Maroc : qui manipule les grévistes ?

Publié le par M.S.

A part quelques exceptions près comme Tanger  ou la grève des transports (taximen, camionneurs, autocaristes) semble avoir épargné, le Maroc tout entier est paralysé. Depuis lundi 6 avril dernier, les fruits et légumes commencent à  se faire rare sur les étals ; en même temps leurs prix ont amorcé une montée en flèche. Quant aux pompes à essence, elles étaient littéralement  prises d’assaut si bien que beaucoup d’entre elles ont brandi le drapeau blanc dès la soirée. Sans oublier le système D qui est ressorti brusquement de quelque part comme un cauchemar, carrosses et rickshaws en lieu et place de taxis.   En bref, le pays semble être en état de guerre ou de grande famine.
Officiellement les syndicats et peudos-syndicats (des sortes de coordinations) dont les noms sont inconnus du lexique ouvrier, sont catégoriquement contre la réforme du code de la route, la copie en vigueur remontant au protectorat. Le nouveau texte, présenté par le ministère de tutelle, en l’occurrence le jeune Karim Ghallab, estampillé parti  de l’Istiqlal avec la célérité d'une machie à étiqueter, semble de pas être du goût des grévistes. Du moins ceux qui tirent les ficelles ; car, il faut le dire, une quantité non négligeable des grévistes, est dans l’incapacité de s’offrir un jour de congé par mois même en cas de maladie, alors une semaine de grève en bonne santé…

Le projet qui a fait autant d’aller-retour entre la chambre haute et la chambre basse qu’un ascenseur d’une HLM en un quart d’heur est jugé par ses détracteurs comme étant un code inadapté au Maroc.

Il prévoit des amendes de 10.000 à 20.000 dirhams, le retrait du permis désormais à points et des peines privatives de liberté d’une durée variant entre six mois à un an de prison ferme etc. Mieux : le projet a été importé de Scandinavie et selon les harangueurs de foules qui mènent la danse, nous dirons pourquoi plus tard, il y a autant de similarité entre la Suède et le Maroc, du moins au niveau de l’état des routes et des véhicules, qu’il y en a entre un jardin romain et un terrain vague.

Cependant, même si l’argumentation est recevable, il y a quelque  chose de bizarre  voire de malsain dans ce débrayage des plus sauvages. Que voici déclinée en paragraphes :

Uno : Une neutralité des autorités à faire rougir d’envie la Suisse. Sauf compter les victimes co-latérales de cette grève, les pouvoirs publics centraux et locaux se contentent de regarder. Quand bien même on se rappelle que l’ancien Premier ministre français socialiste et défunt Pierre Bérégovoy avait envoyé des chars AMX 30 et des hélicoptères pour évacuer les camionneurs grévistes qui ont encerclé la France, justement à cause du permis à points.

Deusio : La levée de bouclier contre le projet de Ghallab  surprend par son ampleur alors que d’autres projets de lois aussi impopulaires n’avaient pas induit autant de pagaille ; en l’occurrence le Code civil (Moudawana) en 2000/2001 ou  la loi antiterroriste en été 2003. Malgré quelques démonstrations de force qui tiennent plus de la parade ou du carnaval, les deux lois sont passées comme une lettre à la poste ;

Tertio : la grève bat son plein à Casablanca alors que sa concurrente Tanger est paisible. La grève arrive à moins de trois des élections communales du 12 juin 2009. Or d’aucuns conviennent  que la capitale économique et ouvrière du royaume est particulièrement convoitée par les candidats fétiches des partis dont justement un certain Karim Ghallab dont le fauteuil de maire de Sebata, une municipalité du sud-est de Casablanca, qu’il occupe depuis l’automne 2002, ne sied plus à son rang de chouchou BCBG de l’Istiqlal. Et surtout de brillant polytechnicien, le seul qui a osé brandir  son passeport européen devant les caméras de télévision à l’aéroport de Casablanca. Il faut avoir du cran pour ça.

Quarto :  Une sourde rumeur circule dans le milieu des grévistes et qui dit qu’avec Ghallab maire de Casablanca, on est sûr que le tramway y verra enfin le jour ; preuve en est la vitesse avec laquelle il se charge du TGV Tanger-Casablanca que construira la France. Or le tramway signifie pour la corpo des taxis un important manque à gagner.

Quinto : depuis les cinq dernières années, les contrôles de la gendarmerie sur les grandes routes entre le Rif et le reste des régions du Maroc se font beaucoup plus nombreux et surtout beaucoup plus pressants. Or on sait  que le prix du marché pour le transport d'une cargaison de 38 tonnes de fer rond, sse situe entre 8.000 et 10.000 dirhams, si la destination est Casablanca, ne suffit guère pour couvrir les frais du carburant, du conducteur, du graisseur et autres dépenses… Donc pour rentrer dans leurs frais les camionneurs ne rapportaient pas dans leurs bagages que des barres de fer… Un détective en herbe devinera facilemennt à quoi je pense. Pire : la Sonasid (Société Nationale de Sidérurgie sise à Nador), a crée il y a 5 ans une grande usine dans la région de Safi ; ce qui signifie une baisse de flux sur Nador.
Bien entendu non oubliée la baisse du trafic routier des marchandises due à la crise immobilière.

Conclusion : même si huit syndicats et associations professionnelles ont décidé de suspendre le mouvement de débrayage aujourd’hui après que la Chambre haute (des conseillers, noyautée par les corpo des transporteurs), présidée par  le RNIste Maati Benkaddour, ait décidé samedi de suspendre la discussion du projet du nouveau code de la route, on craint que le mouvement ne s’arrête pas vraiment ; car, n’ayons pas peur de l’écrire, c’est la tête de Ghallab que les grévistes veulent avoir. Ils s’en cachent même pas.

Publié dans Confidentiel

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