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La laïcité française à l’épreuve du burkini

Publié le par Abdelkarim Chankou

« La barbe ne fait pas le philosophe. » Devenue proverbiale, cette citation qui passe pour être l’équivalent antique et laïc du proverbe français « L’habit ne fait pas le moine » n’est pas tout toujours vérifiée. Outre le fait que l’habit fait le philosophe sinon pourquoi ces derniers portaient le pallium, l’habit fait le moine. Du moins en ce qui concerne les fonctionnaires de l’Etat dans l’exercice de leurs fonctions. Les militaires, les juges, les avocats, les policiers, les médecins etc. portent tous quand ils sont en service un vêtement distinctif appelé toge, blouse ou uniforme. Règle vestimentaire séculaire dont seront exclus les prêtres au lendemain de l’adoption en France de la loi sur la laïcité dite de « séparation l’Eglise et l’Etat en 1905. Lors des débats houleux sur la laïcité à l’Assemblée nationale au printemps 1905 dont l’homme politique et diplomate Aristide Briand fut le rapporteur, ce dernier oppose notamment « qu’il serait contradictoire d’interdire le port de la soutane quand on instaure, par la séparation, +un régime de liberté + et qu’avec la laïcité, la soutane devient + un vêtement comme les autres+ ». Suite à quoi une proposition d’amendement à cette loi de 1905 sera faite par le député radical socialiste Charles Chabert pour soutenir l’interdiction des signes religieux ostentatoires, mais elle n’a pas pu t faire l’unanimité. Ainsi, le projet de loi d’Emile Combes a été supplanté par Aristide Briand qui a déclaré que la loi 1905 va instaurer « un régime de liberté » : « la soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, […] seule solution […] conforme au principe de la séparation. »(*)

Je n’irais pas jusqu’à dire ne serait-ce que parce que c’est évident qu’en période de crise économique et identitaire  et dans un contexte d’Etat d’urgence de campagnes électorales présidentielle et législative toute diabolisation de l’autre est bonne à prendre pour les politiciens en mal d’idées

Donc si la soutane devient dès le lendemain de la séparation un habit comme les autres alors pourquoi toute cette polémique sur le burkini 111 ans plus tard ? Je n’irais pas jusqu’à dire ne serait-ce que parce que c’est évident qu’en période de crise économique et identitaire et dans un contexte d’Etat d’urgence de campagnes électorales présidentielle et législative toute diabolisation de l’autre est bonne à prendre pour les politiciens en mal d’idées. D’ailleurs la plus haute juridiction administrative a dit le droit et son mot en cassant les arrêtés anti-burkini pris par la collectivité locale de Villeneuve-Loubet en région PACA. Mieux l’ordonnance du Conseil d’Etat publiée le vendredi 25 août 2016 à 15h00 GMT+2 emploie des mots très forts. L’ordonnance du CE précise notamment que « l’arrêté litigieux a (…) porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Que demande le peuple ? Le débat est clos même si certaines mairies ayant pris des arrêtés similaires ont annoncé qu’elles continueront à les appliquer et que certains hommes politiques de droite fait savoir qu’ils déposeront une loi nationale anti-burkini dès la rentrée en septembre etc. Maintenant qu’est-ce que ce burkini ? Une tenue couvrant le corps féminin du front au menton, du menton aux chevilles, du menton aux poignets. En somme une sorte d’habit assez proche des tuniques anti UV ou anti-méduses, très usitées sur les cotes australiennes, réputées pour abriter les méduses les plus méchantes. Si c’est la souche « burk » qui gêne car renvoyant au mot sulfureux « burqa » alors pourquoi dans tos les présentoirs des pâtisseries de France on continue à exposer ce gâteau chocolaté dit « tête de nègre » et que l’on croque sans gêne ni honte ? Mieux encore : outre le fait que le caractère ostentatoire du burkini est manifestement négligeable, à rappeler au passage que la femme dévêtue manu militari par quatre policiers sur une plage du sud de la France, ne portait pas le burkini mais un voile, le burkini est « pour les femmes qui le portent un compromis entre la modernité et la foi » soutient Olivier Roy sur francetvinfo. Et le spécialiste de l'islam et politologue de continuer sur le même support qu’« en 1995, on était dans une logique d'intégration, dans la foulée de +la marche des beurs+. Mais dans l’esprit de la gauche, à l’époque, intégration signifiait sécularisation. Aujourd'hui, ce que la gauche ne pardonne pas aux immigrés maghrébins, c’est d’avoir fait des enfants musulmans. Elle s’attendait à ce que la deuxième et la troisième génération soient sécularisées et a été très surprise de découvrir une génération de croyants. » Ceci étant il semble que le voile et le burkini ne dérangent qu’en France. «Le port du voile islamique par les femmes musulmanes est désormais autorisé dans la Gendarmerie royale du Canada, a annoncé, mardi 23 août, le gouvernement canadien. La décision « de permettre aux membres féminins de confession musulmane de porter le hidjab, si elles le désirent » vise à encourager ces dernières « à envisager une carrière avec la Gendarmerie royale du Canada », a déclaré Scott Bardsley, porte-parole du ministère de la sécurité publique, De même Scotland Yard autorise le port du hijab dans ses rangs. La pratique était déjà courante: les policières pouvaient porter ce voile «Comme nombre d'employeurs, particulièrement dans le secteur public, nous voulons faire en sorte de représenter au mieux la population pour laquelle nous agissons», s'est félicité le chef de la police écossaise, Phil Gormley.

