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Maroc-télévision : Une comédie nommée TNT

Publié le par Abdelkarim Chankou

Conformément aux directives de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), imposant aux Etats membres le basculement de la Télévision Analogique Terrestre (TAT) vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT), le Maroc ne se l’est pas fait répéter deux fois. Dès 2006, « le Ministère de la communication a initié les travaux visant au développement de la télévision numérique terrestre (TNT) » selon un agenda bien établi. En 2010, selon les chiffres officiels, le réseau de la télévision numérique terrestre de la Société Nationale de la Radio et Télévision (SNRT) comptait déjà 35 stations, assurant une couverture de 73 % de la population. En octobre 2012, le service de la TNT était disponible pour 80% de la population. Mais attention aux chiffres qui sont trompeurs ! Le gros de la population marocaine étant agglutiné dans les grands centres urbains et ses environs, la TAT n’a jamais été vraiment captée par les habitants des zones enclavées et ce depuis l’émission du premier signal télévisuel au Maroc dans les années 1950 et ce jusqu’à aujourd’hui. Il fallait en fait attendre le lancement des la télévision satellitaire analogique, au début des années 1990, pour que le « Maroc inutile » découvre enfin les joies de la « boîte à images. ». Néanmoins, cette célérité des autorités marocaines à se conformer aux directives de l’UIT (une émanation de l’ONU), ne s’est pas toujours déroulée sans incidents. Beaucoup de retards et ratés techniques. Sommes toutes normaux étant donné que même en France le passage à la TNT ne s’est pas fait sans ratages. « Par endroits, le basculement à la télévision tout numérique tourne au calvaire pour les téléspectateurs. », écrit le magazine « 60 Millions de Consommateurs » en novembre 2010. Face aux mésaventures marocaines, comprises comme des tergiversations par qui de droit, l’UIT a décrété que « la transition vers la télévision numérique terrestre-TNT, par la cessation des diffusions analogiques, devait impérativement s’effectuer au Maroc [et 29 autres pays africains] avant le 15 juin 2015. » Hasard ou coup monté cette date butoir tombe à deux jours du début du ramadan, mois où le Marocain entre dans une frénésie consommatrice sans égale pendant le reste de l’année. Il y mange beaucoup, dépense beaucoup, regarde la télé beaucoup… Si bien qu’un mois de jeûne sans télé est ses traditionnels feuilletons et sketches « haut débiles » est inconcevable. Mais là où le bât blesse c’est que l’interruption du signal TAT a été ressentie par une majorité de Marocains y compris ceux des grands pôles urbains comme un sevrage brutal pour ne pas dire un ramadan bis.

Un sevrage brutal pour ne pas dire un ramadan bis

En effet cette majorité de Marocains ne s’est pas préparé au basculement vers la TNT. Soit par manque d’informations même si des centaines de sports télévisés ont été diffusés pour avertir les téléspectateurs de la date de la cessation d’émettre du signal analogique et des installations à faire pour capter le nouveau signal. Soit par manque d’argent, dans ce sens qu’en cas de téléviseur d’ancienne génération, une nouvelle installation nécessite un boitier démodulateur, un nouveau câblage et une nouvelle antenne hertzienne si les anciens sont abîmés, sans compter les honoraires du technicien. En gros il faudra débourser au minimum 750 dirhams (70 euros). Une fortune dans un pays où le salaire minimum n’excède pas les 1800 dirhams (160 euros) pour ceux qui ont la chance d’avoir un job. Bien entendu pour cette catégorie sociale majoritaire se payer un téléviseur LCD avec antenne TNT intégrée est autant hors de prix que de question. Ainsi ce mois de ramadan aura un goût amer pour des milliers de foyers marocains. Les habitués des chaînes du pôle public (SNRT)* Arryadia (sports), Athaqafia (culture), Al Maghribia (pour les Marocains expatriés), Assadissa (coranique), Aflam TV (films), Tamazight (Berbère) ainsi que 2M (SOREAD) n’ont plus qu’à manger leurs télécommandes où se rabattre sur la diffusion satellitaire numérique lequel cas suppose la nécessité de s’équiper en antenne parabolique et décodeur. Un budget minimum de 1500 dirhams (130 euros) à mobiliser ! Fait bizarre : le ministère de la Communication, qui sait brandir la carte de souveraineté nationale quand il s’agit d’interdire la diffusion en salle d’un film ou la distribution d’un journal en kiosque, est resté muet devant cette comédie de mauvais goût. La preuve qu’il y a bien eu cafouillage, la diffusion en mode TAT a été maintenu curieusement pour al Oula (La Première), la chaîne généraliste principale publique de la SNRT. Heureusement ! Sinon les Marocains auraient été également privés de la série « Causeries religieuses », un programme de réflexion sur l’islam modéré et tolérant dont ils sont habitués depuis des décennies et qui les réconcilie avec eux-mêmes surtout dans un mois de spiritualité et de méditation et dans un monde de brutalité et de prosélytisme aveugle. « seulement 10% des foyers sont équipés en TNT à un mois de la date butoir » , contre 0,3 % il y a trois ans ! Mieux : mêmes les raisons invoquées par l’UIT? pour justifier ce basculement vers la TNT (à savoir la libération de fréquences notamment pour permettre le développement de l'accès à l'internet mobile à très haut débit et la réduire des coûts de en vue d’allouer les sommes économisées, aux investissements en matière de production et de programmes) ne semblent pas préoccuper : mis à part quelques rares sitcoms ou sketchs de série B en plus sponsorisé par des annonceurs, la production maison pèche par son indigence et à Dar El Brihi (SNRT) et à Aïn Sebaa (2M/SOREAD). Quant à Internet mobile à Haut débit, deux opérateurs ont effectivement lancé en grande pompe et en même temps que l’interruption du signal TAT la 4G LTE notamment dans des villes où on l’on capte péniblement la 2G…

