Madrid peine à percer au Maroc

Publié le par Mansour Sahraoui

Malgré des relations séculaires, une histoire et une culture en partie communes, une proximité géographique (seulement 12 km séparent les deux pays), un Espagnol sur 5 porte dans ses veines du sang marocain…, le royaume ibérique peine toujours à se faire une place qui sied à son rang chez son voisin immédiat du sud : le royaume du Maroc.

 

Pourtant depuis l’avènement de Mohammed VI il y a 9 ans, les intérêts espagnols au Maroc en pris une tournure radicale, leur valeur grimpant en flèche, si bien qu’en 2007 les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Espagne ont atteint quelque 4 milliards d’euros, contre environ 6,2 milliards pour la France, le premier partenaire économique, politique et culturel du royaume chérifien.

 

Mais attention ! cela ne signifie pas pour autant que Madrid est prête de rattraper Paris. Loin s’en faut. La France étant plus présente plus profondèment au Maroc à travers les industries, lourde et de transformation, qui sont réputées pour employer une main d’œuvre nombreuse allant de l’ouvrier sans aucune qualification à l’ingénieur polytechnique. Et c’est justement là où le bât blesse.

 

Ne restant aux investisseurs ibériques que les secteurs de service et quelques industries agro-alimentaires où le retour sur investissement est de longue durée et modeste sans oublier la forte concurrence dont ces secteurs sont l’objet de la part de mastodontes mondiaux, Madrid a l’impression que son avenir économique au Maroc est de plus en plus incertain. D’autant que les investisseurs espagnols au Maroc souffrent déjà de l’absence d’un conseil marocain de la concurrence indépendant et impartial.

 

Ainsi l’homme d’affaires ibérique se trouve pris en sandwich entre l’étroitesse d’un marché dominé par certains groupes bien implantés et l’inexistence d’une concurrence parfaite- ou du moins normale- quand bien même le resserrement des liens politiques entre les deux royaumes semble impotent devant cet état de fait.

 

Pourtant Madrid ne semble pas désarmer devant tant d’embûches. Tout le contraire. Sur le volet politique, le Palais de la Monlcoa ne cesse de passer des messages positifs en direction de Rabat tout en lâchent du lest quant à la proposition d’autonomie marocaine pour ses provinces sahariennes. Sans perdre de vue le rôle d’avocat des intérêts marocains que joue Madrid assidûment au sein d’une Union européenne pas toujours acquise aux intérêts marocains, surtout en ce qui est de sa branche législative, chasse gardée des politiques qui parfois sont contraints pour montrer qu’ils sont là de prendre des positions non-conformistes et surréalistes.

 

Au rayon économique, Madrid ne semble pas plus prête à se résigner. A l’occasion de l’actuelle tenue de la 9e réunion  de haut niveau entre le Maroc et l’Espagne, Madrid a surpris la délégation marocaine, conduite par le Premier  ministre istiqlalien Abbas El Fassi, en allouant la somme de 520 millions d’euros (6 milliards de dirhams) à divers projets de développement au Maroc, une enveloppe jamais débloqué par Madrid en faveur d’un pays étranger ami, même pas pour les pays d’Amérique latine !

 

Côté culturel, on peut dire sans médire que c’est le parent pauvre des relations entre les deux royaumes.

Malgré une politique de délivrance des visas au Marocains désirant se rendre dans les Etats de l’Espace Schengen des plus fluides et souples, la lange espagnole, hormis dans les ex-colonies, demeure aussi élitiste que l’était le latin dans l’Europe médiévale. Le grand peuple c’est plutôt l’anglais. Pourtant les centres culturels et écoles espagnols ne manquent pas au Maroc. Mais ils se caractérisent par un manque d’agressivité et une timidité souvent incomprise.

 

En bref, seule la coopération anti-terroriste ne souffre d’aucune vicissitude et se porte comme charme.

 

En revanche, Madrid ne cache pas parfois son mécontentement. Et elle le montre bien par des gestes symboliques mais percutants.

 

A l’occasion de cette 9e réunion de haut niveau entre les deux pays, le roi Juan Carlos de Bourbon a tenu à recevoir en audience le président du patronat marocain, Moulay Hafid Elalamy, en premier avant de recevoir le Premier ministre Abbas El Fassi. Il a reçu le premier lundi après midi et le second 24 heures plus tard ! S’agit-il là d’une erreur du protocole du palais royal de la Zarzuela ? On en doute  fort. Surtout que Abbas El Fassi a été « issu » en principe des urnes populaires, alors que Moulay Hafid Elalamy n’a été élu que par ses collègues de la CGEM qui plus est ne représente même pas 5 % des entreprises marocaines. Il faut donc voir dans cette entorse volontaire aux règles de bienséance un  message indirecte et ferme de Madrid qui voudrait dire, supposons-le, « ça se passe mieux avec le Patronat qu’avec un Abbas El Fassi dont le parti est connu pour ses sorties tonitruantes quant aux présides de Ceuta et Melilla  que revendique officiellement Rabat.

 

 

Photo : Abbas El Fassi & son homologue José Luis Rodriguez Zapataro à l'aéroport de Oujda le 12 juillet 2008.

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Publié dans Focus

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