Alors…

 

(*)Jean Baubérot, Les 7 laïcités françaises, Clamecy : Les Presses de la nouvelle Imprimerie Laballery, Juin 2015, page 43.

La laïcité française à l’épreuve du burkini

Publié dans On en parle

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Pourquoi l’Occident peine à comprendre l’islam

Publié le par Abdelkarim Chankou

 

A la différence des autres religions monothéistes l’islam n’est pas une religion figée. Seuls ses rites sont immuables. Mais sa doctrine ou dogme est une sorte de magma d’idées, de principes, d’interdits, de préceptes si abstraits que leurs interprétations évolue d’un temps à un autre, d’un homme à un autre, d’un contexte topique, géographique ou historique à un autre… Cette architecture à géométrie variable est beaucoup plus présente dans l’islam sunnite et ses différentes écoles  que dans l’islam chiite où il existe une sorte de clergé organisé autour de la personne vénéré du Guide. Cet imam joue un rôle tampon et de gardien du temple ; en ce sens qu’il veille sur l’immuabilité ou l’immunité de la doctrine chiite duodécimaine majoritaire en Irak et en Iran, contre les influences extérieures des autres courants de la nébuleuse la nébuleuse chiite tels que les Nizârites ; les Bohras ou les Zaydites qui sont surtout présents au Yémen et en Arabie saoudite. Contrairement à une idée de plus en plus admise, le chiisme n’est pas une religion de djihad pur et dur à proprement dit comme le sunnisme salafiste ou fondamentaliste. S’il est vrai que le chiisme comme le sunnisme est de nature expansionniste, sa propagation par contre se limite aux zones d’influence sunnite. Par exemple, un chiite de France qui se radicalise ne déclarera pas la guerre à son pays d’accueil pour le convertir par les armes à sa foi, mais le fera s’il vivait dans un pays sunnite. Néanmoins, il est capable de nuire aux intérêts de son pays d’accueil, en cas d’espèce la France, si ce pays nuit au chiisme ou aux intérêts d’un des grands centres du chiisme duodécimain : l’Iran ou l’Irak. C’est ce qui s’était passé en France dans les années 1980 avec la série d’attentats terroristes perpétrés par des combattants chiites sur ordre des mollahs de Téhéran alors mécontents de la politique pro-sunnite de Paris au Liban.