(*) Médi 1 TV, la chaîne thématique émettant de Tanger devra bientôt rejoindra le bouquer TNT.

Publié dans Opinion

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Ne démolissez pas le sacré, l’ultime refuge des vulnérables!

Publié le par Abdelkarim Chankou

Femmes priant dans un mausolée au Maroc

Faut-il rappeler aux ressortissants des pays occidentaux riches notamment d’Europe de l’Ouest que, malgré quelques problèmes sociaux comme des taux de chômage et de pauvreté jugés relativement élevés, leur niveau de vie actuel ils le doivent amplement et indirectement à la misère endémique qui règne dans le tiers monde ? Savent-ils que leur niveau de vie dans les prochaines décennies ils le devront encore à cette misère qui saigne le dos des peuples asservis ? Savent-ils que ces grands mots dont leurs dirigeants les gavent à longueur de journée : croissance, image- ou place- du pays dans le monde, compétitivité, sécurité, bien-être, emploi etc. sont synonymes de l’autre côté de la barrière de pauvreté, chômage, maladies, guerres, analphabétisme, malnutrition… ? Pendant que je repose la question en sachant que beaucoup de ces peuples occidentaux savent de quoi je parle la Banque mondiale a consacré un milliard de dollars sur cinq ans pour dessiner les cartes minières de l'Afrique... Mais ces peuples ont tendance à oublier le prix que payent d’autres peuples pour maintenir leur mode de vie. Par la force de la spectacularisation de leur vie quotidienne. Les mains détentrices des rênes du vrai pouvoir les maintiennent, par le biais des médias et autres véhicules du divertissement orchestré, dans une sorte d’engourdissement où ils ne sont ni totalement inconscients ni complètement éveillés. Une situation encore inédite dans les pays pauvres même si par le jeu d’une mondialisation rampante et le copier-coller appelé sournoisement « transfert du savoir-faire » ces pays vont connaître bientôt cette manière de vivre pour vivre… Mais pour le moment malgré la vie de chien que mènent ces peuples lacérés par procuration ils peuvent encore aboyer, de temps en temps… Ils comprennent ces conditions de vie entre le réel et le virtuel de leurs homologues « mieux lotis », qui se nourrissent indirectement de leur sang mais attendent d’eux un vrai geste de compassion, fut-il un sourire. Mais non pas des leçons de morale qui ne servent au bout du compte qu’aggraver leur sort. Ces « chanceux » des temps modernes doivent comprendre que la religion est la dernière assurance-vie du pauvre tiers-mondiste, son ultime refuge après les drogues hors de prix...

