Benkirane joue avec le feu

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Totalement enivré par l’Etat de grâce bien que son bilan semestriel à la tête du gouvernement brille plutôt par son côté spectaculaire, Abdelilah Benkirane décide de foncer comme un torero  sur cette bête qu’on appelle « Caisse de compensation » et que jusqu’ici aucun gouvernement n’a jamais osé toucher. Non par manque de courage ou volonté politique mais par bon sens ; dans ce sens que lorsqu’un artificier se juge incapable de désamorcer une bombe, le plus sûr est de la laisser tranquille. Mais Benkirane, gonflé comme il est par les rapports « favorables »  qu’il reçoit quant à sa cote de popularité, fonce à fond la caisse ! Il sait au fond de lui-même qu’il joue gros mais il veut entrer dans l’histoire comme étant le premier chef de gouvernement du Maroc indépendant à abattre la bête. Il se voit déjà en archange Saint Michel terrassant le dragon. N’en déplaise aux « crocodiles » et « démons », qualificatifs qu’il aime employer pour désigner ses ennemis, qui ne veulent pas croire en sa détermination et surtout sa sagesse.

 

Docteur Benkirane détient la solution toute indiquée pour en finir une fois pour toute avec ce monstre budgétivore « qui ne profite qu’aux riches. » Après l’islam, bien entendu, il s’en réfère au Brésil et à l’Indonésie, deux dragons parmi d’autres qui ont réussi à cibler efficacement les programmes sociaux d’aide aux classes pauvres et nécessiteuses. Benkirane compte verser des subsides pécuniaires directement dans les comptes bancaires des ayants droit. Pour ce, il dispose déjà d’un premier fichier tout  prêt tout frais, celui des populations éligibles au Régime d’assistance médicale aux économiquement démunis (Ramed) qui doit compter à terme plus de 8 millions de personnes dont 2,7 millions en situation de grande précarité. Le secrétaire général du PJD espère ainsi faire de substantielles économies sur les quelque 52 milliards de dirhams que ladite caisse aurait avalé en 2012, presque le 6e du budget général de l’Etat est ainsi parti sous forme de subventions de la farine, du sucre et des carburants. En clair, le marocain-cible du programme social de Benkirane empochera une somme d’argent qu’il compensera en acceptant de payer la bonbonne de butane de 12 kg à 140 dirhams contre les 40 actuels, par exemple.

 

Mais ce que ne savent pas tous ces becs enfarinés qui restent bouche ouverte devant les gesticulations verbales de Benkirane et sa troupe c’est que l’état actuel des finances publics ne permettra guère de verser à chaque marocain ou ménage marocain qu’une somme mensuelle d’une cinquantaine de dirhams, ce qui  implique subsidiairement un autre problème : Les banques accepteront-elles d’ouvrir des comptes bancaires à des clients dont les revenus mensuels ne dépassent pas 6 dollars ? Sinon, Benkirane mettra-t-il à contribution les guichets de la banque postale ou du Trésor ou bien sera-t-il obligé d’ouvrir des bureaux de quartiers à la mode soviétique ?

 

En attendant les réponses, déjà une chose est sûre : Le Maroc n’est ni l’Indonésie ni le Brésil encore moins le Chili. Le royaume c’est plus compliqué que ça ! Les riches y sont parfois pauvres quand ils sont de minables radins, et les pauvres riches quand ils sont des nobles, fiers de leur passé et racines. Savez-vous pourquoi tous les indices de classement des pays selon le bien-être de leurs citoyens se plantent quand il s’agit du Maroc ? Eh bien parce que dans ce pays les disparités sociales sont autant abyssales que les différences culturelles. Si à Rabat ou à Casablanca, ou le colbertisme est érigé en religion, la construction d’un hôpital, d’une école ou la création d’une ligne de Tram  peuvent à peine contenter l’habitant, à Tata ou Tinghir la construction d’une simple mosquée de village peut rendre le sourire à des milliers de personnes. On n'a pas tous la même perception du bonheur nous Marocains. Mieux : Une grande partie des Marocains vit incontestablement dans des conditions dites « aisées » mais en réalité très précaires. Cette frange de la population ne devant son salut et son statut qu’au principe de la solidarité familiale. Combien de chefs de familles perçoivent-ils des salaires inférieurs au Smig (1600 dirhams) ou des pensions de retraite d’une centaine de dirhams mais n’arrivent à sauver la face que grâce aux aides de leurs enfants qui parfois se sacrifient pour tenir leurs engagements ? Benkirane sait-il que cette classe de Marocains n’est pas considérée statistiquement comme pauvre. Sait-il aussi que cette classe de « faux riches » préfère vivre aux crochets de leurs progénitures que (de tirer par) ou faire la manche ou de souscrire au Ramed ?

 

 That’s the question Mister Benkirane.

Publié dans Edito

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