Le militantisme pour la paix d’André Azoulay conforté par le discours cairote d’Obama

Publié le par Abdelkarim Chankou

Ceux qui voient le monde comme une entité  où deux conceptions s’opposent, la vision atlantiste et la vision méditerranéenne ; ceux qui voient le monde comme un espace ou s’entrechoquent les civilisations ont dû perdre le nord du moins été décontenancés  en entendant le discours historique que le président  Barack Hussein Obama a prononcé hier, jeudi 4 juin, à l’Université du Caire. Un discours historique et surtout œcuménique (Obama a conclu en citant tour à tour le Nouveau Testament, la Torah et le Coran) à l’adresse aussi bien du monde musulman  que d’Israël.

Tout en réaffirmant que la relation entre les Etats-Unis et Israël est à l’épreuve du temps, le locataire de la Maison Blanche a toutefois exhorté Israël à consentir à la création d’Etat palestinien viable. Obama a aussi déclaré que son pays n’est pas contre le programme nucléaire iranien à condition que cette technologie serve des objectifs civils. Pour ce qui est de l’Afghanistan, l’ex-Sénateur démocrate de l’Illinois a clamé l’intention de son pays de ne pas s’éterniser dans le pays mais en même temps assuré que malgré le coût financier et politique de l’effort de guerre dans ce pays l’engagement américains ne faiblira pas. Pour ce qui est de l’Irak, Obama qui a fortement nuancé la politique de son prédécesseur en terre mésopotamienne en rappelant que la démocratie ne se décrété pas de l’extérieur et que personne ne peut prédire l’issu d’une élection libre reconnaît qu’un Irak dans Saddam Hussein est meilleur.

Enfin pour ce qui est de la question centrale qui est le conflit israélo-palestinien, la vision Obama épouse celle du monde arabe modéré et surtout celle du Maroc. Une vision que l’un des fils de ce pays, en l’occurrence André Azoulay, a toujours défendue. Aussi bien en sa qualité du pionnier du dialogue israélo-arabe, le Conseiller du Roi Mohammed VI était dès le début des années 1970 un fervent militant pour la
réconciliation des fils d’Abraham, (fonda en 1973 l'association Identité et Dialogue, voir encadreé ci-dessous)* qu’en sa qualité de président de la Fondation Ann Lindh pour le dialogue des cultures en passant pas sa mission de membre du Haut comité onusien pour une alliance des civilisations. Et j’en passe…
Récemment encore et pas plus tôt que le 2 juin dernier à
Kairouan, André Azoulay a fait une importante déclaration où les idées forces ont été reprises par le discours d’Obama au Caire.

Obama a notamment dit « Je considère qu'il est de ma responsabilité de président des Etats-Unis de lutter contre les stéréotypes négatifs sur l'islam, où qu'ils se manifestent. » André Azoulay n’a jamais raté une occasion pour fustiger l’islamophobie comme l’antisémitisme.

Le président étatsunien a aussi dit « Le Hamas doit mettre un terme à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l'existence d'Israël. » Azoulay a souvent fait allusion dans ses discours et déclarations aux extrémistes qui ont pris en otage la religion pour servir des fins politiques.

« L'Autorité palestinienne doit développer sa capacité à gouverner, avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. », a également dit Obama. Dans le cadre des institutions méditerranéennes qu’il préside où dont il est un membre actif, le fils d’Essaouira n’a jamais manqué d’appeler les Européens à aider financièrement et politiquement l’Autorité palestinienne pour la préparer à assumer son rôle de futur Etat palestinien indépendant.

En fin et last but not least Obama a en outre dit « Israël doit reconnaître que, tout comme le droit à l'existence d'Israël ne peut être nié, celui de la Palestine non plus. Les Etats-Unis n'acceptent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne. (...) Il est temps que cette colonisation cesse. » André Azoulay est l’un des premiers Marocains de confession juive a avoir souvent dit publiquement que l’Etat d’Israël doit réaliser qu’il ne se trouve pas en Europe mais que ses voisins immédiats sont des pays arabes Palestine indépendante ou pas. Alors…


Paris-MAP-04-06-09-Le grand amphithéâtre Jean Moulin de l'Institut des Sciences Politiques à Paris était, jeudi soir, à l'heure marocaine dans le cadre d'un débat exceptionnel sur la singularité de la destinée juive dans le monde arabe.

« Le Maroc était déjà au centre et à l'origine du groupe Identité et Dialogue quand nous l'avons créé à Paris en 1973 et c'est un grand bonheur de me retrouver ce soir, 36 ans plus tard, au milieu de quelques centaines de jeunes étudiants, juifs et musulmans vivant en France, réunis pour prendre le relais et poursuivre ce combat pour la dignité partagée et la fidélité à la mémoire », a déclaré M. André Azoulay, Conseiller de SM le Roi et Président de la Fondation Anna Lindh.

S'exprimant à l'invitation conjointe de l'Association Sciences Po pour le Monde Arabe et de l'Union des Etudiants Juifs de France (Sciences Po), M. Azoulay s'est félicité de cette initiative à « deux voix pour dire la même exigence de fidélité et de vérité exprimant sans frilosité et sans complaisance nos histoires mêlées et notre engagement pour une paix en Palestine et en Israël où les mots dignité et justice doivent se conjuguer de la même façon pour tous ».

Après avoir retracé et analysé les grandes étapes de l'histoire et de la saga du judaïsme marocain, le Conseiller de SM le Roi a répondu aux nombreuses questions de la salle en mettant en relief la « profondeur et la permanence du consensus national marocain nourri par une identité et une culture de l'altérité forgées par l'addition de toutes nos sensibilités et de toutes nos spiritualités ».

Outre M. Azoulay, sont notamment intervenus dans ce débat Youssef Seddik, philosophe et anthropologue tunisien, spécialiste de l'anthropologie du Coran, Benjamin Stora, historien, spécialiste de l'Algérie, Khadija Mohsen-Finan, directrice du pôle Maghreb à l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI), Michel Abitbol, historien et orientaliste, spécialiste des relations judéo-arabes et Ghaleb Bencheikh, physicien, présentateur de l'émission Islam sur France 2.

Publié dans Edito

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