Les princes saoudiens se font la guerre

Publié le par Karim El Maghribi

Les princes, il y en a des dizaines de milliers, de la famille régnante des Al Saoud n’ont jamais été unanimes quant à la façon de gouverner l’Arabie saoudite par les rois et leur proches collaborateurs. Grosso modo, dans le royaume wahhabite qui est le seul au monde à tirer son nom de la famille qui y règne sans partage depuis 1744, il existe deux courants dominants et antagonistes : d’un côté les réformistes modérés, alliés des Etats-Unis, et de l’autre les radicaux partisans de la doctrine pure et dure et qui ne voient dans l’occident que la version terrestre de l’enfer.

L’actuel roi Abdellah ben Abdelaziz n’a cessé de montrer, depuis 2005, date de son intronisation, sa volonté de réformer son pays. Lui et ses collaborateurs, triés sur le volet et tous des demi-frères ou des proches cousins, sont partisans d’une réforme contrôlée à même de redorer le blason d’un royaume synonyme de lapidation et de décapitation sans merci des éléments « asociaux ».

Mais le roi, très âgé (87 ans), est fragilisé par sa maladie et celle de son frère et prince héritier qu’on dit être à l’article de la mort. Soltane coiffe un chapelet de postes clef. Il est également démuni par la montée du chômage due à la chute des cours du pétrole ainsi que par la perte du leadership saoudien sur la scène proche-orientale au bénéfice de la Syrie, du Qatar et de la Jordanie.

Résultat immédiat de ces facteurs à risque et de bien d’autres qu’il n’est pas possible d’égrener tous ici, il y a la montée du risque d’attentats anti pro roi Abdellah.

Celui d’hier, perpétré contre le prince Mohamed ben Nayef (photo), haut responsable de la sécurité et de la lutte antiterroriste et homme de Washington, est à mettre dans ce contexte de guerre sans merci entre les princes Al Saoud rivaux.

Si l’agence officielle SPA a rapporté, aujourd’hui même, que cet attentat à la bombe qui n’a que blessé légèrement le prince Ben Nayef au moment où il « recevait des visiteurs à l'occasion du ramadan », a été revendiqué par Al Qaida, on ne peut s’empêcher de douter de la véracité de cette revendication. Tout simplement par ce que les plus méchants d’Al Qaida sont des enfants de chœur devant certains princes radicaux saoudiens qui n’attendent que l’occasion pour passer à l’action.

Maintenant comment un homme « recherché et venu se repentir auprès de Ben Nayef » a-t-il pu arriver jusqu’au prince en franchissant plusieurs cordons de sécurité muni d’une bombe comme présent?

Deux réponses possibles : soit le kamikaze était connu des services de sécurité (un indicateur par exemple venu faire son rapport ou révéler une information directement au boss), soit les services de sécurité du prince sont pourris. Ce qui n’est pas surprenant.

Dans les deux cas, cela dénote sans ambages que la lutte pour le pouvoir au sein ou autour de la famille régnante des Al Saoud vient de franchir un nouveau pas depuis 2003.

Petit cliché frais de cette guerre larvée que se livrent férocement les princes saoudiens : le prince Kahlid ben Talal frère du richissime businessman Al Walid vient de rallier les pourfendeurs de ce dernier en déclarant publiquement que son frère comme d’autres princes encourage la dépravation, la prostitution et la débauche via ses chaînes satellitaires diaboliques ! Si ce n’est pas un pas un appel au lynchage, ça y ressemble fort.

Publié dans Confidentiel

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