Combien de ces déçus assaillis par le doute et la mal-vie auront été repêchés in extremis après une courte prière dans un mausolée ou dans une mosquée

Les peuples occidentaux avaient raison, il y a 20 ans, de considérer la religion comme une chape de plomb qui abaisse les peuples du Tiers Monde et les maintient dans la misère et l’ignorance. Mais ce n’est plus aussi vrai aujourd’hui. Le vrai poids qui les avilit n’a plus pour nom la religion mais une mondialisation sauvage ? et son pendant l’argent-roi doublé de la pensée unique. Au contraire la religion amortit, soulage la douleur de ces masses indigentes et nécessiteuses. Non pas qu’elle fait le jeu du capital mondial mais les dote de moyens spirituels de résilience au désespoir et dégoût de la vie qui les guettent à chaque tournant et à chaque jour que Dieu fait. Combien de désespérés qui ont perdu toute volonté de vivre, combien de ces déçus assaillis par le doute et la mal-vie auront été repêchés in extremis après une courte prière dans un mausolée ou dans une mosquée. Chaque prière dans un marabout équivaut ou vaut une séance de psychothérapie gratuite. Il est juste et compréhensible que dans un monde où le djihad armé est livré au nom de l’islam la simple évocation d’une religion provoque répulsion et rejet en Occident. Mais, faut-il le souligner, ces égarés qui ne sont que le pur produit d’une mondialisation malheureuse n’ont pas réussi le test psychothérapique des mausolées et des mosquées. La preuve les extrémistes détruisent ces marabouts ? qui évitent aux tourmentés de les rejoindre. La faute est à qui ? Ceci pour conclure et surtout pour dire que ces peuples exploités, sacrifiés sur l’autel d’un semblant bien-être de leurs homologue, de leurs côté de la barrière, n’ont besoin ni recettes toutes faites pour vivre ni de catharsis provocateurs style Femen encore moins d’assistanat protocolaire. Il a besoin d’investissements productifs. A bon entendeur salut !

http://chankou.over-blog.com/2015/06/ne-demolissez-pas-le-sacre-l-ultime-refuge-des-vulnerables.htm

Publié dans Opinion

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André Azoulay et Mustapha Saha rendent hommage à Haïm Zafrani

Publié le par wakeupinfo.fr

Cérémonie-hommage à Haïm Zafrani par André Azoulay et Mustapha Saha (Titre d'origine)

 

Le grand penseur Haïm Zafrani, a su dire plus fort que les autres la profondeur, la complexité, la richesse et l’exemplarité de l’histoire du Maroc, a affirmé M. André Azoulay, Conseiller de SM le Roi.

Haïm Zafrani, né à Essaouira en 1922 et décédé à Paris en 2004, est l’un des hommes emblématiques de la profondeur de l’histoire du Royaume, a souligné, M. Azoulay, lors d’une cérémonie organisée dimanche à Paris en hommage à la mémoire de ce spécialiste de la culture sépharade et des relations entre Juifs et Arabes, décédé en 2004, mettant en exergue le parcours exceptionnel de cet intellectuel, historien, anthropologue et sociologue.

Après avoir rappelé son engagement militant, sa rigueur et son honnêteté intellectuelle, ainsi que son attachement à sa marocanité, M. Azoulay a relevé que les travaux de cet infatigable explorateur de la mémoire judéo-arabe ont contribué au développement d’un judaïsme humaniste et de modernité qui rejette la pensée unique.

 

Il a également indiqué que Zafrani, qui a des origines juives, berbères et arabes, a eu la capacité de mettre en valeur, à travers ses travaux, « la richesse de nos identités et de notre histoire », rappelant qu’il avait commencé à enseigner dès l’âge de 17 ans.

Cet originaire d’Essaouira a aussi réussi à faire « la synthèse d’une histoire qui a su être moderne avant les autres », a-t-il encore dit.

M. Azoulay a, d’autre part, annoncé la création durant le printemps 2016 à Essaouira d’un centre dédié à la relation entre l’Islam et le judaïsme qui sera baptisé du nom de Haïm Zafrani.

