Avouez ! C’est tendance

Publié le par Karim El Maghribi

 

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Durant les décennies 1990 et 2000, le mot d’ordre au Maroc était que le ministre attaqué ou taquiné, à tort ou à raison, par la presse, se laissait faire, sans réagir ni faire le moindre commentaire publique sauf marmonner quelques maudissements  ou pester en off, entre copains ou lors d’une réunion de travail. Sans plus. 

Depuis juillet 2011, date qui marque l’avènement de la nouvelle constitution qui confère aux membres du gouvernement de larges prérogatives tout en les responsabilisant davantage, la nouvelle mode est autre. Elle est à l’admission systématique par les ministres qu’il y a effectivement des problèmes au sein de leurs départements respectifs ou au sein des services publiques qui en relèvent dès qu’ils sont interpellés sur le sujet par un député ou un journaliste. Avouer systématiquement en écarquillant les yeux et sans ciller est désormais la nouvelle tendance. Le nouveau must de la communication gouvernementale. 

Bien sûr avouer que tout n’est pas rose dans un ministère ou ses dépendances par son premier responsable a pour but principal d’absorber ou du moins amortir l'effet d’éventuelles réactions populaires imprévisibles et non pas seulement de soigner l’image dudit ministre ou du parti ou encore de la majorité auquel/ou à laquelle il appartient. Un ministre qui reconnait « naturellement » les griefs qui lui sont reprochés est un ministre forcément bon ou au moins de bonne foi. Telle est l’image que fait de lui la masse populaire. Si le ministre en plus d’avouer les reproches que lui fait la rue ou la presse ou toute autre partie habilitée à lui demander des comptes verse quelques larmes, l’effet est encore meilleur. Un ministre qui ne nie pas les récriminations qu’on lui jette à la figure et pleure en plus est forcément un ange. Ça coule de source. Et c’est comme ça que de tels signaux sont perçus dans la culture populaire dans le monde entier et pas seulement au Maroc. 

Cependant, le ministre qui reconnaît qu’il existe des insuffisances ou des dysfonctionnements au sein de sa baraque, en réalité, n’avoue pas tout. Selon le « théorème » passe-partout du « verre à moitié vide ou à moitié plein »,  il admettra que des problèmes existent mais que tout n’est pas mauvais. Exemple : sur le sujet de la baisse drastique des investissements directs extérieurs au Maroc en 2013 et la difficulté qu’éprouvent les services concernés d’en attirer, le responsable de ce département répondra : « Oui ! Il y a effectivement une baisse des IDE mais le résultat réalisé est déjà un exploit vu la conjoncture mondiale défavorable. Et si ne nous étions pas là le pays serait à genou ! » Une réplique qui n’a rien à envier à la langue de bois dans toute sa splendeur. Mais qui a la faculté de faire taire des langues, les bonnes comme les mauvaises. 

Avouer des choses plus graves comme avoir tapé dans la tirtelire publique pour s'offrir des friandises personnelles, la prochaine mode ? Peut-être que oui mais le chemin en sera plus long.

 

Publié dans Humeur

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