L'Europe en danger ?

Publié le par Karim El Maghribi

Les élites de souches européennes se désintéressent de plus en plus de la chose publique en général et de la politique en particulier. Elles savent que cette dernière ne peut plus être au service du monde des affaires, du moins pas comme avant. La crise financière internationale étant passée par là en réinstallant l’Etat dans son  rôle providentiel d’antan, celui du défenseur de la veuve et de l’orphelin et aussi celui de donneur de leçons.

Or la communauté des affaires s’est en 20 ans de libéralisme économique, presque absolu, habituée à ne plus voir en la politique qu’un art comme les autres servant à moduler la société de consommation en fonction des aléas du temps.

Mais du moment que la politique est devenue un cerceau à travers lequel les hommes d’affaires sont invités à passer comme des fauves de cirque en amusant au passage une plèbe surexcitée dont l’idéal est de gagner plus en travaillant moins, il y a rupture entre l’élite et la politique.

Cantonnée durant longtemps dans le rôle de machine automatique à voter, la société civile (Classes moyenne et laborieuse), est devenue impotente quant à combler le vide laissé par les élites européennes. Résultat : pour remplir les listes de candidatures lors de divers scrutins, on recourt massivement aux Européens d’origine immigrée. Le dernier scrutin en date, celui des élections européennes de juin 2009, est un bon exemple de cette perte d’intérêt des Européens de souche pour la politique. Entre 1989 et 2009, le taux de participation aux élections européennes est passé de 58.41 % à 43.1 %. Et si l'on tient compte de l’arrivée massive de votants d’origine immigrée hors-UE, on est bien en dessous de 43.1 %. Autant dire la bérézina.

Cet état de fait, n’en déplaise aux chantres du Tout va bien Madame la Marquise qui ne voient dans l’immigration que des avantages comme un certain Bernard Stasi, est un germe qui mènera droit à l’implosion de l’Europe, excepté si l’intégration des immigrés cesse d’obéir à des petits calculs à court terme.

En effet, un Européen de souche ne vote pas de la même façon qu’un autre d’origine immigrée hors-UE. Un Hongrois, par exemple, votera pour que son pays ait plus de poids au sein de l’Union, pour que son avenir en tant qu’individu s’améliore ; alors qu’un Belge d’origine marocaine glissera un bulletin dans l’urne aux 12 étoiles d’abord pour exercer un droit de citoyenneté qu’il vient d’avoir et pour lequel il a assez galéré et attendu ; ensuite il votera parce qu’il pense que son geste contribuera à dépassionner un peu plus le débat sur l’immigration dans son pays d’accueil ; dans ce sens que pour lui plus l’Europe se renforce plus les nationalismes locaux s’y diluent. C’est d'ailleurs ce genre de sentiments qui expliquent  que l’engouement sans cesse grandissant des Européens hors-UE pour la politique ne s’arrête pas à l’acte de vote proprement dit mais englobe aussi le désir et la volonté de se présenter.

Tant mieux ! diront les partisans de l’intégration politique à tout prix et à doses de cheval. Seulement aller au bureau de vote pour un Européen d’origine extracontinentale ne signifie pas forcément qu’il soit bien intégré ou qu’il adhère pleinement au projet des fondateurs du Traité de Rome, il y a un demi-siècle. Ne serait-ce que parce que le vote, en réalité, est un acte socialement politique mais culturellement apolitique. Sait-on qu’un Ukrainien naturalisé Européen depuis un mois n’écoutera pas de la même façon Haydn ou Schoenberg de la même façon qu’un Algérien ou un Marocain devenus des Européens depuis 30 ans !

Or quand deux paires d’oreilles ne sont pas sur la même fréquence on débouche fissa sur un dialogue de sourds. Autrement dit, en langage civilisé et sur l’échelle d’un continent, à la guerre civile. Qu'à Dieu ne plaise !

Publié dans Focus

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