Et voici de l'IRANium français !

Publié le par J.-F. Julliard

Les mollahs contrôlent 40 % de la société qui cogère le centre d'enrichissement de l'uranium du Tricastin. Sarko l'avait-il oublié à Pittsburgh ?

ENCORE un terrible secret atomique que nous cachait l'Iran : la République islamique possède des parts dans une usine d'enrichissement d'uranium située... en
France ! Trahi par ses services. Sarkozy ignorait sans doute ce renseignement capital lorsque, à Pittsburgh, il a multiplié les moulinets et les menaces contre Téhéran, accusé d'avoir dissimulé la construction d'une autre usine de production de combustible nucléaire, en Iran celle-là.
Voilà qui donne particulièrement bonne mine au président français et à ses conseillers : cette information explosive est du domaine public et accessible au premier venu. Il suffit, par exemple, de consulter le Registre du commerce des sociétés pour constater que l'entreprise Eurodif, propriétaire de l'usine du Tricastin (Drôme), est détenue à 25 % par la Société franco-iranienne d'enrichissement de
l'uranium par diffusion gazeuse (Sofidif), dont le siège se trouve dans le IXe arrondissement parisien.

Relations radioactives

Qui détient Sofidif ? A 59,6% Areva, champion français du nucléaire, contrôlé par l'Etat. Et à 40,4 % l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, dont le patron n'est autre que le Guide suprême, Ali Khamenei.
En clair, par ce jeu de participations, l'Iran possède pas moins de 10 % de l'usine du Tricastin. Laquelle n'est pas la première manufacture venue : à elle seule, elle assure un quart de la production mondiale d'uranium enrichi...
Cette radioactive histoire d'amour entre Paris et Téhéran a commencé il y a près de quarante ans. A l'époque, l'Iran du shah, désireux de ne pas dépendre exclusivement de son pétrole, se tourne vers la filière nucléaire. Il est aidé par les Etats-Unis mais profite aussi de l'expertise de nos polytechniciens et ingénieurs des Mines en matière d'enrichissement d'uranium, indispensable au fonctionnement des réacteurs.
En 1974, l'Iran entre dans Eurodif, consortium européen dont France est le chef de file, et signe avec Paris un accord sur le nucléaire civil. Ce qui élargit encore son accès aux technologies de pointe : la diffusion gazeuse et, surtout, la centrifugationde l'uranium. Si la République islamique a pu, en douce, construire près de Qom une unité de production qui accueillera 3 000 centrifugeuses, elle le doit, en partie, au savoir-faire tricolore...


Dividendes pour Téhéran

Après l'accord franco-iranien de 1974 - et à la suite d'un voyage de Chirac, alors Premier ministre, à Téhéran -. le shah avait prêté plus de 1 milliard de dollars pour la construction de l'usine du Tricastin. Mais la révolution chiite et l'arrivée au pouvoir de Khomeyni, en 1979, ont compromis le remboursement du prêt.

Certains services barbouzards verront un lien entre ce lourd contentieux financier et la vague d'attentats, attribués à l'Iran, qu'a connu Paris en 1986. Tout comme les enlèvements de Français au Liban par le Hezbollah pro-iranien. Mais aucune preuve concrète n'est venue étayer cette thèse.
Après le règlement financier du différend, la France a préféré ne pas contrarier davantage cet ex-pays ami. Ni contester la participation des Iraniens dans notre usine de combustibles. En revanche, assurent les experts, Paris n'a jamais livré un gramme d'uranium enrichi aux Perses, qui pouvaient, en théorie, exiger 10 % de cette production. En mars 2007, l'hebdo allemand « Der Spiegel » a enquêté sur le sujet et conclu que cette participation rapportait à l'Organisation de l'énergie atomique iranienne un modeste dividende de 7 millions d'euros par an.

Reste à espérer que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël ne pousseront pas les représailles jusqu’à bombarder le Tricastin. Voilà qui ne contribuerait pas au rayonnement la France...

In : le Canard Enchâiné du 30 septembre


Notre commentaire : C'est autant ionisant  qu'enrichissant ! Les mollahs qui proposent à l'AIEA d'enrichir leur uranium à l'étranger doivent penser à user de leur droit  péremptoire...

Titre d'origine : "Des capitaux iraniens dans une usine nucléaire française"

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