L'Iran lorgne le rôle de l'Egypte au sein du monde arabe

Publié le par Abdelkarim Chankou


Cette guerre de plus trois semaines entre Israël et le Hamas, aidé de quelques factions palestiniennes dont certaines sont affiliées au Djihad islamique, le Fatah ou le FPLP, aura permis de mettre en filigrane une réalité jusque-là sous-jacente : le monde arabe* est désormais divisé en trois camps. Un camp allié ou séduit par l’Iran et qui se compose du Qatar, du Bahreïn, d’Oman, de Syrie, du Soudan et un peu du Koweït, de l’Irak, du Liban et de l’Algérie ; un  camp allié de l’Egypte comprenant le Liban (Nord), les Emirats, le Yémen, la Mauritanie et un camp indépendant, non aligné, constitué du Maroc, d’Arabie saoudite, de Tunisie, Jordanie et de Libye.

 

Les deux premiers camps  se livrent depuis au moins la signature des accords d’Oslo entre Israël et les palestiniens en 1993 une guerre larvée sans merci. Enjeux : qui conduira le monde arabe en s’accaparant la question palestinienne. Ce rôle dévolue jusque-là à l’Egypte eu égard de son poids politique et sa position géographique est maintenant convoité par l’Iran. Pays qui faute d’être membre de la Ligue arabe s’arrange bon an mal an à assister à certaines réunions importantes des pays arabes comme la dernière en date à Doha et consacrée Gaza.

 

Mais curieusement, le plus grand obstacle aux visées iraniennes sur le monde arabe n’est pas l’Egypte mais l’Arabie saoudite. Pour une raison évidente : le royaume wahhabite est fondé sur la sunna et les chiites y ont été toujours considérés comme des hérétiques. Sentiment qui s’est renforcé durant la guerre irako-iranienne.

 

Seulement les vents semblent de tourner et l’idée de contenir les fougues de l’Iran en la diluant au sein du monde arabe commence à prendre forme dans les coulisses de certaines chancelleries et pas les moins influentes. La preuve en est que l’Arabie saoudite commence à trouver sympathique le personnage de Mahmoud Ahmadinejad.

 

En effet, en décembre 2007, et pour la première fois depuis sa création en 1981, le conseil de coopération du Golfe « CCG » accueillit un dirigeant étranger et n’importe qui : le président iranien  Mahmoud Ahmadinejad himeself.

 

Téhéran a senti ce retournement de vapeur en sa faveur et essaye de s’incruster dans la brèche. Pour cela il s’appuie  dans un premier temps sur des pays ou mouvements qui lui dont acquis ou sympathiques ; entre autres la confrérie musulmane dont la branche égyptienne ne rate aucune occasion pour affaiblir le régime de Moubarak.

 

De son côté, le régime de Moubarak  a senti le danger venir et pour le contre essaye tant bien que mal à se re-saisir et reprendre son rôle leader au sein du monde arabe. L’appel, presque pathétique, lancé par Moubarak au lendemain  du cessez-le-feu unilatéral décrété par Israël à Gaza, dans la nuit de de samedi à dimanche, s’inscrit dans ces efforts du Caire de reprendre sa place d’antan au sein du monde arabe. Un monde arabe qui a profondément changé depuis la deuxième guerre du Golfe en 1991. Les jeunes arabes  ne comprennent plus tous les tenants et les aboutissants ni du panarabisme, ni de la question palestinienne. Si leurs aînés, très politisés, maitrisaient relativement la chronologie et les sources du conflit israélo-arabe, les cadets ne retiennent plus que l’instant matérialisé par les clichés télévisuels ; à savoir des F16 israéliens lâchant des  tapis de bombes sur des maisons palestiniennes. Or les Iraniens et leurs émanations dans le monde arabe maitrisent parfaitement l’outil communication : ils savent parler aux jeunes ; ils savent haranguer les masses. Ce que ne savent plus faire certains les arabes, particulièrement les Egyptiens.

 

En Egypte comme en Arabie saoudite, la courroie de transmission entre l’élite dirigeante et le peuple est encore mue par des mécanismes désuets.

 

Sauf rebondissement dans la politique qu’entend Barack Obama à l’égard de l’Iran, les Perses pourront enfin rempoter leur première vraie victoire sur les Arabes.

 

(*)Les Comores, la Somalie, le Djibouti ont des poids insignifiants au sein du monde arabe. Quant à la Libye imprévisible, même le colonel Kadhafi ne sait pas vraiment à quel monde elle appartient.


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Publié dans Edito

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