Benkirane ou le témoin qui n’a rien vu !

Publié le par Karim El Maghribi

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Seul contre tous ? (Archives)

« Le témoin qui n'avait rien vu », une célèbre pièce de théâtre égyptienne qui a fait un tabac dans le Monde arabe et particulièrement au Maroc, il y a près de 38 ans, refait surface sous un remake non moins drôle. Mais « Chahid machafchi haja » a cette fois comme acteur principal le chef du gouvernement marocain Abdeilah Benkirane et non pas l’acteur égyptien Adel Imam.

La scène du remake est « l’arène » de la chambre des représentants à Rabat. Le dialogue : le discours ponctué de rires bizarres devant les députés dans le cadre de la séance mensuelle désormais instituée par la nouvelle constitution de 2011. Je ne vais pas éplucher toutes les paroles du chef du PJD, prononcées ce mardi 31 décembre, juste après deux nuits blanches passées au conseil national. Mais je ne peux escamoter deux faits qui me paraissent les plus symptomatiques de la manière de gouverner du député de Salé qui fête ses deux années à la primature avec un gouvernement remanié après la défection en juillet de 60 députés du parti l’Istiqlal, remplacés non sans peine avec leurs collègues du RNI avec tout ce que cette suppléance de circonstance exige de Benkirane & Co. en termes de sacrifices et d'avalement de couleuvres… 

Premier fait saillant de ce discours déguisé en réponses : la déclaration de Benkirane que d’après les informations dont il dispose des milliards ont été expatriés à l’étranger dans une allusion à peine voilée à la fameuse histoire des deux appartements de l’Istiqlalienne Yasmina Baddou, que celle-ci aurait payés quand elle était ministre de la Santé, en plein scandale des 141 milliards de centimes avalés par des laboratoires qui ont fourgué au Maroc de douteux vaccins anti grippe porcine…

Benkirane refusera de citer les noms des trafiquants de devises bien que des voix dont celle du député de l’Istiqlal Adil Chikito se sont aussitôt élevées de l’hémicycle réclamant des noms. Jusqu’à là on pourrait dire que tout s’est passé dans les normes marocaines excepté, bien entendu, cette curieuse façon de rire…

Quelques minutes plus tard, en fat, après que le président de la séance, l’Istiqlalien Karim Ghellab qui vu les crispations maitrisées de son visage était très embarrassé, les choses prendront une autre tournure, ce sera le second fait marquant. Et le meilleur ! Benkirane, en déclarant disposer d’une liste des trafiquants de devises (tout le monde a compris qu’il visait le parti de feu Allal el Fassi et surtout de l’actuel Hamid Chabat), poursuit à l’adresse des députés de l’Istiqlal, sur la même foulée, en s’époumonant grave : « Nous on n’a rien à l’étranger et si vous trouvez, toutefois, quelque chose prenez-le ! » Il l’a dit bouffi !

La gaffe. Le mot de plus même s'il a été enrobé dans une petite boutade dont il a  et l'habitude et la manie pour étouffer ce braf moment de doute. Ce « prenez-le ! » qui a déclenché l’hilarité au rayon PJD a tout gâché. C'est la feuille de figuier [je ne veux pas courir le risque d'un procès pour diffamation] qui s'est un instant écartée...  Et en même temps a révélé cette vérité toute crue : Si Benkirane savait avec précision qui de l’Istiqlal trafique des devises il n’en serait pas été de même des siens. Autrement dit Abdelilah Benkirane ne peut pas répondre à 100 % de ses troupes. Ce « prenez-le ! », bref par sa durée mais long par ce qu'il dit,  était une manière d’apporter de l’eau dans son thé (je ne veux  toujours pas être poursuivi pour diffamation) ; car, en fait, il ne sait rien.

Publié dans Focus

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