Pour sa part, le sociologue marocain Mustapha Saha (1), à l’initiative de cet événement-hommage, a souligné que Haïm Zafrani est sans conteste l’historien et le penseur référentiel de la diversité structurelle et de la pluralité culturelle, constitutives de la société marocaine depuis ses origines. "Infatigable explorateur de la mémoire judéo-arabe, Haïm Zafrani n’a eu de cesse, tout au long de son existence et de ses recherches scientifiques, de retourner aux sources pour fonder la mémoire du futur, de remonter le fleuve de la connaissance jusqu’à sa naissance, d’explorer ses multiples ramifications créatives de savoirs, de techniques, d’expressions littéraires et artistiques, de pratiques culturelles, ancestrales, interactives, redynamisées au fil des temps, étonnamment adaptatives aux courants des époques et aux transformations historiques", témoigne Mustapha Saha.
 
                                  Infatigable explorateur de la mémoire judéo-arabe

Pour le sociologue marocain, par ailleurs artiste peintre et poète, Haïm Zafrani a accompli une œuvre prolifique et impressionnante dont les maitres mots sont la rigueur intellectuelle, scientifique et éthique, une rigueur associée à la vigueur investie dans sa réalisation pendant un demi-siècle, avec une ténacité tranquille
                                
Dans son ouvrage "Haim Zafrani, penseur de la diversité marocaine", qui a été présenté à cette occasion, Mustapha Saha, relève qu’au-delà de la reconnaissance publique, des distinctions académiques, des sollicitations internationales, intervenues sur le tard, Haïm Zafrani a mené, jusqu’au bout, une existence de chercheur imperturbable et d’explorateur inébranlable de la diversité culturelle marocaine

Tout au long de son existence, rappelle le le sociologue marocain, Haïm Zafrani a poursuivi un seul but, celui d’exhumer et de restituer aux générations présentes et futures, un capital historique exceptionnel et un patrimoine culturel bimillénaire en grande partie méconnu et sous-estimé

Cet ouvrage démontre que Haïm Zafrani a établi l’ancienneté de la judéo-berbérité et de la judéo-arabité de la civilisation marocaine sur des preuves matérielles irréfutables, sur des traces archéologiques de l’époque romaine, ainsi que sur des textes datés et authentifiés.

Cette rencontre a été en outre l’occasion de rappeler que le Maroc a été à travers l’histoire une terre de tolérance exceptionnelle et de cohabitation entre les religions et de souligner la parfaite intégration de la communauté juive dans le Royaume.

Historien franco-marocain spécialiste de la culture sépharade et des relations entre Juifs et Arabes, Haïm Zafrani a écrit une quinzaine d'ouvrages et plus de 150 articles sur le judaïsme en terre d'Islam, en particulier au Maroc.

Docteur ès lettres et sciences humaines et docteur en études orientales, Haïm Zafrani était notamment membre de l’Institut des hautes études sémitiques au Collège de France, du comité de parrainage de la revue "Horizons maghrébins" et membre correspondant de l’Académie du Royaume du Maroc. Il a dirigé le Département de langue hébraïque et de civilisation juive à l'université de Paris-VIII, dont il est devenu professeur émérite.
IH/NL---BI (MAP)
(1) Le sociologue et poète Mustapha Saha vient de publier un livre intitulé “Haïm Zafrani, penseur de la diversité marocaine”, en hommage à ce grand intellectuel marocain.

Publié dans Hommage

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Les Femen, le sexualisme, le racisme…, des réactions de rejet d’une mondialisation malheureuse

