Les Arabes et la Shoah

Publié le par Abdelkarim Chankou

La Shoah ou l'extermination par l'Allemagne nazie de cinq à six millions de juifs, selon les estimations des historiens, de l'Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, constitue l'un des événements les plus marquants et les plus étudiés de l'histoire contemporaine. Cependant, excepté le Maroc, cette catastrophe humanitaire est presque absente des littératures orales et écrites des pays arabes, comme de l’Iran et la Turquie.

  

La Turquie a toujours été pénétrée par les idées nazies et ce même avant la deuxième guerre mondiale ; en plus il y a le génocide arménien. Donc l’absence d’une littérature objective en turc sur la Shoah se comprend. Idem de l’Iran qui même avant la révolution islamique de 1979 entretenait des relations étroites avec l’Allemagne. Rappelons que le Shah recourut à l'aide des Allemands dans sa lutte contre la domination anglaise et en 1941, les Alliés déposèrent Reza Shah et le forcèrent à abdiquer en faveur de son fils, Mohammad Reza Pahlavi.

 

Par contre pour ceux qui est du monde arabe, c’est un peu différent. La Shoah a été zappée des manuels scolaires et ignorée par les chercheurs et historiens sauf quand il s’agit de la dénigrer à cause du problème israélo-arabe.

 

Interrogé par L'Express (peu avant sa mort, le 2 juillet 2008 d’un cancer), le philosophe égyptien Abdel Wahab el-Messiri  et qui se voulait aussi critique à l'égard de l'antisémitisme et du négationnisme qu'envers le sionisme, jugeait le débat sur la Shoah faussé. Pour lui « Les Arabes ne trouvent pas juste qu'Israël ait été donné aux Juifs en compensation de ce qu'ils ont subi et que les Palestiniens en paient le prix, expliquait l'auteur de L'Encyclopédie des juifs, du judaïsme et du sionisme, un pavé en arabe en 8 volumes et qui représente 20 ans de recherches. « L'Holocauste ne devrait pas non plus être sacralisé. Le fait qu'on ne puisse pas en parler, même scientifiquement, ne fait que nourrir les suspicions de grande conspiration juive.» ajoute celui qui a fini sa carrière en devenant un militant du mouvement Kefaya qui réclame la fin du « Moubarakisme ».

 

Au Maroc, qui est un pays arabe où Juifs et Musulmans se respectent, la Shoah est largement vulgarisée. Mais, il faut le reconnaître, elle l’a été d’abord grâce au cinéma et à la presse étrangère. Puis par le biais des écrits négationnistes du philosophe Roger Garaudy qui ont envahi les campus universitaires marocains et français durant les décennies 1980 et 1990.

 

La visite historique du Premier ministre israélien Itzhak Rabin à Casablanca en septembre 1993 et surtout à la Grande Mosquée Hassan II a été l’étincelle qui a fait explosé les débats et les écrits sur la présence de 500.000 Juifs marocains en Israël et surtout sur la Shoah.

 

En mars 2008, un colloque a été organisé pour la première fois à la Bibliothèque Nationale du Maroc à Rabat où une cinquantaine de chercheurs, universitaires, historiens, journalistes et personnalités politiques se sont réunis pour débattre sur l'attitude des musulmans et arabes face à l'Holocauste. Les représentants du Projet Aladin ont pris aussi part aux débats.

 

Les locuteurs marocains, en particulier M. Driss Khrouz, Directeur de la BNRM, M. Rachid Benmokhtar Ben Abdellah, Président de l'université Al-Akhawayne, Dr. Mohammed Kenbib, éminent historien et M. André Azoulay, conseiller de S.M. le Roi Mohammed VI, ont exprimé leur fierté concernant l'histoire du Maroc représentant un modèle de coexistence religieuse et décrit l'histoire du judaïsme marocain.

 

Robert Satloff, expert américain du monde politique arabe et islamique a parlé de son récent livre, « Parmi les Justes». Satloff a vécu pendant deux ans au Maroc et pour découvrir les histoires des héros arabes qui ont sauvé la vie des Juifs , a voyagé dans onze pays.

 

Le représentant du Projet Aladin, M. Abe Radkin, a souligné l'importance du dialogue entre les musulmans et les Juifs et du respect mutuel et a précisé que la facilité d'accès aux sources peuvent combler l'énorme fossé de l'ignorance, les mythes et les idées fausses dans chaque côté.

 

De son côté, Sara Bloomfield, Directrice de l'United States Holocaust Memorial Museum, a exprimé son souhait d'organiser des expositions pour pouvoir ainsi faire la lumière sur le rôle positif que le Maroc a joué au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le Roi Mohammed V est largement reconnu pour avoir protégé le royaume de la population juive des nazis et de leurs alliés de Vichy.

 

Le colloque à Rabat a été une belle initiative soulignant le rôle positif du Maroc d'avant-garde dans le dialogue entre les cultures.

 

Le temps n’a pas été perdu ; puisqu’un an plus tard, le 27 mars prochain exactement, sous le patronage de l’UNESCO - Initié par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS) que dirige Mme Simone Veil, le Projet Aladin sera présenté officiellement à Paris. En présence de personnalités de premier plan dont M. André Azoulay et l’ancien président français Jacques Chirac. Un important et très attendu message de S.M. le Roi Mohammed VI sera lu à l’occasion.


Le
Projet Aladin est un programme éducatif et culturel indépendant. Soutenu par de nombreuses personnalités parmi lesquelles plus de 200 intellectuels, historiens et personnalités de premier plan du monde arabo-musulman, il vise à rendre disponibles en arabe, en persan et en turc des informations objectives sur la Shoah, les relations judéo-musulmanes et la culture juive.


En Photo : le Rabin Moshe Amar reçu par S.M. Mohammed VI.

Publié dans Dialogue des cultures

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