Sarkozy ou l’homme pressé

Publié le par Abdelkarim Chankou

L’intervention télévisée, tant attendue du Président de la République M. Nicolas Sarkozy, sur  un plateau commun à TF1 et France 2, aujourd’hui  au soir, n’a ni démérité ni déçu. Le premier Magistrat de France a réussi le test dans un moment crucial et difficile, marqué par la crise financière internationale qui continue de faire des ravages outre atlantique ; chaque jour apportant son lot de faillites. M. Sarkozy a répondu franchement à toutes les questions aussi franches et avec de la pédagogie en sus.

 

L’homme a quand même en  20 mois de mandat un peu changé ; non pas sur le fond ou les convictions, il n’a reculé sur aucune des promesses qu’elles l’ont fait élire, mais sur sa manière, désormais, de communiquer avec le Français. En clair et contrairement une tradition républicaine, le président Sarkozy a fait le bilan de ces 20 mois et de ce qui reste à faire mais sans se soucier de 2012 ! D’ailleurs, il a reconfirmé qu’il ne pense pas de se projeter au-delà de son mandat actuel. D’abord ce serait indécent tellement le moment est mal choisi et puis c’est contre sa religion qui est la rupture : sur 65 millions de Français il n’y a pas un seul mais beaucoup qui pourront prendre la relève a-t-il  laissé dire.

 

La prestation  de Sarkozy durant 1 heure et 37 minutes (7 minutes de plus que ce qui était prévu) m’a fait penser un film que j’avais vu durant mon adolescence. C’est l’un des chefs d’œuvre d'Edouard Molinaro : L’homme pressé où la belle performance d'acteur d'Alain Delon n’est pas si loin de celle de Sarkozy.

 

L'homme pressé raconte l'histoire de Pierre Niox, antiquaire parisien de son état, qui speede à 200 à l'heure en permanence et veut tout posséder tout de suite pour se désintéresser de ce qu'il a obtenu une fois qu'il le possède. C’est du Sarko tout craché. Celui-ci vit aussi à du 200 à l’heure, en 20 mois il a déjà réalisé des réformes quasi révolutionnaires, et une fois la réforme réalisée, il ne se l’approprie plus. Pour lui c’est déjà du passé ! En bref, pour Sarko rien n’est acquis, rien n’est fait tant qu’en fin de son mandat, il n’aura pas réalisé tous les objectifs pour lesquels il a été élu.

 

Cependant, certains téléspectateurs en l’entendant décrier le capitalisme irresponsable et cupide  pourraient  croire qu’il a troqué ses convictions politiques de droite  pour des idées de gauche. Erreur !

 

Il y a un an, exactement, le 26 mars 2008, devant le Parlement britannique (Palais de Westminster), M. Nicolas Sarkozy qui militait pour élargir la composition du G8 pour ne plus en faire un club fermé, avait eu notamment cette phrase très significative de la vision de l’homme : « Si le Royaume-Uni et la France réfléchissent ensemble à l’avenir du capitalisme financier qui doit être réformé pour que l’entrepreneur prenne le pas sur le spéculateur, pour que l’économie mondiale ne continue pas de reposer sur une montagne de dettes, si le Royaume-Uni et la France parlent d’une même voix, qui pourra refuser de nous entendre ? ».  C’était à 7 mois avant que la première faillite de Lehman Brothers soit annoncée, le 18 septembre !

 

En avril prochain, Barack Obama fera son premier voyage en France. Il y sera question de coordination mondiale pour endiguer la crise. Peu de temps avant, le 2 avril, le G20 se réunira à Londres. Si entre temps, les Anglais qui ont délaissé toute leur industrie pour la haute finance, auront compris le message de Sarkozy  devant  le Palais de Westminster, alors on pourra dire qu’une grande bataille aura été gagnée contre la crise du 18 septembre 2008.
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Publié dans Edito

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