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La crise du Golfe tourne au vaudeville

Publié le par Abdelkarim Chankou

La crise du Golfe tourne au vaudeville
Plus de trois mois après la décision de l’Arabie saoudite , des Emirats, du Bahreïn et d’Egypte de rompre leurs relations avec le Qatar à tous les niveaux sous prétexte que cet émirat soutient le terrorisme beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Pas un jour sans son lot d’intrigues. Dès que l’on s’approche d’un dénouement un autre problème surgit comme par enchantement et hop ! Retour à la case départ. Si bien que l’on finit par croire que certaines parties internes ou externes ou les deux veulent faire durer le plaisir. Pour leur plaisir. En tout cas ce conflit sans précédent dans l’histoire du Conseil de la Coopération du Golfe (CCG) n’a pas que des retombées maléfiques pour les parties. Chacun des cinq acteurs y trouve en fait plus ou moins son compte. Un cadeau d’Allah ! Apparemment la « crise » est née officiellement le 5 juin 2017 avec le blocus total décrété par les quatre alliés contre le Qatar. Mais en réalité elle remonte à plusieurs années. En effet depuis que le cheikh Hamad, le papa de l’actuel émir Tamim, a renversé son père au milieu des années 1990 à cause de son refus d’accueillir sur son territoire une base américaine (l’actuelle base d’Al Udeid : La plus grande base militaire américaine hors frontières !) les relations entre la famille régnante à Doha et ses partenaires du CCG sont entrées dans un long processus de détérioration. Animé par une volonté farouche de moderniser son pays autant sur le plan des infrastructures, de l’éducation, de l’industrie et du commerce que religieux, le gouvernement de l’émir Hamad Al Thani a fait les bouchées doubles en transformant radicalement le minuscule émirat devenu ainsi le premier exportateur mondial du Gaz naturel liquéfié et le premier pays arabe à être désigné pour organiser une coupe du monde de football, celle de 2022. Pour ne citer que ces deux exploits. Reprenant le flambeau de son père qui a abdiqué pour lui remette les clefs du pouvoir en été 2013, le jeune émir Tamim Bin Hamad Al Thani est d’abord le fils de sa mère cheikha Moza, une dame de fer dans une robe de velours mais animée d’un intense désir de tout chambouler jusqu’à effacer la dernière petite trace héritée de l’ancienne époque de l’émir Khalifa, destitué alors qu’il était en voyage en Suisse. Cheikha Moza bint Nasser Al Missned qui a toujours veillé à être présente sur la scène publique seule ou aux côtés de son époux Hamad (lauréat de l'Académie royale militaire de Sandhurst en 1971) avec une symbolique vestimentaire très moderne sans niqab ni voile, juste un foulard qui coûte tout de même une année de smic égyptien, a été l’inspiratrice et l’instigatrice de la révolution qatarienne. Fille d’un farouche opposant à l’émir destitué Khalifa Al Thani elle a eu tout le temps de prendre sa vengeance. Son fils Tamim qui lui est très attaché continue son œuvre.
COMMERCE MARGINAL
Evidemment à la Maison royale des Al Saoud à Riyad comme à celle des Al Nahyane à Abou Dabi et celle des Al Khalifa à Manama on ne voit pas d’un bon œil les choix politiques de la Maison des Al Thani à Doha. Seule la Maison royale des Al Qabus à Mascate (Sultanat d’Oman) et celle des Al Sabah à Koweït City semblent s’accommoder des choix du Qatar. La première a opté la neutralité du fait de sa proximité géographique et ethnique avec l’Iran. La deuxième Maison pour deux raisons : d’un côté la création de la base US d’Al Udeid au Qatar est la conséquence de l’intervention américaine en Irak en janvier 1991 pour libérer le Koweït envahi par les blindés de Saddam en août 1990, de l’autre les frères musulmans qui ont pignon sur rue au Qatar ont également une grande influence au Koweït. C’est pourquoi d’ailleurs malgré ses 89 ans, Sabah Al Ahmad Al Jabir Al Sabah, l’émir de cet état pétrolier, s’active sans relâche pour rapprocher les vues entre le Qatar et ses boycotteurs. Du cinéma en fait. Tout le monde sait que cette crise amplifiée par les médias à bon escient ou à l’insu de leur plein gré n’a aucune conséquence fâcheuse sur les économies des pays concernés. Le commerce entre les 6 pays membres du CCG que sont l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar reste marginal, l’essentiel des échanges se faisant avec d’autres pays, la Chine, l’Amérique, l’Iran et l’UE... La preuve cette union, créée le 25 mai 1981, n’a jamais eu de monnaie unique ni carte d’identité unique encore moins un passeport unique. En fait sa création avait été dictée pour un seul objectif : contrer la révolution islamique d’Iran. Or ce pays a beaucoup changé depuis 1979. Excepté les réticences d’Israël de Netanyahu, des Etats-Unis de Trump, de l’Arabie saoudite des Al Saoud, la république islamique a réussi son retour dans le concert des nations et à même pu nouer de solides partenariats économiques avec le voisinage dont le Qatar. « Le plus grand gisement de gaz naturel au monde, North Field ou North Dome est partagé par le Qatar et l’Iran. » Et la guéguerre entre Riyad et Téhéran n’est point profonde. Superficielle et verbale – surtout – sa cause est la compétition pour le leadership dans la région. Donc le CCG ne sert plus à rien sauf aux Etats-Unis qui y voient une sorte de centrale d’achat commune pour la vente de ses armes. Ce que ne veut pas le Qatar qui cherche à diversifier ses acquisitions d’armes. D’ailleurs c’est l’une des raisons qui ont provoqué la détonation de la bombe à retardement le 5 juin 2017 avec le déclenchement du boycott total. Lors du fameux sommet de Riyad du 21 mai 2017 qui a réuni Donald Trump, les chefs d’Etat du CCG et plusieurs autres invités, le président américain a incité l’assistance à combattre le terrorisme, à faire front commun contre l’Iran et surtout à mettre la main à la poche pour acheter des armes américaines. Un discours qui n’aurait pas plus aux officiels du Qatar. D’où le vrai-faux communiqué de l’agence officielle de presse du Qatar Qana selon quoi l’émir Tamim se serait prononcé sur des « sujets sensibles » . A ce jour personne n’est sûr si Qana a été piratée comme le clame Doha. Donc on le voit bien tout ça ressemble à une comédie de vaudeville. On chamaille, on s’indigne mais sous cape on ricane. La crise permet en fait aux Maisons royales respectives de faire sauter les verrous du conservatisme pour se réformer et remettre un peu d’ordre en leur sein. Une occasion inespérée. Car c’est pendant les crises que les réformes passent mieux. En ce qui concerne le Qatar, « la grande victime », c’est du pain bénit. Outre l’accélération des réformes Doha a saisi ce tintamarre politico-médiatique pour déballer au grand jour tous les griefs qu’il a contre ses voisins ; la chaîne de télévision Al Jazeera qu’elle possède, en s’appropriant le sujet, a repris subitement du poils de la bête après des mois de léthargie ! C’est du tout cuit, effectivement. Sinon et comme l’avait prédit et dit le puissant Hamad ben Jassem Al Thani, l’ex puissant premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar, les monarchies du Golf sont vouées à se reformer ou à disparaître. Finalement seul l’Egypte du général Al-Sissi (tombeur du président Morsi qui appartient à la confrérie musulmane) paraît avoir un sérieux problème contre le Qatar. A cause du soutien de ce denier aux Frères musulmans égyptiens.

Publié dans Focus

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