Gaza ou une guerre de trop

Publié le par Karim El Maghribi

Les deux grands stratèges qui ont écrit des livres sur la guerre deux siècles avant la naissance de Jésus Christ, le Grec Enée le Tacticien et le Japonais Sun Tzu,  avaient présenté leurs œuvres comme des traités sur l’art. L’art de la guerre. L’art de faire la guerre. Dans la Poliorcétique, Enée le Tacticien livre des conseils pour défendre une ville assiégée par l'ennemi. Et aussi des tuyaux pour s’emparer d’une cité bien fortifiée, notamment par  le biais d’un blocus aussi long et hermétique que possible. Le sage Sun Tzu écrivit entre autres dans L’art de la guerre que la paix ne peut se conclure qu’une fois les deux forces adverses sont en équilibres. L’équilibre de la terreur.

 

Ce qui se passe à Gaza depuis près de deux semaines ne dépare ni démode les conseils d’Enée le Tacticien. L’invasion de Gaza par Tsahal a bien commencé après un blocus de la Bande qui a duré près de deux 18 mois. Bilan depuis le 27 décembre 2008 : plus de 770 morts et près de 3.000 blessés Palestiniens dont beaucoup de femmes et d’enfants. Mais les roquettes de type Grad et Al Kassam tombent toujours sur les localités israéliennes voisine de Gaza au rythme d’une vingtaine par jour, causant des morts et des blessés parmi les Israéliens et surtout beaucoup de panique et de sentiments d’insécurité parmi eux.

 

Donc à moins de deux semaines de l’installation de l’administration Obama à la Maison Blanche, Tsahal n’a toujours pas pu stopper le tir des roquettes sur son territoire. Et à moins d’éliminer physiquement tous les habitants de Gaza, nous voyons mal comment elle y arrivera dans les prochaines jours.

 

L’armée israélienne a maintenant la certitude que les combattants du Hamas et d’autres factions alliées ont déserté les faubourgs de Gaza pour se terrer dans les tunnels au cœur de la ville, à la mode du Hezbollah qui a excellé dans cette « guerre souterraine » lors de sa guerre de l’été 2006.

 

Pour neutraliser ces combattants palestiniens, des jeunes âgés  en majorité de 25 à 35 ans, il faudra aller les déterrer dans des catacombes au cœur de Gaza.

 

Seulement, nous ne sommes plus à l’époque d’Enée le Tacticien : Tsahal ne pourra ni empoisonner l’eau de boisson de la ville ni brûler les récoltes de l’adversaire. Pire : elle doit  cibler ses frappes en distinguant entre le civil et le militaire, une tâche presque impossible, tant les combattants du Hamas et d’autres ailes alliées sont habillés en jeans et T-shirt.

 

D’où cette question : comment procédera Tsahal alors  sans y laisser des plumes ? Sachant que si les soldats israéliens décident d’aller vers les tunnels, ils seront accueillis par snipers ou des kamikazes. On assistera alors à une guerre similaire à l’opération  « Restore Hope » que les Américains et une force multinationale avaient mené en Somalie entre 1992 et 1994 et qui avait tourné au fiasco  pour ces derniers.

 

Peut-être que la Force internationale que tout le monde appelle de se vœux  pour Gaza devra être composées totalement ou partiellement de soldats arabes. Mais non seulement le Hamas  rejette cette solution mais l’idée de soldats arabes ne dissuadera pas les combattants palestiniens de tirer  sur les frères arabes : rappelons que lors de Restore Hope, beaucoup de soldats marocains dont des officiers ont été tués par des insurgés somaliens qui sont pourtant des Arabes.

 

Reste l’unique question :  comment arriver à une paix durable, fiable et viable entre les Palestiniens de Gaza et Israël sans passer par le théorème de Sun Tzu ; à savoir après l’improbable équilibre des forces adverses. Elément de réponse : de part et d’autre, les antagonistes doivent  apprendre ou du moins s’astreindre à mettre de côté leur fierté et orgueil chaque fois qu’ils se mettent autour d’une table de discussion.  Car l’orgueil est le talon d’Achille des armées.
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Publié dans Focus

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