Maroc : 300.000 chômeurs débarquent sur le marché

Publié le par Karim El Maghribi

Avec la dégradation brutale de la qualité de l’enseignement public au Maroc depuis le milieu de la décennie 1990, décrocher le bac marocain est devenu synonyme pour une écrasante majorité d’étudiants de décrocher le ticket d’entrée au club des chômeurs et des désœuvrés malgré eux.

Sans s’attarder sur les raisons profondes de cette bérézina de l’enseignement marocain public et aussi privé (certaines écoles payantes sont pires que des centres sociaux pour rattrapage), raisons dues notamment à une régression de l’autorité d’un corps enseignant sous-qualifié et dominé par des fonctionnaires qui ne pensent qu’aux avantages du métier (congés à gogo et à longueur de l’année, heures supplémentaires payantes…), l’on peut dire sans médire que l’école marocaine est devenue une machine à fabriquer les chômeurs en série. D’autant que les réformettes engagées par à-coups depuis dix ans ont raté leurs objectifs. De même l’actuel plan d’urgence qui couvre la période 2009-2012 semble partir avec une entorse à la cheville. « La politique du bourrage des classes avec 40 élèves pour dégager un excédent d’enseignants afin de justifier l’arrêt de la formation des instituteurs et surtout la fermeture de certains établissements s’apparente plus à une fuite en avant qu’à une avancée vers le mieux », constate un ancien fonctionnaire de l’éducation nationale qui se remémore une époque, pourtant pas si lointaine, où le bac était un vrai sésame pour la réussite sociale.

Si l’école, le collège et le lycée sont ce qu’on vient de décrire, la Faculté n’est mieux pas lotie. Pour beaucoup de bacheliers qui l’intègrent faute de mieux ou par erreur de calcul, elle ne tardera pas prendre la forme d’une méga salle d’attente où l’heure du rendez-vous est en permanence repoussée. Jusqu’à épuisement des nerfs et des ressources. La sortie de la fac se termine devant le Parlement avec des sit-in pas très « in ».

En bref, ils sont cette année au nombre 300 673 à passer la session de juin (+5% par rapport à 2008), parmi eux on compte 134 640 candidates qui représentent 44,8 % de l'ensemble des candidats. Autant dire, excepté quelques chanceux, trois cent mille chômeurs qui vont bientôt débarquer sur le marché du travail directement ou après une petite promenade à la fac.

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