Contre qui s’arme Abou Dhabi?

Publié le par Abdelkarim Chankou

En pleine crise financière internationale et alors que tous les indices boursiers des pays du Golfe sont en chute libre (sauf celui des Emirats, il est vrai), la capitale fédérale des Emirats Arabes Unis, Abou Dhabi, annonce ce mercredi 25 février à la surprise générale la commande la commande de 48 avions d'entraînement M346 à l'Italien Alenia Aermacchi.

 

« Alenia Aermacchi va fournir aux forces armées des Emirats 48 avions pour leurs besoins d'entraînement », a déclaré le général Obeid al-Ketbi à la presse au quatrième jour de l'IDEX 2009, présenté comme le plus gros salon de l'armement au Moyen-Orient. Sans toutefois préciser la valeur de cette commande.

 

Mieux : la veille, Abou Dhabi a annoncé des commandes de 16 avions de transport militaire aux constructeurs américains Boeing et Lockheed Martin. Cette fois le coût est précisé : 2,9 milliards de dollars sonnants et trébuchants. On sait même u  peu plus sur les détails de cette commande : Boeing va fournir quatre C-17, un avion de transport géant, dans le cadre d'un contrat d'une valeur globale de 4,8 milliards de dirhams (1,3 milliard de dollars) alors que Lockheed Martin, quant à lui, va fournir aux mêmes forces aériennes émiraties 12 avions de transport de type C-130J (photo), un contrat d'un montant de 5,9 milliards de dirhams (1,6 milliards de dollars).

 

Le général Ketbi justifie ces commandes par la volonté de son pays de moderniser sa flotte vieillissante. Il ajoute que « ce sont là des contrats définitifs. Allusion  faite à l’annulation en début de mois par une société spécialisée dans le leasing aéronautique à  Dubaï d’une commande de 16 Boeing 787  Dreamliner.

 

Nonobstant l’occasion de la  tenue du salon IDEX 2009, on ne peut que se poser des questions sur le timing choisi par Abou Dhabi d’annoncer ces importantes commandes militaires.

 

Si l’on élimine la probabilité que ces commandes étaient en partie destinées à exprimer le mécontentement des Emirats du rapprochement à tous les niveaux entre la France et le Qatar, on ne peut, par contre en faire de même avec un évènement qui a secoué la semaine dernière la région du Golfe persique ou arabique. A savoir  le fait que Ali Akbar Nateq Nouri, haut responsable du Bureau du Guide suprême iranien, ait qualifié le Bahreïn de « 14e province iranienne » historique. Notant qu'il disposait d'un représentant au Parlement. Une annonce qui nous rappelle une autre annonce, celle de Saddam Hussein qui, durant l’été 1990, avait déclaré le Koweït « 19e province irakienne ». La suite on l’a connaît. Mais ce n’est pas notre sujet.

 

C’est donc cette déclaration de Ali Akbar Nateq Nouri qui a mis le feu aux poudres ou plutôt la puce à l’oreille du gouvernement émirati. Car comme le Bahreïn (1) les Emirats ont un différend frontalier avec l’Iran. Les Emirats sont opposés à l'Iran au sujet des îles d'Abou Moussa, de la Petite et de la Grande Tomb.

Vers la fin de l’année 1971, le Chah d’Iran avait même refusé de reconnaître l’indépendance des Emirats si Téhéran ne récupérait par l’île d’Abou  Moussa dépendant de l’Emirat de Charjah, et les deux îles Tomb, qui relèvent de l’Emirat de Ras-el-Khaymah.

 

Donc les commandes militaires de Abou Dhabi peuvent se lire plutôt comme un avertissement clair à l’adresse de Téhéran. A savoir ceci à  peu près : « Si Manama boycotte votre gaz, nous, Emiratis, on n’hésitera pas d’en venir aux armes.

 

(1) Le 23 février la Libye réaffirme l'arabité du Bahreïn  Mais il y a quelques semaines le colonel Kadhafi avait déclaré que l’écrasante majorité de Bahreïnis est de souche iraniennes ! Rabat a convoqué son chargé d’affaires ad interim à Téhéran pour consultations  en solidarité avec Manama.

Publié dans Focus

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