Azoulay : "A Essaouira nous avons une histoire enracinée dans le terroir"

Publié le par Jihane Bougrine

En aparté, André Azoulay raconte Essaouira (titre d'origine)

Par Jihane Bougrine

25 décembre 2012 

 

 



On dit que l’autre peut changer par la force de  l’amour. C’est sans nul doute ce qui est arrivé à Essaouira grâce à l’amour d’un homme qui a toujours cru en elle et qui ne l’a jamais oubliée : André Azoulay. Car quand vous dites à l’homme politique que vous aimez Essaouira, il vous répond «merci» comme si la ville faisait partie de lui. C’est en 1991 qu’il esquisse l’idée que la ville doit renaître de ses cendres et doit grandir grâce à un développement durable, vrai et qui ressemble à Essaouira : celui propulsé par la culture. «La renaissance d’Essaouira ne s’est pas faite grâce à l’industrie ou aux investissements mais par un choix délibéré et je me souviens que lorsque l’idée est née, cela a suscité plus de scepticisme que d’enthousiasme», explique l’homme politiquement culturel, qui a milité dès lors pour un développement durable à la façon «souiri», avec ce que la ville disposait et qui ne pourrait jamais lui être enlevé. «À Essaouira, nous ne sommes pas amnésiques, nous avons une histoire enracinée dans le terroir, cette histoire a des pages où la culture est partout. Et puis, les vieilles pierres ont toutes de belles histoires à raconter, on s’est dit qu’on allait les faire parler».


C’est ainsi que toute une équipe s’est mobilisée autour de la ville pour faire parler la culture et les aspirations artistiques. De l’art et la création plastique, qui a une place réelle et non fictive, en témoignent les écoles de peinture de la ville, des valeurs d’altérité et bien sûr de la musique très présente et très diverse, s’est construit une politique culturelle basée sur les fondements et l’histoire de la ville. «La musique m’a accompagné toute mon enfance et adolescence avec les grands maîtres gnaoui de la ville, le malhoun, al-ala et le samâa. «Essaouira aime la musique et toutes les musiques aiment Essaouira», raconte André Azoulay, qui se souvient que les grands du jazz se sont déjà intéressés à la musique gnaoua et qu’il fallait donc lui donner plus d’importance et de valeur. «Nous avons mis tout cela en perspective, nous avons rassemblé les valeurs, la musique, la peinture, la littérature et cela a donné une vraie stratégie de développement durable. Quand nous avons commencé, il y avait 6 hôtels à Essaouira, aujourd’hui, il y en a plus de 200. Voilà ce que la culture sait faire. Voilà ce que le patrimoine nous rapporte. Voilà ce que les vieilles pierres nous ont permis de réaliser». Des vieilles pierres qui ont permis, grâce à la mémoire, à l’histoire et à la culture de donner naissance à des rendez-vous devenus internationaux, comme le festival de Gnaoua, le printemps des alizés, le festival des Andalousies Atlantiques. La ville attire artistes et créateurs et inspire pour des tournages. «Ici la culture a trouvé une adresse légitime et quelque part, la culture nous protège. Nous n’avons pas un tourisme industriel ou un développement artificiel, ce n’est pas une culture de convenance c’est quelque chose d’enraciné, qui est ressenti et qui est authentique». En somme, Essaouira a réussi son développement grâce à la culture, un défi qu’elle a relevé haut la main, mais qu’en est-il des autres villes du Maroc ? De la politique culturelle du pays ? «Ce qui est fait ici peut être fait ailleurs», insiste André Azoulay. «Je ne parle pas de problème culturel au Maroc, je dis aujourd’hui qu’il y a une renaissance culturelle exceptionnelle.


La créativité, les débats, les forums, les festivals, cela explose de tous les côtés. C’est un signe de vitalité qu’il faut juste canaliser et savoir exploiter».Canaliser et exploiter. En effet, mais pourquoi rien est fait ? Où se trouve le blocage ? Pourquoi on boude la culture alors que l’exemple de la ville portuaire pourrait servir de modèle ? Utiliser la culture comme vecteur de développement est possible et elle aura su le prouver et le démontre encore et toujours, puisque Essaouira continue et ne se repose pas sur ses lauriers. Pendant que la construction du musée du thé avance, la ville a pour projet de restaurer une synagogue vieille du 18e siècle pour en faire un lieu de partage, où les «compatriotes musulmans pourront comprendre la religion juive et le pourquoi du comment». De plus, un centre d’études et de recherche sur le judaïsme verra le jour dans les années à venir pour rappeler l’histoire commune entre Essaouira et le judaïsme. Et pour clore l’entretien, André Azoulay nous fera une confidence, qu’il se refuse de développer par pudeur ou superstition puisqu’il parle des prémices d’un projet. «Le dernier projet d’Oscar Niemeyer (une des plus grandes figures de l’architecture moderne, décédé récemment le 5 décembre 2012), avant de disparaître, est pour la ville d’Essaouira. Il nous en a fait cadeau». Un cadeau dont Mogador saura sûrement fait bon usage puisque la ville qui sait «additionner toutes les sensibilités de ses habitants et passionnés», sait recevoir pour mieux donner.

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