Le Yémen se « somalise »

Publié le par ttu.fr

Le Yémen subit une recrudescence de la violence depuis plusieurs semaines. Une nouvelle étape ayant été franchie avec l’enlèvement et l’assassinat de neuf ressortissants étrangers résidant depuis des années à Sanaa. La tribu des Houthis semble être responsable de ces actions.

D’autres enlèvements s’étaient produits en mars dernier, mais les otages avaient été relâchés en échange de la libération de prisonniers yéménites. A l’instar des opérations de piraterie au large de la Somalie, les enlèvements d’étrangers sont un moyen qu’utilisent depuis des années les groupes tribaux yéménites pour obtenir de l’argent.

Aujourd’hui, il s’agit de plus en plus d’opérations soigneusement planifiées par des groupes armés organisés. Le général David Petraeus, patron du Centcom américain, estime ainsi que le Yémen est devenu un refuge pour les groupes djihadistes. Les services de sécurité yéménites ont d’ailleurs découvert des grottes équipées d’armes et de matériels sophistiqués dans certaines régions montagneuses du pays.

Ce qui prouverait qu’Al-Qaida se sert du territoire yéménite, depuis des années, pour mener des opérations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Pour sa part, Washington se refuse à renvoyer à Sanaa les prisonniers yéménites de Guantanamo (96 hommes, sur un total de 240 détenus), de peur qu’ils ne grossissent les rangs djihadistes. A noter, par ailleurs, que des manifestations antigouvernementales se sont déroulées récemment dans la province sud du Lahj, au sud du Yémen, faisant des morts et des blessés. Alors que cette province est l’objet de mouvements de contestations chroniques depuis l’unification du pays en 1990, l’ensemble du pays s’enfonce dans l’insécurité, ce qui pourrait engendrer dans la zone une situation aussi incontrôlable et dangereuse qu’en Somalie.


L’argument Al-Qaida

Les autorités yéménites veulent profiter de l’appui donné par Al-Qaida aux groupes séparatistes du Sud pour rallier la communauté internationale à leur action et éradiquer la rébellion. Le plan gouvernemental de lutte contre les rebelles est chapeauté par le général Ammar Saleh, adjoint du service de la sécurité nationale, et son cousin, le général Ahmed Ali Abdallah Saleh, fils aîné du Président et commandant des forces spéciales et de la garde républicaine.

Nul doute que Sanaa exagère le rôle d’Al-Qaida dans le Sud yéménite, soulignant le risque d’anarchie qui pèse sur le pays, alors qu’en même temps, dans le Nord, la rébellion des Houthis a repris de la vigueur. Au plan régional, certains pointent du doigt le rôle de l’Iran, de la Libye et du Koweït, qui soutiendraient plus ou moins ouvertement tel ou tel groupe rebelle.

Mais, pour les observateurs neutres, la présence dans le Sud d’éléments radicaux, comme cheikh Tarek Al-Fadli, ne signifie pas qu’Al-Qaida domine les rebelles sécessionnistes. Quoi qu’il en soit, le pouvoir a récemment autorisé la tenue d’un rassemblement salafiste, ce qui trahit son besoin de légitimation religieuse face aux différentes rébellions.

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