Le Maroc est-il à l’abri de nouveaux attentats terroristes ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

A moins d’un mois du 6e anniversaire des attentats du 16 mai 2003 ayant ensanglanté Casablanca en faisant quelque 45 morts et plusieurs dizaines de blessés et que le ministre de l’Intérieur de l’époque a relié au terrorisme international (1), et à une cinquantaine de jours des élections communales prévues pour le 12 juin prochain et que les observateurs de la chose publique marocaine appréhendent comme l’ultime test à même de permettre de mesurer le degré de réussite de la transition démocratique ; à savoir la réconciliation des Marocains avec la politique et l’Etat après 38 années d’ « années de plomb » de l’ère Hassan II (2), une grande question demeure, et non des moindres : Le Maroc est-il définitivement à l’abri d’autres attentats similaires ? Autrement dit le royaume a-t-il réussi en dix années de transition politique à convaincre tous les Marocains que le meilleur moyen de s’exprimer et de participer à la gestion des affaires de leur pays est l’urne démocratique ?

Réponse : oui et non.

Oui car à part les séries d’attentats qui ont eu lieu, toujours à Casablanca, les mois de mars et avril 2007 et qui ont fait quelque morts et blessés essentiellement parmi les kamikazes eux-mêmes, aucune action d’envergure (3) qui puisse être comparée aux attentats du 16 mai ne s’est- fort heureusement- produite ni à Casablanca ni ailleurs. Il est vrai que le formidable travail en profondeur des différents services de sécurité, désormais travaillant de concert, qui ont démantelé des dizaines de cellules dormantes et de dangereux terroristes en cavale (sur un potentiel de terroristes "prêts à cuire" exprimé en dizaines de centaines selon le juge espagnol antiterroriste d'audience nationale Batlhazar Garzon), est pour beaucoup dans ce résultat remarquable. Pour le reste le pays bouge, la femme occupe chaque jour des espaces de liberté jadis encore l'apanage de la seule gent masculine et la jeunesse ne cesse de montrer ses talents cachés en matière de création artistique et d’entreprenariat économique et social. Même si dans ces deux domaines les choses ne se font pas toujours dans la joie et la bonne humeur (4) et que ses talents peinent à prendre le dessus sur ses préocuppations essentielles que sont  le football et l'immigration en Europe ou au Canada.

Non pour trois raisons principales :

Un : Le pays n’a pas encore réglé sa marche vers le progrès sur le rythme d’une seule vitesse. La campagne qui abrite la majorité des Marocains semble évoluer encore en marge du Maroc moderne et branché des grandes villes (5). Pire : les partis nouvellement crées et qui se réclamant de la rupture semblent ne lorgner dans le cadre des prochaines municipales que les seuls grands centres urbains du pays ; en l’occurrence Oujda, Tanger, Rabat, Casablanca, Agadir, Meknès, Marrakech, Laayoune si bien que les partis se définissant comme d’extraction rurale comme le parti berbériste du Mouvement Populaire tentent de s’engouffrer dans cette brèche, mais hélas uniquement par des déclarations politiciennes (6). Rien qu’à Casablanca, la plus grande ville ouvrière du royaume, peuplée comme quatre fois le Gabon (5 millions d’habitants), plus du quart de la population demeure encore dans des taudis hideux qui poussent comme des champignons en marge de la cité et ce en dépit de la guerre que leur ont livré les ministères de l’Intérieur et la Justice (7). Il faut dire que ces bidonvilles qui sont du pain bénit pour la Parti de la Justice et de Développement (islamiste) (8) très peu présent dans les campagnes et qui est tenu à distance par ses rivaux classiques du RNI, de l’USFP et de l’Istiqlal dans les quartiers non périphériques des villes.

Deux : Plus le pays vainc les terrains de la misère qui alimentent la violence criminelle classique comme terroriste comme le chômage, le mal logement, la corruption et la décadence des systèmes éducatif et sanitaire plus il est confronté à d’autres défis, disons de seconde générations, non moins mobilisateurs des partisans de la chasse au vice par la violence. Ces défis sont l’homosexualité, présente au Maroc depuis la nuit du temps mais que ses adeptes veulent de plus en plus vivre publiquement et la légalisation du cannabis, de l’alcool et de l’avortement (9). Et c’est à ce niveau que ça risque de péter le plus. En effet la jeune démocratie marocaine n’a encore rien prévu de solide pour solutionner d’une façon civilisée et courtoise ces nouveaux défis : en effet on imagine mal un référendum sur la légalisation de l’homosexualité.

Trois : La perspective de plus en plus réaliste d’un retour massif d’émigrés marocains d’Espagne à cause de la crise qui y sévit risque de transformer de ces déçus de l’eldorado en de fanatiques rancuniers qui chercheront à se venger par des actions violentes et du Maroc et des intérêts occidentaux qui y sont représentés (10)

Conclusion : Tant que le Maroc continuera à avancer à deux vitesses avec les résultats immédiats que l’on sait qui sont l’exode rurale et l’immigration clandestine, tant que de nouveaux défis lui feront constamment face du fait de son choix de rapprochement de l’Occident et tant qu’il continuera à envoyer des hordes de chômeurs vers une Europe de plus en plus saturée en matière d’absorption de main d’œuvre non qualifiée, le risque d’attentats sanglants de l’envergure de ceux du 16 mai 2003 voire pires continueront de planer sur son ciel.

(1) http://www.lematin.ma/Actualite/Special/Article.asp?idr=127&id=105577
(2)http://www.maroc-politique.com/index.php?option=com_content&task=view&id=12&Itemid=49
(3)http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=7716415&cKey=1176574526000
(4) http://www.bladi.net/13317-maroc-marock-pjd-jeunes.html
(5) http://www.jeunesdumaroc.com/article3229.html
(7) http://www.lematin.ma/Actualite/Journal/Article.asp?idr=116&id=104781
(8) http:// www.reforme.net/archive2/article.php?num=3238&ref=2519
(9)http://www.emarrakech.info/Les-islamistes-marocains-en-campagne-contre-la-depravation-des-moeurs_a13186.html
(10) http://chankou.over-blog.com/article-29876192.html

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