Maroc-Politique : Confiance ne signifie pas quitus

Publié le par Abdelkarim Chankou

La décision vendredi dernier du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), fondé par Fouad Ali El Himma, ancien directeur du Secrétariat particulier de S.M. Mohammed VI quand il était Prince Héritier et ex-ministre délégué à l’Intérieur, de passer à l’opposition a été non seulement un coup de théâtre mais a pris presque tout le monde de court, les analystes attitrés compris.

Un ancien copain d’école du futur Mohammed VI qui passe dans l’opposition ça ne passe pas inaperçu. Mais le temps où feu Réda Guédira clamait que « n’est dans l’opposition que celui qui est contre les institutions » est bien révolu.

Aujourd’hui la Monarchie n’est plus contestée. Et quand elle l’est, c’est par des marginaux nihilistes qui ne reconnaissent ni l’existence de Dieu ni de l’individu.

Le fait que S.M. le Roi ait envoyé un message à son Premier ministre Abbas El Fassi où Sa Majesté lui renouvelle sa confiance a aussi surpris pas mal de monde. Et a donné libre court à toutes les interprétations aussi fantasmagoriques qu’homériques.

Or il est tout fait normal que le Roi exprime sa confiance au gouvernement. Pour la simple raison qu’il s’agit d’abord du gouvernement de Sa Majesté, qui l’a nommé.

En revanche, la confiance ne signifie pas forcément quitus. Le Souverain nomme le gouvernement et c’est aux Marocains via le Parlement de le cadrer et le cas extrême de le sanctionner. La constitution est claire à ce niveau. L’article 76 permet à tout groupe parlementaire de déposer une motion de censure* sur le Bureau de la Chambre. Si ¼ des députés la votent elle devient recevable et si les 2/3 des représentants l’approuvent elle passe en entraînant la démission en bloc du gouvernement. Des élections anticipées sont alors organisées dans les mois qui suivent. Entre temps une équipe gouvernementale technique expédie les affaires courantes et prépare le scrutin.

La décision du PAM de retirer son soutien au gouvernement pour des raisons qui sont les siens s’inscrit avant tout dans cette optique. En annonçant le passage dans l’opposition, le secrétaire général du parti, Mohamed cheikh Biadillah, voudrait plutôt faire passer le message suivant : « si demain notre groupe ou un autre décide de déposer une motion de censure nous la voterons ».

Seulement, ni le moment ni le contexte actuel ne sont propices à une telle aventure. Nous sommes à moins de deux semaines des élections municipales, à trois mois du Ramadan  et en pleine période de retour des émigrés. Le pays n’a donc ni les moyens logistiques pour organiser d’autres élections ni la volonté de passer l’été en se baignant dans une éventuelle crise politique.

(*) En juin 2007, prétextant le silence du gouvernement face à la sécheresse qui sévissait dans le mode rural, des conseillers  (chambre haute) de l’opposition et de la majorité ont déposé une motion de censure contre le gouvernement piloté alors par Driss Jettou. Elle n’est pas passée faute du minium de suffrages exigé par l’article 77.


 

Publié dans Edito

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