L’éviction du Maire islamiste de Meknès soulève des points d’interrogation

Publié le par Abdelkarim Chankou

L’annonce mercredi dernier de la révocation administrative du maire islamiste de la ville de Meknès, importante cité impériale du Maroc, a mobilisé les médias et  les commentateurs politiques marocains et étrangers. Si bien que l'Inspection générale de l'administration territoriale (IGAT) a exprimé, lors d’un point de presse aujourd’hui à Rabat, son étonnement à propos de la réaction du Parti de la Justice et du développement (PJD), à la suite de cette révocation.

L’IGAT considère  que la « lecture donnée à cette mesure n'a aucun fondement. »

 

De quelle lecture s’agit-il ?

 

Pour le PJD il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté déguisée du Makhzen (l’Etat) d’affaiblir le parti à quelques mois des prochaines élections communales prévus le 12 juin 2009 et que Rabat veut qu’elles soient propres et transparentes.

 

Les sympathisants de cette thèse  que partagent tous les membres du PJD du sommet à la base s’appuient pour l’étayer sur le fait que le rapport de la Cour des comptes de 2007, publié en novembre 2008, ait dévoilé moult irrégularités dans la gestion de la chose publique sans qu’aucune mesure disciplinaire ou punitive ne soit prise à ce jour contre les  responsables montré du doigt. S’il est vrai que les conclusions de la Cour des comptes n’ont qu’un caractère consultatif  il n’en demeure pas moins vrai que  les fans du PJD  ont trouvé dans cet exemple un bon argument pour discréditer l’IGAS.

 

Accusation à quoi a répondu Mohamed Fassi Fihri, wali-inspecteur général de l'Administration territoriale (ancien gouverneur de la ville d’El Jadida), lors de ce point de presse. Il a déclaré que les mesures de révocation, prises depuis début 2008, ont visé des élus et des maires, appartenant aussi bien à la majorité qu'à l'opposition. Entre autres le président de la commune de Aïn Sebaa (banlieue Nord de Casablanca) ou ses collègues des communes rurales de Oulmès (Moyen-Atlas) ou de Lahraouiyine (autre banlieue de Casablanca).

Mais force est de constater que de toutes ces communes aucune n’as ni le poids ni le statut de la ville de Meknès dont le maire, Aboubaker Belkora, est accusé de mauvaise gestion, trafic d’influence et népotisme en faveur de sa femme à qui il a délivré un permis de construire de 200 appartement R+4 sur un terrain réservé aux villas.

 

Mohamed Fassi Fihri a enfoncé le clou en rappelant que le Secrétaire général du PJD, M. Abdelilah Benkirane ainsi que l’intéressé M. Belkora ont été avisés par le ministère de l’Intérieur avant la prise de la décision de révocation et que ce dernier a reconnu une partie des griefs retenus contre lui.

 

Aboubaker Belkora mérite-il pour autant cette éviction administrative (il souhaite vivement aller en justice) ? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais une chose est sûre : avec cette perte d’une ville comme Meknès, le PJD va manquer de fonds pour mener à bien les prochaines élections communales. D'autant que l'on sait que l'immobilier est l'une des sources de financement pour nombre de partis politiques ayant eu à un moment ou à un autre  les faveurs du pouvoir.

 

D’ailleurs, Abdelilah Benkirane (photo) laisse déjà circuler la menace que le prochain scrutin municipal se fera sans le PJD.

Publié dans Polémique

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