Israël : la rotatsia de retour

Publié le par Abdelkarim Chankou

Les premiers résultats « sortie des urnes » annoncés par des chaînes israéliennes aujourd’hui au soir (dont Canal 10) donnent le parti Kadima fondé par Arik Sharon (dans le coma depuis le mi janvier 2006) et dirigé depuis septembre 2008 par Tsipi Livni vainqueur des élections législatives anticipées en vue de la constitution de la 18e Knesset.

Sauf coup de théâtre de dernière minute, ce score inattendu est une véritable claque pour Benyamin Netanyahu alias « Bibi » qui dirige le Likoud même si le différentiel entre les deux partis n’est -pour le moment- que de deux sièges : 30 contre 28.

Mais le véritable malheureux de ce scrutin est le parti travailliste conduit par Ehud Barak, héros malgré lui, de la dernière guerre contre Hamas qui a fait 1300 morts palestiniens contre 10 officiers et quelques soldats israéliens.

Crédité de 13 sièges sur les 120 que compte l’hémicycle de l’Etat hébreu, le plus ancien parti d’Israël réalise là le plus mauvais score de son histoire.

Mais cette débâcle du parti travailliste(*) n’est pas vraiment surprenante. Pour deux raisons au moins :

Un : il est rare qu’un ministre de la défense israélien réussisse dans une élection générale organisé à quelques semaines après une guerre : il suffit qu’un seul israélien soit blessé pour que les chances du parti dirigé par celui-ci se compromettent sérieusement.
Deux : on assiste depuis 2007 à un phénomène de montée fulgurante des nationalismes et des droites un peu partout dans le monde (bolivarisme en Amérique latine). Cette percée de la droite israélienne dans ce scrutin, le parti ultra-orthodoxe sépharade Shass étant crédité de 9 sièges et le parti russophone Israël Beintenou de 14/15 sièges (en position d'arbitre), ça fait un total de 47/48 sièges pour les droites, s’inscrit donc en droite ligne dans le cadre de ce retour mondial des nationalismes et conservatismes.

Ceci dit, la prochaine premier ministre femme depuis Golda Meir (1969-1974) aura tout le mal du monde à former un gouvernement d’union nationale fiable, stable, viable et durable. Pour gouverner il faudra une majorité de (120/2)+1, soit 61 sièges à la Knesset. Tsipi Livni a donc besoin d’au moins 31 voix pour pouvoir gouverner. Avec le Shass (9 sièges) et Israël Beintenou (14/15 sièges) elle en a déjà 24. Mais non seulement c’est insuffisant pour gouverner mais ce n’est même pas acquis. Si les russophones d’Israël Beintenou peuvent apporter leur soutien à Livni (Arik le père de Kadima est né d’une mère russe), il n’en est pas de même pour les Israéliens du Shass dirigé par le Marocain Eli Yishaï qui en plus de leur désaccord avec les partis laïcs monnayent habituellement très cher leurs ralliements sur le plan des subventions sociales.

Cependant, il reste à Livni la solution de se s’allier aux travaillistes et aux Arabes du parti Balad (4 sièges). Ça fait un total de 17 sièges. Il lui reste à trouver 14 sièges à trouver. Sûrement au sein du Likoud où existent encore des députés qui se sentent très proches de leurs collègues de Kadima (un montage qui ne déplaira pas à Arik là où il est).

Mais en tout état de cause, Tzipi Livni si les résultats définitifs la consacrent vainqueur et si le président Peres, sous pression des ultras, ne lui préfère par Bibi, elle ne pourra jamais gouverner. Et pour éviter le spectre d’autres élections anticipées qui coûtent cher dans un contexte de crise économique, l’unique parade s’appelle la « rotatsia » ; c’est-à-dire la réédition du scénario de 1984 qui voulait que le Travailliste Shimon Peres soit premier ministre jusqu’à 1986 pour que Yitzhak Shamir la relève jusqu’à 1988. Cette rotatsia unique au monde avait permis d’éviter une grave crise politique. Elle peut l’éviter de la même façon un quart de siècle plus tard. Mais il faut ça soit Livni qui commence. Pas par galanterie mais par realpolitik.


(*) Désormais avec ce score le parti ouvrier est condamné à jouer les supplétifs. 

Résultats définitifs à 99% (11 février 2009)
Kadima : 28 sièges
Likoud : 27 sièges
Israel Beitenou : 15 sièges
Travaillistes :13 sièges
Shass (ultra-orthodoxe) : 11 sièges
Yahadout Hathora (religieux) : 5 sièges
H’adash (communiste) :7 sièges
Raam-Tahal (arabe israélien) : 7 sièges
Ih’oud Léumi (nationaliste religieux) : 7 sièges
Habyit Hayehudi (sioniste religieux) : 3 sièges
Meretz (extrême gauche) : 3 sièges
Balad (arabe israélien) : 3 sièges.
Source :
israel-infos.net
Les chiffres définitifs pas avant demain après le décompte des voix de l’armée (quelque 175.000 militaires) : cela représente 4 sièges.

Publié dans Edito

Commenter cet article