Azoulay : « La Méditerrané, espace où se fabrique et se construit la civilisation »

Publié le par Avec MAP

Azoulay3.jpg.gifRéalisé en collaboration avec l'Institut Gallup sur un échantillon de 13.000 habitants issus de 13 pays européens et sud-est méditerranéens, le rapport 2010 de la Fondation Anna Lindh [une sorte de phare pour la Méditerranée] propose une alternative réaliste et crédible à la théorie du choc des civilisations, a affirmé, vendredi à Rabat, M. André Azoulay, Conseiller de SM le Roi et Président de la Fondation Anna Lindh lors de la présentation des résultats de ce rapport portant sur les tendances interculturelles dans la région euro-méditerranéenne.
Sous forme d'enquête, le document (téléchargeable sur le site de la Fondation) ambitionne de réduire le fossé que s'est creusé dans les perceptions mutuelles entre les populations vivant des deux côtés de la Méditerranée et mieux comprendre les défis auxquels fait face la région euro-méditerranéenne.

Ci-après les idées-forces de l’exposé de M. Azoulay falors de cette rencontre qui a vu la participation de plusieurs personnalités des mondes diplomatique, culturel et scientifique dont M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l'UE à Rabat, Youssef Lamrani, Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Youssef Courbage, expert démographe libanais, Assia Alaoui Bensalah Zemrani, professeur et ambassadeur itinérant, Antoine Nasri Messara, historien libanais etc.

« J'ai la profonde conviction que pour tous ceux, gouvernements, sociétés civiles et institutions, qui depuis des décennies rêvent d'un grand soir de l'Union des deux côtés de la Méditerranée, il y aura un avant et un après la feuille de route que la Fondation Anna Lindh avec son Rapport, vient de tracer dans cette perspective exaltante » ;

« Nous savions en nous lançant dans ce projet sans précédent par son ampleur et par son audace que notre démarche pionnière et déterminée, n'était pas sans risque par les questions qu'elle posait et éventuellement par les réponses qui allaient y être apportées » ;

« Est-ce que les 750 millions de personnes qui composent le bassin démographique des 43 pays fondateurs de l'Union pour la Méditerranée ont perçu ce projet comme un énième exercice diplomatique, conçu et construit par les prescripteurs habituels et conventionnels du Mediterranean Business ou au contraire, l'ont-ils intégré et préempté dans la logique d'une rupture positive ? » ;

« Une rupture historique pour que se mettent en place demain les institutions et les règles du jeu d'une Méditerranée recomposée dans un espace euro-méditerranéen paritaire et apaisé, décidé à tourner le dos à toutes les régressions qui ont trop longtemps embrumé et fragilisé notre Région » ;

« Nos différences supposées aux plans culturel, social ou religieux, seraient-elles à ce point profondes pour que l'on renonce aux promesses d'un destin commun entre le Nord et le Sud de la Mare Nostrum ? »;

« Ce fossé théorique devenu pour beaucoup un postulat, rend-il caduque et irréaliste toute tentative de redonner à la Méditerranée les couleurs de modernité, d'humanisme et de solidarité qui ont aussi jalonné et éclairé notre route ? » ;

« Pendant des décennies, cette Méditerranée, celle de Braudel et de Paul Valéry, celle d'Amin Maalouf, d'Edward Saïd ou d'Edgar Morin, cette Méditerranée a subi les assauts et les outrages de tous ceux qui ont voulu habiller d'un alibi religieux et culturel les tragédies politiques que connaît notre Région, au Moyen-Orient et ailleurs, et qui imposent bien évidemment d'abord des réponses politiques » ;

« Nous avons été collectivement otages ou spectateurs passifs de cette régression collective qui a connu son point d'orgue quand la communauté internationale n'a pas su résister aux mirages et aux illusions d'un prétendu choc des civilisations et des religions, devenu l'alpha et l'oméga de tous nos maux » ;

« Cette période je le crois est révolue et notre Rapport va nourrir et conforter ce retour à la raison en apportant enfin les réponses objectives et exhaustives à toutes ces questions trop longtemps installées dans la logique dominante du cliché, des idées reçues et de la stigmatisation » ;

« Avec les données que nous propose le Rapport de la Fondation Anna Lindh, il sera plus difficile désormais pour les décideurs et pour les prescripteurs d'opinion de dire JE NE SAVAIS PAS » ;

« Pour les mêmes raisons, ceux qui s'étaient installés dans les fausses certitudes de la fracture et dans le confort du repli, ceux-là auront incontestablement maintenant une vie plus compliquée » ;

« Le rapport apporte en effet avec la rigueur scientifique qui s'impose les informations qui jusqu'ici nous faisaient en partie défaut » ;

« Je pense notamment aux paramètres qui déterminent au Nord comme au Sud, les fondements objectifs de la relation Islam-Occident. Je pense aussi à la place de la culture et de la religion dans nos sociétés quand sont convoquées au banquet de la pensée et du dialogue nos capacités respectives à l'altérité, à l'écoute et à une convivialité forgée par la connaissance et le respect de toutes nos histoires additionnées » ;

« Fidèle à la feuille de route qui lui a été tracée au départ et cohérente avec les objectifs que nous nous étions assignés dans notre plan triennal 2008-2011, la Fondation Anna Lindh peut ainsi sans état d'âme ou fausse pudeur proposer avec ce Rapport, un scénario alternatif, crédible et réaliste en contrepoint des théories régressives du choc des civilisations, de la fracture culturelle ou de la confrontation des religions » ;

« Libre ensuite à chacun d'entre nous de revoir son bréviaire euro-méditerranéen et de le relire à la lumière de ce qu'écrivait Paul Valéry il y a fort longtemps dans son essai sur « LA LIBERTE DE L'ESPRIT quand il nous disait qu'en vérité et quels que soient les aléas de l'histoire +la Méditerranée a été et restera pour toujours l'espace privilégié où se fabrique et se construit la civilisation+ ».

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