Depuis le début de 2015 c’est l’inverse qui se produit : Pour des raisons économiques la France renoue avec l’Iran chiite en levant ses sanctions commerciales contre Téhéran, un choix que leurs ennemis jurés, les sunnites purs et durs, matérialisés par le vocable Daesh, font payer cher à Paris. Attentats contre Charlie Hebdo, puis contre l’hyper cacher, ensuite contre le grands Boulevards et dernièrement Nice et le père Hamel. Bref Paris doit choisir entre ses intérêts économiques extérieurs et sa sécurité intérieure. Pas facile. Et la polémique sur la formation des imams ou le financement des mosquées est un leurre du moins un égarement ; car ce qui est plus important c’est ce qui s’y passe. Une vérité qu'aucun analyste  cathodique attitré ne vous dira, soit par rétention d'infos soit par ignorance.

Un jeune de 18 ans qui a quitté l’école à 14 ans sans voir lu ni les grands classiques comme Flaubert ni été initié à l’histoire des arts et qui ne peut même pas se rattraper en regardant la télé car dans le gourbi parental il n’y a pas assez de pièces individuelles pour la fratrie si bien que le fait d’allumer le poste présente le risque qu’il tourne en conflit de génération entre les enfants et les parents

En général, « depuis l'accession au pouvoir de l'Ayatollah Khomeiny, l'Iran a mis en avant deux priorités essentielles. Tout d'abord, exporter son modèle de révolution islamique auprès des populations chiites de la région afin de renverser les gouvernements sunnites en place », une vision messianique du monde qui peut sembler similaire au Califat sunnite mais pas au point que les djihadistes se bousculent au portillon des recruteurs pour se faire sauter. Pour avoir une idée sur ce djihadisme chiite limité aux pays sunnites, l’exemple de la communauté chiite très présente en Belgique qui au lieu d’œuvrer pour renverser le pouvoir dans ce pays européen est plutôt intéressée dans un premier temps par la conversion de ses populations marocaine et algériennes et dans un second temps leurs pays d’origine. Ce prosélytisme expansionniste chiite duodécimain menace l’ensemble du monde sunnite y compris non arabe comme le Pakistan et seuls des pays où il existe une forte commanderie des croyants comme le Maroc pourront résister à la déferlante des turbans noirs. Au même titre, l’islam sunnite salafiste menace l’ensemble du monde occidental où les élites intellectuelles et politiques continuent d’avoir cette vision monolithique et paternaliste d’une problématique complexe. Comme il a été dit plus haut la doctrine de l’islam sunnite salafiste est en continuelle évolution afin de s’adapter en contournant tous les changements hostiles et autres garde-fous dans/de l’espace d’accueil tel une tumeur cancéreuse qui tisse sa toile de métastases. Je voudrais dire ici que l’avis et l’expertise des analystes et journalistes spécialisés restent déterminants à condition toutefois de rompre avec ces analystes hautains qui commencent toujours par le postulat que l’Occident est meilleur et qu’il est la référence suivies par des observations aussi désarmantes que placebo du genre « …euh ! peut-être qu’on n’a pas assez (ou rien) fait pour ces marginaux… » Un jeune de 18 ans qui a quitté l’école à 14/15 ans sans voir lu ni les grands classiques comme Flaubert ni été initié à l’histoire des arts et qui ne peut même pas se rattraper en regardant la télé car dans le gourbi parental il n’y a pas assez de pièces individuelles pour la fratrie si bien que le fait d’allumer le poste présente le risque qu’il tourne en conflit de génération entre les enfants et les parents, les programmes de la télévision française même classés grands publics n’étant plus exempts de scènes choquantes. Hchouma. Comment voulez-vous que dans ces conditions ce garçon ne se radicalise pas si le premier livre qu’il lit est celui d’un Ibn Taymiyya ? Ce qu’il faudrait c’est du proactif, humain et réaliste.

Publié dans Analyse

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