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Maroc : Voici pourquoi le PJD islamiste mène la guerre contre l’Etat

Publié le par Chankou Abdelkarim

Benkirane haranguant la foule dans un stade

Benkirane haranguant la foule dans un stade

Si le parti de la justice et de développement (PJD) a gagné les élections législatives du 25 novembre 2011 avec 107 sièges sur 395 en agitant le choc des révoltes du Printemps arabe que le Maroc a absorbé grâce à cette victoire et surtout grâce à la réforme de la constitution en juillet de la même année, réforme qui a doté le pays d’une loi fondamentale donnant plus de prérogative au gouvernement eu au parlement, il l’a gagné celles du 7 octobre 2016 avec 125 strapontins sur 395 en agitant cette fois le spectre du « takakoum », un terme arabe signifiant « autoritarisme » ou « césarisme ». Ce mot a été la trame des campagnes électorales du PJD et des ses parties alliés pour ne pas dire affidés : le PPS et le PI comme problématique de « la perte de l’autorité de l’Etat » est la trame de la campagne électorale actuelle pour les primaires en vue de la présidentielle française. Et ça paye bien, du moins pour le « tahakoum ». Le mot « tahakoum » est flou est extensible, modulable et à géométrie variable si bien que l’on peut lui donner le sens que l’on veut selon les besoins et les objectifs politiques fixés. Ainsi il peut signifier le contraire de la « bonne gouvernance » (al hakama al jaieda) et en même temps l’autorité de l’état et l’autoritarisme du pouvoir. On choisit selon les circonstances. Etant donné que la bourrasque du Printemps arabe et la réforme de la constitution qui s’en est suivie a induit une montée sans précédant de la contestation sociale violente dans les quatre coins du royaume vu que la nouvelle loi fondamentale a écorné les pouvoirs du palais au bénéfice du gouvernement et du parlement, si bien que les sit-in et les grèves sans oublier les agressions des agents de l’Etat ne se comptent plus. Une situation qui a poussé l’Etat à reprendre du terrain perdu en établissant son autorité, comportement que les partis du PJD et ses alliés PPS et PI ont compris comme une régression ou une remise en cause des acquis politiques et sociaux. Notamment la transparence des élections malgré que le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad a juré en personne d’en garantir la propreté. Traditionnellement nulle en arabe littéral la classe politique marocaine qui a commencé à pratiquer et à communiquer arabe en apprenant de la chaîne panarabe Al Jazeera qui a commencé à émettre il y a 22 ans, ont inventé un mot barbare pour donner une signification pratique à une idée abstraite : le « tahakoum ». Outre les partis classiques dont ceux alliés au PJD qui ont tous perdu du terrain en terme de sièges para rapport aux législatives de 2011, la principale victime du « tahakoum » est le PAM, parti se définissant comme socio-libéral et moderniste crée en 2008 par un proche du palais, du temps où il n’était pas encore membre du cabinet royal mais un simple ex haut fonctionnaire, en l’occurrence Fouad Ali El Himma. Le PAM a certes augmenté sa moisson en députés de 217%, passant de 47 en 2012 à 102 en 2016 mais a échoué à se classer premier, condition sine qua none pour être nommé du gouvernement par le roi. Pour freiner la montée inexorable du PAM le chef du PJD Abdelilah Benkirane ne s’est pas gêné pour traiter son rival Ilyas El Omari du PAM tantôt de « bandit », tantôt de « trafiquant de drogue » tantôt de « diable »… Alors que les accusations les plus graves, celles qui tuent, il l’a laissé le soin à ses troupes de les propager dans les mosquées et sur les réseaux sociaux. Echantillon : « le PAM est venu combattre l’islam », « le PAM veut légaliser le cannabis » etc. Bien entendu, le petit peuple élevé pour boire comme du petit lait les discours populistes et diabolisant des ténors du PJD, a vite fait son choix. Le PJD rafle 125 sièges et avec les partis qui lui sont acquis il dispose déjà d’une confortable majorité supérieure de 22 sièges à la majorité absolue qui est de 198 sièges. Malgré ça le PJD et son état major ne sont pas rassurés. Non pas qu’ils craignent une motion de censure ou un défection d’un parti allié, au Maroc les partis collent à leurs fauteuils comme une moule à son rocher, mais ils ont peur que l’état en usant du « takakoum » rétablisse ses droits régaliens en réinstaurant son autorité sur les zones de non droit, bref en réduisant voire éradiquant rébellion et contestation sociale. Or dans un contexte de paix sociale le PJD ne peut pas évoluer ni s’activer sauf à tisser des métastases comme une cellule cancéreuse dans un milieu défavorable… Donc voilà pourquoi le PJD et ses partisans craignent tant le tahakoum. Sa raison d’être, l’épouvantail qui lui permet d’exister et de prospérer. Le PJD ou le chaos ! Mais qui sait encore que la perte de l’autorité de l’Etat conduit à la perte de l’Etat ?

Publié dans Focus

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