A quoi joue l’Emirat du Qatar ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

Bons offices tous azimuts pour dissiper les malentendus entre pays arabes rivaux, lobbying  actif et sous-jacent  pour faire pression sur les capitales arabes trop indépendantes… En bref, le minuscule Emirat gazier du Qatar  qui  il y a encore  20 ans était presque inconnu  de la scène arabe  et internationale est aujourd’hui en passe de devenir le barycentre d’un Monde Arabe en ébullition. Tous les chemins mènent à Doha ! ose-t-on s’exclamer devant cette montée fulgurante d’un émirat dont le seul poids se résume outre la chaîne Aljazeera à la base américaine du Centcom et aux gisements du Gaz.

A quoi joue donc ce petit pays - de moins d’un million d’habitants dont 80 % sont des étrangers - qu’est le Qatar ?

Pour répondre à cette question, il faut revenir un peu en arrière. Le milieu de la décennie 1990  a été marqué par deux évènements importants : les accords d’Oslo qui allaient mettre le processus de paix israélo-arabe sur une nouvelle voie et le processus de Barcelone qui jetait les bases d’un nouvel partenariat entre les pays riverains de la Méditerranée et l’Union européenne. Mais pour que ce deux processus aboutissent il fallait une adhésion sans réserve du Monde arabe aux deux projets.  Or la rivalité entre l’Egypte et l’Arabie saoudite sur qui va conduire le Monde arabe freinait des quatre fers, sans oublier le Maghreb qui faisait semblant de sentir étranger aux problèmes du Machrek (Moyen-Orient). C’est alors que certaines forces occidentales décisionnaires ont tranché en décidant que le futur pays arabe qui sera le nouveau centre de pouvoir du Monde arabe doit en plus d’être neutre et non belliciste, entretenir de bonnes relations avec toutes les forces de la région, aussi bien l’Iran, Israël que le reste du Monde arabe. En bref, le Qatar doit endosser l’ancien rôle de l’Egypte de Gamal Abdel Nasser et la chaîne Aljazeera celui de la fameuse radio La Voix des Arabes qui semait la zizanie partout dans le Monde arabe en appelant les armées et les peuples à renverser les régimes arabes qui refusaient de suivre le projet panarabiste de Gamal Abdel Nasser.

Cette stratégie parviendrait-elle à faire plier l’Arabie Saoudite et l’Egypte qui continuent de résister aux appels du pied de Doha ? 

Peut-être que oui. Mais ce qui est sûr c’est que ça va prendre du temps car en plus de ces deux pays, deux autres se liguent au Maghreb pour rejoindre le camp du refus.

 

 

 

Photo : L’émir du Qatar serait-il le nouveau Gamal Abdel Nasser après avoir dressé les pays récalcitrants ?

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