Israël : Crise politique en vue

Publié le par Abdelkarim Chankou

Peinant à former un gouvernement de coalition stable, fiable, viable et durable, Binyamin Netanyahu, alias « Bibi », a demandé et obtenu du président de la république, Shimon Pères, un délai supplémentaire de 14 jours. Si les difficultés à former cette coalition (au minimum 61 députés) persistent à  l’expiration du deadline, le président a le droit de demander à un autre député d’essayer de former un gouvernement. Tzipi Livni, la cheftaine  de Kadima qui devance le Likoud d’un siège (28 contre 27), attend cette occasion de pied ferme. Alors que le patron du parti travailliste qui a réalisé le plus mauvais score de son histoire à 13 sièges se déclare prêt à rejoindre l’équipe de Netanyahu si, en contrepartie son parti sauve la face en se voyant accorder des ministères importants. Mais une grosse question demeure :  comment Ehud Barak,  bien qu’il soit le général le plus décoré de l’Etat hébreu, pourra-t-il convaincre Israël Beintinou d’Avigdor Liberman, qui a obtenu 15 sièges, de se contenter de portefeuilles  moins importants que ceux qu’il lorgne ?
Imaginons que le parti d’Israël Beitinou parvienne à décrocher le ministère des Finances  et celui de la Sécurité intérieure. Et que le Shas (11 députés) se voit accorder les ministères des Affaires sociales et de l’Education nationale (des postes qui lui est sont chers ; étant donné que le terrain de prédilection de ce parti ultra-orthodoxe qui mobilise beaucoup de juifs marocains a toujours a toujours été le terrain social et spécialement les écoles talmudiques), le parti travailliste se contentera-t-il de la Défense ( même si ce ministère est convoité également par la Likoud ) ? Difficile de répondre surtout que les Affaires étrangères ne pourront pas échapper à M. Liberman dont la formation politique est la colonne vertébrale de toute coalition dirigée par Netanyahu ; sauf si Tzipi Livni décide se rallier à Bibi, une hypothèse peu probable étant donné que ce dernier refuse catégoriquement (du moins pour le moment) la solution des deux Etats, chère à la patronne de Kadima, aux Arabes, à Washington et à l’Union européenne, autant dire à tout le monde.
En revanche, sur le papier Binyamin Netanyahu a déjà une majorité de 65 députés si on compte les divers petits partis de droite. Mais elle est très fragile et est à la merci des sautes d’humeur d’aussi bien Avigdor Liberman  qu’Eliyahu Yishai  du Shas, et dans un contexte de crise économique et de hausse de chômage, d’éventuels coups de gueule suivis de lâchages aussi bien  imprévisibles  que brutaux ne sont point à exclure.
En fait, la durabilité et la viabilité de toute coalition pilotée par Netanyahu dépendent de cinq facteurs primordiaux :

1)   De l’arrêt des tirs des missiles palestiniens ;
2)   de la réussite du programme de sauvetage de l’économie lancé par Barack Obama (*) ;
3)   De la cohésion du parti travailliste (**) ;
4)   Du maintien des corridors de coopération  économique entre Israël et certains pays arabes (***) ;
5)    De l’augmentation des budgets des programmes sociaux réclamée par le Shas.

 (*) Washington compte sur les fonds souverains arabes  pour  investir dans l’économie américaine. Une éventualité qui ne peut se réaliser que si le processus de paix enregistre des avancées. Le cas du fonds d’Abu Dhabi qui  prend 9,1% du capital de Daimler est significatif.
(**) La menace de scission plane sur le parti travailliste du fait que certaines voix reprochent à Ehud Barak de n’être mû que par ses intérêts personnels.
(***) Seule une recrudescence du commerce entre Israël et certains pays arabes  modérés est à même de baisser la tension sociale dans cet Etat.

Publié dans Edito

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