Mohammed VI, l’Eurafricain

Publié le par Abdelkarim Chankou

Dès son accession au Trône alaouite voilà 10 ans jour pour jour, le Roi Mohammed VI n’a point tourné le dos à l’Afrique. Bien au contraire il lui a ouvert cœur et bras. A l’instar de son père Hassan II, il a fait de l’unité et du développement de ce continent une priorité au même titre que son pays le Maroc.

Au Sénégal, comme en Guinée équatoriale ou le Mali en passant par le Cameroun ou le Gabon sans oublier les deux Congo ou la Côte d’Ivoire et j’en passe des terres, des entreprises marocaines publiques ou privées travaillent et investissent dans le développement durable. Le vrai. Réseaux d’eau potable ou d’électricité, routes, agriculture, écoles, mosquées, hôpitaux fixes ou mobiles, opérations de maintien de la paix…

Objectif faire de l’Afrique un continent normal via la dynamique de la coopération Sud-Sud. Mais elle n’est pas la seule à faire bouger le Maroc et son Souverain.

Il y a d’abord la Constitution du Royaume dont le préambule stipule que « Etat africain, il [Le Maroc] s'assigne, en outre, comme l'un de ses objectifs la réalisation de l'unité africaine. »

Il y a aussi la politique de Feu Hassan II qui a fait du développement de l’Afrique et de son alliance avec le Monde arabe et l’Europe l’une de ses raisons d’être. « Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe. » aimait-il répéter. Et ce n’est pas un hasard si le festival de la musique gnaoua d’Essaouira, qui est un hymne aux racines africaines du Maroc, est devenu en 10 ans le plus grand du Maroc.

Mieux : son fils a bien voulu en 1985, alors Prince héritier, de choisir comme thème de son mémoire de Licence en Droit « l’Union Arabo-Africaine et la stratégie du Royaume du Maroc en matière de relations internationales ». Plus tard dès novembre 1988, il effectuera un stage de six mois à Bruxelles auprès de l’ancien président de la commission européenne Jacques Delors. Objectif : faire un rapport profond sur les relations entre la CEE et le Maghreb arabe dont l’union verra le jour en février de l’année suivante à Marrakech.

Union arabo-africaine ! L’idée peut paraître incongrue. Pourtant cette union a bel et bien existé -c’est vrai un peu furtivement- en 1984. Ses pères fondateurs étaient Feu Hassan II et son « frère ennemi » le colonel Kadhafi.

Et si en son temps la presse avait présenté cette union comme une alliance contre nature dont le seul but était de déjouer la politique algérienne d’isoler le Maroc, la vérité était que le défunt Roi savait que malgré ses coups de gueule, Kadhafi aimait bien l’Afrique, au moins autant que lui. Et comme le Maroc était en pleine diète dictée par le Programme d’ajustement structurel, il ne pouvait continuer à financer le développement de l’Afrique tout seul. Il fallait donc proposer à Kadhafi dont le pays était aisé matériellement l’idée d’une union arabo-africaine « open » ; c’est-à-dire ouverte à toutes les bonnes volontés.

Malheureusement cette structure unioniste qui allait devenir le « Plan Marshall de l’Afrique » a fini en eau de boudin à cause du bombardement américain de Tripoli en 1986. Kadhafi fou furieux croyait [à tort] que Rabat était au courant de l’agression reaganienne et n’avait pas voulu prévenir son allié libyen.

Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. L’Union arabo-africaine peut renaître de ses cendres et servir d’ébauche pour l’émergence de l’Afrique. A bon entendeur salut !

Publié dans Edito

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