L’alibi de Kadhafi

Publié le par Abdelkarim Chankou

Simple et complexe à la foi l’alibi de Kadhafi. Il est le fruit de la conjonction de plusieurs circonstances exceptionnelles. Et d’aucuns en conviendront le « roi des rois africains », son dernier titre autoproclamé, est un maître en matière de saisissement des occasions inespérées.

Il convainc en fin de compte la Suisse de lui présenter au plus haut niveau des excuses publiques pour avoir « maltraité » l’un de ses fils (Hannibal) ; il obtient la libération anticipée de son compatriote et ex-chef de sa barbouzerie, Abdelbasset Magrahi, (impliqué dans le terrible l’attentant de Lockerbie ayant fait près de 270 morts innocents), en lui réservant un accueil triomphal violant ainsi les promesses faites par ses proches sbires au gouvernement écossais d’être discret ; il plante sa tente n’importe où lors de ses déplacements dans les capitales occidentales ; il poursuit en justice des journaux maghrébins et africains auxquels il réclame des indemnités faramineuses uniquement parce que ces médias ont écrit des choses qui ne lui plaisent pas ; et j’en passe des vertes et des pas mures… Bref, le colonel vit les plus beaux de sa vie, à moins d’une semaine du 40e anniversaire du putsch qui a mis fin à la monarchie libyenne, un certain 1er septembre 1969.

Mais qu’est-ce qu’est fait courir le colonel ? Quel est ce fantastique alibi qui l’encense et le met hors de cause ?

Simple et complexe à la foi l’alibi de Kadhafi. Il est le fruit de la conjonction de plusieurs circonstances exceptionnelles. Et d’aucuns en conviendront le « roi des rois africains », son dernier titre autoproclamé, est un maître en matière de saisissement des occasions inespérées.

Son flair de bédouin aguerri et sa longue expérience de slalomeur entre les coups bas lui permettent de savoir qu’il est devenu indispensable. Il a parfaitement conscience de ce que l’occident attend de lui et il joue très bien le jeu. Washington et ses capitales alliées cherchent un contrepoids « de poids » à l’hégémonisme incontrôlé de l’Arabie wahhabite qui profite de l’affaiblissement politique et économique de l’Egypte pour s’auto-ériger en leader du monde arabe. Tripoli du guide de la révolution du 1er septembre offre donc ses menus services pour jouer les contrepoids. Surtout qu’étant plein aux as et le doyen des ses collègues arabes, il sait qu’aucun de ces derniers, à part le roi Abdallah Ibn Abdelaziz et encore, n’y verra à redire. Dans le monde arabe plus un chef d’Etat riche s’éternise au pouvoir plus il est respecté.

De même la Maison blanche et ses alliés savent que le monde arabe est l’un des chiffres clefs du code qui permettra une fin rapide et non douloureuse de la crise financière internationale. Pour que les pétrodollars se remettent à investir sans compter aux Etats-Unis qui les a humiliés au lendemain des attentas du 11 septembre 2001, il faut soit leur faire la cour soit leur forcer la main, gentiment.

Obama avec ses sourires à se décrocher la mâchoire a essayé la première solution. En vain jusqu’à maintenant. Il reste la seconde. Qui consiste à faire la danse du ventre au colonel Kadhafi pour ramener ses rivaux à de meilleurs sentiments envers l’Oncle Sam. Diabolique. Mais efficace.

Publié dans Edito

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