Publié le par Abdelkarim Chankou

Portée à son paroxysme par l’explosion des nouveaux médias dont les réseaux sociaux, la mondialisation a abattu brutalement les dernières barrières culturelles et psychologiques qui existaient encore entres les peuples sur le plan international et entre les classes sociales sur le plan national. Si bien qu’après l’effondrement de ces ultimes barrières le monde ressemble aujourd’hui vraiment à un « village planétaire » concept qui était il y a encore 20 ans assimilée à une idée abstraire sans consistance ni contours précis. Désormais le globe terrestre est un village dont les peuples et peuplades assistant volontairement ou par défaut à un carnaval masqué où toutes les cultures et catégories sociales s’entremêlent sans but défini, guidées par les cinq sens : la vu des nus, les odeurs des parfums de luxe ou beau marché, sueurs froides, attouchements, musique endiablée dominée par le sons des percussions et des sifflets qui suggèrent inconsciemment pour ne pas dire « subliminalement » que la fiesta est orchestrée et cadencée par une puissance écrasante anonyme, au dessus de la mêlée, à l’image d’esclaves rameurs dans une galère romaine qui accélèrent ou décélèrent selon la fréquence et l’intensité des sons du tambour du chef de rameurs. Dans cette image que je fais de la mondialisation certains verraient la reprise d’une vielle idée complotiste selon quoi le monde est sous la coupe d’une main manipulatrice elle-même actionnée par une force assimilée au capital-roi ou à la planète-finance. Mais cette monolithisation des peuples du monde par la mondialisation ne se fait pas sans résistances. Et pour cause. Elle ne fait qu’abattre les diversités culturelles et religieuses sans perdre de vue les classes moyennes. Elle épargne (et tout est dans épargne) les inégalités et autres disparités sociales entres ces peuples et clases sociales. Les pauvres seront plus pauvres est les riches plus riches quant à la classe médiane paix à son âme… La mondialisation n’aime pas la classe moyenne. Car elle est composée comme son nom l’indique de gens moyennement instruits ce qui est de nature à perturber et les hautes sphères et les classes laborieuses et vulnérables. Un smicard n'a d'yeux que pour le tiroir-caisse d’un pharmacien et un pharmacien n'a d'yeux que pour les caisses des grands laboratoires. La mondialisation aime les classes prolétaires car c’est grâce à elles qu’elle se répand sur Terre et qu’elle fourgue sa camelote. Trop de sexe dans la pub pour cibler les classes médianes modernes finit par tuer l’effet de cette pub. « Selon ces chercheurs, trop de sexe dans la publicité perturbe la concentration et altère le processus de mémorisation de la marque ». Chose, sûr, ne sera pas du goût du capital.

La mondialisation n’aime pas la classe moyenne

L’argent n’a pas d’odeur la mondialisation non plus. Un capital C itinérant qui quitte un pays A riche pour s’établir dans un pays B pauvre sait d’avance que si des pépins surviennent lors dans sa nouvelle implantation ils viendraient de la classe médiane. Ce qui explique l’érosion continue des classes moyennes dans le monde entier. Les moyens de résistance- ou de résilience pour faire plus chouette- à ce « nivellement par le plat » divergent d’un pays à l’autre. Outre par le classique syndicalisme (aux soins palliatifs depuis 20 ans), les classes moyennes qui se sentent agressées par cette mondialisation à outrance réagissent soit par des actes insensés ou outrageux comme la xénophobie ou le racisme. « Mohamed fils de Brahim l’éboueur qui fait ramadan, ses cinq prières et s’habille chez l’abbé Pierre est devenu avocat, mange du hallouf, boit du vin et porte des fringues signés… » Une intrusion d’un élément issu d’une classe étrangère de base dans une classe autochtone moyenne. Soit par une sorte de fuite en arrière vers des valeurs mortes ou oubliées. Ne pouvant empêcher par des moyens légaux l’inexorable mécanique d’assimilation mondialisante qui fait des Mohamed les égaux des Jean, ces derniers se rabattent sur des valeurs non encore intégrées par les « nouveaux venus » d’origine étrangère à la classe moyenne autochtone. Comme le sexe tous azimuts et libertin. En ré-embrassant ses valeurs païennes les résistants croient avoir mis la main sur le bon moyen qui les maintiendra différents des intrus. Deux Femen françaises qui viennent au Maroc pour se dénuder et se livrer à des actes obscènes (eu égard des mœurs générales du pays) sur l’esplanade d’une mosquée historique à Rabat et se font filmées est un autre exemple de cette fuite en arrière dont les raisons sous-jacentes sont une volonté farouche de se démarquer de l’autre. En agissant de la sorte le but du couple des Femen était de dire aux jeunes Marocaines : « Ok ! Vous avez progressé sur la voie de la modernité. Mais le chemin à parcourir est encore long avant que vous arriveriez à notre niveau. Nous Françaises authentiques, on peut s’embrasser nues sur l’esplanade d’une mosquée en se filmant. Et plein d’autres choses. Pas vous. » Une façon de mener, consciemment ou inconsciemment, une guerre préventive contre l’assimilation en terre hostile. Le jour où des Marocaines oseront faire la même chose sur le même endroit, d’autres Femen européennes viendront leur rappeler qu’elles sont toujours has been en y chiant par exemple… Ainsi de suite jusqu’à ce que la mondialisation aura aplani l’ultime soubresaut des récalcitrants. Ce sera une fin de l’histoire qui aura échappé à Marx…

Publié dans Opinion

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