La culture socle de l’UPM

Publié le par Abdelkarim Chankou

Dans un monde où la médiocrité et le mauvais goût sont érigés en vertu, la médisance et le dénigrement élevés au rang de qualité, l’argent anoblissant même les brutes et les ploucs… la culture se trouve esseulée, mise à mal.

Pourtant sans la culture la vie n’a aucun sens. « La culture c’est ce qui reste quant on tout oublié ! » Cette magnifique citation, attribuée à Edouard Herriot, n’a jamais été d’actualité qu’aujourd’hui. Il faut sauver le soldat « culture » ! Sinon le monde n’aura plus d’âme et il finira par devenir un méga marché où le consommateur consommera des produits insipides ; car la culture c’est le sel de la société tout court et le piment de la société de consommation. En bref, sans la culture, l’humanité bronzera idiote !

Pire : la nécessité de sauver la culture en la réhabilitant dans son rôle de liant humain qui unit les individus et les peuples est d’autant plus urgent que ni la politique, ni la langue commune ni la religion encore moins le bon voisinage n’ont pu jouer pleinement leurs rôles d’antidotes de la haine et de la bêtise humaines. Un Cheb Khaled algérien qui débarque à Essaouira pour faire vibrer des dizaines de milliers d’admirateurs venus des quatre coins du monde tout en s’enroulant dans le drapeau marocain c’est un vrai miracle que seule Miss Cultura peut réaliser. Mieux : des millions de fans de toutes les races qui entrent en communion pour rendre un dernier hommage au roi de la pop feu Michael Jackson c’est un autre miracle qui doit faire réfléchir les politiques ; surtout dans un contexte où les urnes de vote n’attirent plus les foules.

La France et à sa tête le président Nicolas Sarkozy a compris le rôle que la culture peut jouer dans la construction de l’espace méditerranéen. Un rôle majeur et décisif. Disons-le sans faux fuyants : le sud de la Mare Nostrum et particulièrement Maghreb ne pourra s’arrimer durablement à l’Europe, son allié naturel, sans une vraie politique culturelle méditerranéenne. Le sentiment d’être européen ou proche de l’Europe ne nait dans un individu qu’à la condition que ce dernier s’estime faire partie dans un espace culturel cohérente et intégré.

Au Maroc où les langues vivantes perdent chaque jour du terrain face à un processus d’arabisation par défaut on est en train d’ériger un mur invisible entre lui et l’Europe. Car pour un Marocain apprendre dès son jeune âge langue française, italienne allemande ou espagnole ne sert pas uniquement à communiquer mais également à se doter d’un fonds culturel enrichi qui permet d’évoluer dans l’espace méditerranéen sans complexes ni handicaps.

L’installation le 14 mai dernier à Paris par le Premier ministre François Fillion du Comité Stratégique du Conseil Culturel pour l’Union Pour la Méditerranée (UPM) qui comprend une vingtaine de personnalités de premier plan dont de M. André Azoulay, le Conseiller de S.M. le Roi Mohammed VI entre dans le cadre de cette volonté de la France de faire de la chose culturelle la pierre angulaire sinon le socle de l’UPM.

M. Azoulay qui est également le président de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures et qui est fort de son expérience d’avoir fait (en moins de dix ans) de sa petite ville natale, Essaouira, un centre de pèlerinage international dédié à la culture, ne perd son temps ni se décourage par une actualité qui tend à tirer le monde vers le bas. Le bâton de pèlerin à la main, il parcourt le monde au service d’une mission et surtout d’un idéal, celui de voir un jour la Mare Nostrum ressembler au fameux « Lac de Tibériade » tant chanté par les poètes et les sages.

Rappelons que M. Azoulay a été l’invité de l’Association de développement culturel européen et international (ADECI) à Montpellier (co-organisé avec la Région Languedoc-Roussillon) où un forum a été organisé la semaine dernière (2 au 3 juillet) sur le thème « Pour une politique européenne de la culture ? ». Le Conseiller de Sa Majesté a fait un exposé sur le thème de la « Le dialogue interculturel et la diversité, fondateurs de la construction européenne ».

En fait et malgré la crise et la marginalisation de la culture qui s’en suit, la « Commission européenne a adopté un Agenda européen pour la Culture et a lancé un programme participatif sur le devenir culturel de l’Europe. Elle marque ainsi à la fois la volonté de relancer la politique culturelle de l’UE et le désir de se rapprocher du terrain, des opérateurs, des artistes et des publics. Cet échelon européen va devenir de plus en plus incontournable. Reste à en définir les contours et à gravir la marche ensemble. Alors pourquoi ne pas construire l’Europe de la démocratie culturelle ? », s’interrogent l’ADECI et son réseau « Euromedinculture » qui ont organisé une série de Forums régionaux préparatoires d’abord en Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Malte, Belgique, Allemagne, Grèce, France et Tunisie.

Publié dans Dialogue des cultures

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K.Garnerin 10/07/2009 02:43

Article bien écrit. De bonnes choses de dites.
Juste une réserve sur le fond.
L'intervention de l'Etat dans le secteur culturel est souvent preuve d'académisme. Or l'académisme est un des chevaux de Troie du Totalitarisme (exemple : les rapports entre la Culture et les empires du XIXème siècle, ou plus récemment dans les dictatures fascistes et communistes). La Culture n'est réellement vivante que lorsqu'elle est l'expression de la totalité d'un peuple et non simplement de la volonté de ses élites. L'interventionnisme étatique en matière culturelle n'est jamais une bonne chose.

Cordialement

Karim El Maghribi 10/07/2009 11:52


Merci Cher lecteur