Potes et jackpots ou la bonne gouvernance made in Morocco

Publié le par Karim El Maghribi

Au Maroc d’aujourd’hui comme d’hier on peut trimer toute sa vie et terminer avec une maigre retraite de 50 euros ou rien du tout comme on peut bosser ou faire semblant durant 24 heures et percevoir à vie une rente mensuelle de 2.500 à 6.000 euros selon le grade du membre du gouvernement !

Les derniers heureux en date s’appellent Nawal Moutawakil et Saadia Krytef alias Touria Jebrane respectivement ministre des Sports et de la Culture. Chacune de ses deux chanceuses toucheront jusqu’à la fin de leur vie un salaire mensuel de quelque 3.300 euros, prélevé sur l’argent du contribuable. Bien sûr cette manne ne prend pas compte d’autres sucreries : tout membre de gouvernement qui est quitte ses fonctions suite à une fin d’investiture, un limogeage ou un départ demandé ne part pas les mains vides. La prime d’au revoir varie de 18.000 euros pour un secrétaire d’Etat et un maximum de 30.000 euros pour un premier ministre. Que demande le peuple. Elle est en général égale à 10 fois le salaire de base.

Mieux avant d’atterrir sur son fauteuil, un membre de gouvernement marocain se voit offrir en sus des cornes de gazelle et du thé à la menthe à ce qu’on désigne dans le jargon par « prime d’investiture » (ou déprime pour le peuple). Cette gâterie oscille entre 1.800 euros pour le premier ministre et 900 euros pour les autres membres du gouvernement.

Mieux encore cette rente à vie qui fait du poste de ministre un vraie titre de noblesse et qui a été instituée par le dahir N° 1.74.331 du 23 avril 1975 (modifié en janvier 1996 et qui curieusement n’a jamais fait l’objet d’une publication au Bulletin Officiel du Royaume, perdure de nos jours alors que l’indemnité de chômage (symbolique) pour perte d’emploi annoncée en grande pompe il y a un an piétine toujours comme l’assurance maladie obligatoire (AMO) qui n’a rien d’obligatoire que le fait qu’elle est obligatoirement retenue sur le maigre salaire de l’employé.

Sur les quelque 305 ex-membres des gouvernements qu’a connus le Maroc depuis la veille de l’indépendance, environ 85 ministres et 20 veuves perçoivent encore cette rente à vie. Comme si les partants n’avaient aucun métier pour se recycler.

Publié dans Focus

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