Le Qatar formera-t-il ses officiers au Maroc ?

Publié le par Karim El Maghribi

Le Qatar pourrait former une partie de son armée au Maroc, exactement  à la prestigieuse Académie Royale militaire de Meknès.

SM le Roi Mohammed VI, chef suprême et chef d’état major général  des Formées Armées Royales (FAR) a reçu, vendredi 6 février au Palais Royal d’Ifrane, le Prince héritier de l'Etat du Qatar, SA cheikh Tamim Ibn Hamad Al Thani (photo), qui effectue une visite privée au Maroc. Ce dernier quoique officiellement chargé du développement sportif a, comme son frère SA le cheikh Joaan ben Hamad Al-Thani, son mot à dire quant à la façon de moderniser l’armée de son pays.

 

Le minuscule et riche Etat du Qatar qui a fait d’énormes progrès sur la voie de la modernisation tous azimuts depuis que le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani a destitué son père en 1995 et surtout depuis qu’il a épousé sa seconde femme (fille d’un ancien farouche opposant de la cour qatarie) en l’occurrence son Altesse cheikha Mozah Bint Nasser Bin Abdullah Al Missned,  demeure instable même s’il abrite l’école militaire britannique de Senders et surtout une importante base militaire américaine, nichée dans le désert, au lieu dit  « Al-aadid. »

 

En fait,  la nouvelle administration américaine, dirigée par Barack Hussein Obama, n’a pas les mêmes priorités stratégiques que celles de son prédécesseur Bush Junior. S’il est presque acquis que les GI’s quitteront bientôt l’Irak, il n’est pas impossible qu’ils feront de même en ce qui est du Qatar. Obama ayant l’intention de privilégier la diplomatie en ce qui concerne la dossier iranien,  la base américaine au Qatar n’a plus beaucoup d’importance ; d’autant que Doha irrite ses protecteurs américains en décidant de fermer la représentation israélienne dans la foulée de la guerre entre l’Etat Hébreu et le Hamas à Gaza en décembre/janvier derniers..

 

Dans ce contexte, on comprend donc pourquoi le régime qatari est hanté par le spectre du coup d’état. Car le seul et le vrai danger qui guette Doha ne viendra pas d’un pays étranger mais d’une opposition intérieure qui commence à prendre forme, encouragée par une vingtaine d’anciens apparatchiks du régime écartés puis exilés aux Etats-Unis dont un ancien ministre des Finances.

 

Donc l’unique moyen raisonnable pour prévenir un éventuel putsch c’est de diversifier la formation académique des hauts gradés des Forces armées qataries. En clair, assurer la formation d’une partie de celle-ci dans un pays francophone ; afin qu’elle puisse jouer un rôle tampon ou de firewall en cas de pépins contre l’autre partie anglophone et vice-versa.

 

C’est vers Saint-Cyr de Coëtquidan que les yeux du Qatar se sont tournés. L’ambitieux projet de créer une filiale de Saint-Cyr au Qatar a alors vu le jour au printemps 2006 sous le mandat de Jacques Chirac. En septembre 2007,  le projet a avancé lors de la visite du ministre français de la défense Hervé Morin à cet émirat gazier. Il était alors question de former en plus d’une cinquantaine décideurs militaires qataris des officiers d’autres pays de la région golfique.

 

Doha qui s’est engagé à financer  le projet via la puissante et influente « Qatar Fondation » que dirige la très active seconde femme de l’émir son Altesse cheikha Mozah Bint Nasser Bin Abdullah Al Missned avait exigé que les standards de Saint-Cyr du Qatar soient les mêmes qu’à Saint-Cyr de Coëtquidan. Paris n’y a vu aucun inconvénient.

 

Mais la crise financière du 18 septembre 2008 et la chute des cours du pétrole qu’elle a provoquée ont obligé Doha de revoir ses comptes à la baisse. Le projet qui devait être une réalité en 2011 pourrait donc être ajourné ou gelé. En attendant que les prix du pétrole retrouvent un rythme haussier, Doha formerait donc ses officiers à l’Ecole militaire de Meknès (Centre du Maroc), une académie qui n’a pas beaucoup à envier à Saint-Cyr de Coëtquidan d’autant que les FAR manient le même type d’armement que leurs collègues qataris, un arsenal à majorité  français.

Publié dans Confidentiel

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