Comment Téhéran se procure des armes (*)

Publié le par Claude Moniquet

Par Claude Moniquet, Président de l’Esisc
Au début du mois d’août, un porte containers australien, l’ANL Australia était intercepté aux Emirats arabes unis avec une cargaison d’armes individuelles à destination de l’Iran. Le 28 août 2009, le trafiquant d’armes belge Jacques Monsieur était arrêté à New York et accusé de tentative d’exportation illégale de matériels militaires vers la République islamique.

Au début du mois d’août, un porte containers australien, l’ANL Australia était intercepté aux Emirats arabes unis avec une cargaison d’armes individuelles à destination de l’Iran. Le 28 août 2009, le trafiquant d’armes belge Jacques Monsieur était arrêté à New York et accusé de tentative d’exportation illégale de matériels militaires vers la République islamique. Enfin, la rocambolesque affaire du « détournement » de l’Arctic Sea [photo] a généré de nombreuses rumeurs, certains journaux allant jusqu’à écrire que le navire transportait des missiles achetés par Téhéran. Trois affaires récentes qui mettent en lumière un aspect généralement peu connu de l’activité des Mollahs : la manière dont le régime révolutionnaire iranien se procure ses armes et équipements militaires.
Rien de nouveau dans tout cela : nécessité faisant loi, Téhéran a, depuis trente ans, acquis un savoir-faire tout particulier dans le domaine du commerce et du trafic d’armements, à la fois comme importateur et comme « exportateur ».
Mais l’actualité de cet été nous permet de passer en revue les pratiques iraniennes en la matière et d’en tirer certaines conclusions sur la nature du régime iranien et la manière dont il convient de traiter avec lui.
Bénéficier d’un accès stable et permanent à des sources d’armements et de matériels de défense a été, de longue date, une nécessité vitale pour Téhéran. Aux lendemains de la Révolution de 1979, la rupture brutale avec les Etats-Unis – principal soutien du régime du Shah et fournisseur attitré de son ministère de la Défense – a confronté le régime naissant à une triste réalité : l’essentiel de son parc de véhicules blindés et, surtout, de sa force aérienne était équipé par des matériels américains (1) (c’était notamment le cas de plus de la moitié des chasseurs et chasseurs-bombardiers), mais l’état des relations avec Washington interdisait à Téhéran de se fournir en pièces détachées et en munitions auprès de son ancien protecteur.
Par ailleurs, la profonde méfiance nourrie par Moscou face au nouveau pouvoir n’incitait guère l’URSS à remplacer son rival américain : le slogan « Ni Ouest, ni Est, Révolution islamique ! », qui indiquait clairement que les mollahs rejetaient aussi bien le modèle « socialiste » que le libéralisme occidental, était fort bien compris à Moscou. Ne signifiait-il pas que l’ayatollah Khomeiny et ses sectateurs voulaient, ni plus ni moins, inventer une « troisième voie » qui les maintiendrait à équidistance des deux blocs et les mettrait en position d’assumer un destin régional ?
Très vite, le régime aura un besoin aigu d’armes et de munitions : le 22 septembre 1980, Saddam Hussein, qui a pris le pouvoir à Bagdad cinq mois et demi, jour pour jour, après le retour de Rouhallah Khomeiny à Téhéran, jette son armée contre l’Iran. La « Guerre imposée », Jang-e-tahmili, comme on l’appellera en Perse, durera huit ans. Dès 1981, le potentiel iranien est gravement défaillant. L’Irak peut compter sur le soutien de la France, des Etats-Unis, de l’URSS, de la Corée du Nord, de l’Egypte ou encore du Koweït et de l’Arabie Saoudite, étrange coalition d’intérêts ligués par la peur de la Révolution islamique. L’Iran, lui, est isolé. Pour s’armer – mais aussi pour limiter le soutien occidental à Bagdad – il va tendre aux Occidentaux un piège diabolique. Au Liban, le Hezbollah prend des otages, entre autres français et américains, et multiplie les attentats. Ses buts sont doubles : locaux et « tactiques » d’abord, puisqu’il vise à obliger les puissances occidentales présentes depuis septembre 1982 dans le cadre de la Force multinationale de sécurité à se désengager du Liban. Au plan stratégique, le Hezbollah n’est qu’un instrument que Téhéran utilise à sa guise pour pousser les capitales qui soutiennent l’Irak (entre autres, Washington et Paris), à « rééquilibrer » leur position...

Copyright©ESISC 2009

(*)Titre d’origine : « les cas de Jacques Monsieur, de l’ANL Australia et de l’Arctic Sea : un éclairage sur la stratégie d’acquisition d’armes de Téhéran »

(1) En 2008, sur 273 chasseurs, 9 seulement étaient de fabrication iranienne (3 Saeqeh et 6 Azaraks), 24 étaient français (Mirages 1), 68 russes (13 SU-25K, 30 SU-24MK, 25 MIG-29A), 24 chinois (F-7M) et 150 américains (25 F14A Tomcat, 65 F-4D/E Phantom II et 60 F-5E/F Tiger II). Dans les autres catégories : 5 avions d’attaques anti-sous-marin sur 5, 6 avions de reconnaissance sur 6 et 4 avions de ravitaillement en vol sur 4 étaient de fabrication américaine.


Lire la suite sur www.esisc.org

Publié dans Analyse

Commenter cet article