allah est grand !

 

L’internationale islamiste : Raïssouni se prépare à l’après Al Qaradawi

Publié dans Analyse

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Al Qaida, Aqmi, EIIL..., des organisations nées de la vacance de la dignité califale

Publié le par Karim El Maghribi

 

La fin du califat ottoman en 1924 suite à la défaite des Empires centraux (Autriche-Hongrie et leurs alliés que la Turquie a rejoints en 1914) contre les Etats de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni et Russie) a sonné le glas de l’« unité de façade » du monde arabo-musulman. Le califat ottoman, constitué entre 1517 et 1924, après ceux omeyyade de Damas, abbasside de Bagdad, fatimide du Caire, était le dernier ciment qui maintenait dans une certaine unité des peuples et des peuplades qu’une langue commune et un Livre sacré commun ne suffisaient plus à unifier pour diverses raisons politiques et culturelles que notre propos n’est pas  d’égrener ici.

Ayant flairé le danger de la fin de tutelle de l’empire ottoman sur les Arabes en 1924 et celle de la puissance britannique 20 ans plus tard, le Foreign Office créera, à la fin de la seconde guerre mondiale, une entité fédératrice nommée la Ligue des Etats arabes. Une institution panarabe qui tentera de maintenir tant que faire se peut une unité perdue, et qui sera dominée par l’Egypte jusqu’à son exclusion de la Ligue arabe à cause du traité de paix que Le Caire signera avec Israël la même année et qui était une  conséquence logique des accords de Camps David en 1978. Mais des années avant cette date, la Ligue arabe a déjà démontré son inefficacité : l’organisation panarabe, basée au Caire, non seulement n’a pas stabilisé un monde arabe « mosaïcal » et fissuré de toute part  par une multitude de rites coraniques aussi opposés que contradictoires, mais elle a même contribué à son instabilité. Pour ne citer que deux exemples : les deux  tentatives de régicide avortées, en 1971 et 1972, étaient fomentées par des généraux marocains inspirés par la révolution nassérienne. Et l’incendie de la mosquée Al Aqsa en 1969, qui sera le motif principal pour la création de l’Organisation de la conférence islamique (OCI : une sorte de Ligue arabe élargie aux pays musulmans non arabes dont l’Iran et le Pakistan), la Ligue arabe n’a pu ni l’éviter, ni le prévenir.

Cette double impotence de la Ligue arabe et de l’OCI aussi bien sur les dossiers interarabes, comme le conflit maroco-algérien, inter-islamiques tel l’annexion par l’Iran des Îles Hanesh émiraties, ou internationaux tel le conflit-israélo-palestinien (1), perdurera jusqu’à la fin du boc communiste en 1989 et surtout l’invasion du Koweït par l’Irak, une année plus tard, en août 1990. Cette date marquera la dernière estocade mortelle portée au corps d’un monde arabe malade après la révolution islamique iranienne en 1979 (2) et l’armistice des Arabes, matérialisée par les accords de Camp David, et plus tard en septembre 1993 par les accords d’Oslo, intérimaires sur l'autonomie des territoires occupés. Août 1994 et l’annexion du Koweït par Saddam Hussein, suivie de la deuxième guerre du Golfe (invasion de l’Irak par une coalition internationale), marquera la mort clinique de la Ligue des Etats arabe et de l’OCI. La vacuité psychique laissée par ces deux organisations, même impotentes, créera une période quinquennale de tous les dangers. Août 1994  verra en effet un premier attentat terroriste au Maroc, exactement à l'hôtel Atlas-Asni à Marrakech : deux hommes armés et cagoulés avaient tiré des coups de feu en l'air avant de prendre pour cible un petit groupe de touristes présent dans le hall. Deux Espagnols avaient été tués et une Française grièvement blessée. Le commando terroriste était composé de franco-algériens, Stéphane Aït Idir,  Redouane Hammadi et Tarek Felah. Le Maroc fermera sa frontière terrestre avec l’Algérie pour prévenir d’autres attentats.

Août 1996 : Oussama Ben Laden diffusera sa déclaration de «djihad contre les Américains qui occupent la terre des deux lieux saints [La Mecque et Médine]», depuis la guerre contre Saddam Hussein. Quatre années plus tard, en été juin 2000, Hafez el-Assad mourra et laissera une Syrie  minée par les contradictions et surtout par l’amenuisement de son rôle au sein du monde arabe après les accords d’Oslo. La suite on la connaît : septembre 2011, attentats des Twin Center à New York, révolutions libyenne, égyptienne et tunisienne, guerre civile en Syrie etc. Bref, depuis 1990 au moins, le monde arabe et musulman se cherche un nouveau leader fédérateur mais sans succès jusqu’ici : quand c’est le Maroc qui se présente l’Algérie fait objection, quand c’est l’Arabie saoudite c’est le Qatar, l’Iran ou l’Irak qui disent non et quand tout le monde est presque d'accord sur un nom la Libye de Kadhafi s'arrange pour saper tout… Si bien que le Turquie des new ottomans a tenté à un certain moment de reprendre son sceptre de calife abandonné en 1924…

Résultat : le vide attisant les passions, des groupes armés sont tentés de ressusciter  le califat non pas à partir de 1924 mais à partir de 1118, année de la fin du califat abbasside de Bagdad. L’apprenti sorcier-dynaste a déjà pris le nom du premier calife de l’Islam : Aboubakr. Il espère ou croit espérer rendre à la Umma sa gloire perdue.

Retour à la case départ ou retour à zéro ?

En tout cas il est temps d'une Ligue arabe réformée et moderne qui décide à la majorité et non plus à l'unanimité et qui élit son président tous les trois ans par les presidents respectifs des parlements des pays membres.

 

  1. Je ne cite pas tous les conflits comme celui de la guerre civile en Algérie en 1989 ou en Somalie en 1991 etc.
  2. Pour nombre d'historiens avertis la vraie Naqba (Grande Affliction) des Arabes c'est la révolution islamique iranienne en 1979 et non pas la création de l'Etat d'Israël en 1948.

Publié dans Focus

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