Dialogue Nord-Sud : Barcelone en Marche !

Publié le par Abdelkarim Chankou & SCSM

Chankou1.jpgLorsque Feu Hassan II avait demandé officiellement l’adhésion du Maroc à l’ancienne CEE il y a 28 ans, il savait pertinemment que sa requête allait être accueillie par le sourire à Bruxelles. « Le Maroc n’a pas vocation à adhérer à la Communauté économique européenne » répondirent quelque temps plus tard les Européens au défunt Roi. Mais la demande de ce dernier n’est pas restée lettre morte puisque 3 ans avant sa mort en 1999, Rabat a signé un nouvelle accord d’association avec l’Union Européenne qui remplace le premier datant de 1966. Douze ans après 1996, en octobre dernier, Rabat se voit une nouvelle « upgradé » vers une nouvelle forme de partenariat, dite « statut avancé ».

S.M. Mohammed VI, dans un discours adressé, aux participants du premier sommet Maroc-UE tenue ce week-end dans le cadre de ce « statut avancé » et qui ont pris fin dimanche dans le palais andalou de l’Alhambra à Grenade, exhorte les dirigeants européens à réfléchir à une forme encore plus développée de ce « statut avancé », une sorte d’ « accord d’association particulier ». Elle a parfaitement raison Sa Majesté de faire une telle demande ; car tout statut aussi avancé qu’il soit, est un « statu quo déguisé » s’il ne peut se développer continuellement dans le sens du rapprochement continu entre le Maroc et ses voisons naturels du Nord. Feu Hassan II n’avait-il pas répété à tue-tête que l’ « Europe est un prolongement par continuité du Maroc » ? , que le « Maroc est un arbre qui a ses racines en Afrique et ses feuilles en Europe » ? Toutes ses métaphores de Feu Hassan II et bien d’autres avaient pour objectif de rappeler aux Européens une réalité : le taureau que chevauche la déesse Europa a deux flancs fragiles et sensibles ; l’un dirigé vers le Moyen-Orient et l’autre vers le Maghreb et par extension le Sahel. En clair, l’Union européenne en plein élargissement à l’Est ne peut être viable et durable que si ces deux flancs sont en sécurité. Et comme il n’y jamais de sécurité ni de stabilité sans prospérité, l’UE doit peser de tout son poids tant qu’il est encore temps pour que le conflit séculaire israélo-arabe qui empoisonne la vie au Moyen-Orient trouve une enfin solution définitive sans vainqueur ni vaincu ; de même l’UE doit mettre tout son poids dans la balance pour que l’Union du Maghreb trouve le chemin de la réalisation pour le bien de tous et dans le respect de souveraineté du Maroc sur son Sahara.


Bien entendu, rien de cela ne se fera facilement du moins rapidement dans le cadre des vieilles institutions régissant les relations entre l’Europe et ses voisins de l’Est et du Sud. Franchement il faut que l’UE tienne le taureau par les cornes et se dote de son propre « statut avancé » qui ne peut être que l’Union Pour la Méditerranée ; car si élargie soit-elle, l’Europe a besoin d’espace vital pour vivre et prospérer. Et comme le colonialisme n’est plus à la mode, le seul moyen civilisé de s’étendre sans violer la souveraineté d’un voisin c’est de l’Europe dans un espace plus vaste, en l’occurrence la Mare Nostrum. Sinon d’autres puissances ne tarderont pas à le remplir, la nature ayant horreur du vide.


Evidemment ce projet a la stature d’un des 12 travaux d’Hercules : il ne peut aboutir pleinement par le seul fait des experts et autres technocrates si bien intentionnés soient-ils. Il faut une deuxième colonne, formée des bonnes volontés des sociétés civiles de deux rives, qui mènera la réflexion aux niveaux philosophique, social, culturel. En bref, il faut une âme à ce projet euro-méditerranéen né à Barcelone. Cette seconde colonne existe déjà et a fait d’énormes progrès depuis sa création en 2005 en hommage la ministre suédoise des Affaires étrangères éponyme, assassinée en septembre de la même année par un extrémiste. La « colonne » s’appelle la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures. Elle vient de réussir un autre pari dans la capitale catalane où le processus de l’Euromed vit le jour pour la première fois en 1994. Jugez-en !





Anna Lindh n’est pas morte !

En rassemblant du 4 au 7 mars à Barcelone un millier de personnalités représentatives des sociétés civiles euro-méditerranéennes et du monde politique de la Région, la Fondation Anna Lindh a confirmé avec éclat son rôle central dans le processus de mise en place de l’Union pour la Méditerranée.

C’est le constat qui a dominé la séance de clôture de ce Forum que le Président de l’Assemblée Parlementaire Euro-Méditerranéenne, le Jordanien M. Abdelhadi El Majali [dont le mandat arrive à terme à la fin du mois de mars], a qualifié de « sans précédent » dans son allocution en appelant les Etats, la Commission Européenne et les Elus à « prendre la juste mesure de ce pari réussi et du message lucide et responsable de la société civile méditerranéenne qui a dit à Barcelone son adhésion à l’Union pour peu que celle-ci soit aussi celle de la cohérence entre les priorités des gouvernements et les attentes des sociétés civiles ».

C’était précisément l’objectif ambitieux et audacieux que s’était fixé la Fondation Anna Lindh en réunissant à Barcelone les acteurs les plus engagés et les plus écoutés dans l’espace euro-méditerranéen à déclaré pour sa part le Président de la Fondation Anna Lindh, Mr André Azoulay en citant Mark Twain qui avait dit « …ils savaient que c’était impossible, c’est pourquoi ils l’ont fait… » soulignant dans cette perspective les craintes infondées de ceux au Nord et au Sud de la Méditerranée qui « donnaient peu de chances à ce rendez-vous inédit et ouvert avec sérénité à tous les débats et à toutes les opinions ».
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A cet égard, la présence au sein de ce Forum des représentants de la société civile de Gaza, sortis pour la première fois de leur cité assiégée grâce à la détermination de la Fondation Anna Lindh, et leur participation aux débats aux côtés des autres leaders palestiniens venus de Cisjordanie est une illustration éloquente de la tonalité et de l’esprit du Forum de Barcelone a souligné le Président de la Fondation Anna Lindh.

Pour M. Azoulay, la richesse et la pertinence des conclusions qui se sont dégagées de la centaine d’ateliers, de séances plénières et de rencontres thématiques autour desquels s’est articulé le Forum de Barcelone, « a apporté aux décideurs politiques, la feuille de route qui leur faisait défaut pour enraciner l’UPM dans une culture de la parité, de l’altérité et la légitimité ».
L’engouement spectaculaire suscité par le Forum de Barcelone témoigne dans ce contexte de la capacité de mobilisation de la Fondation Anna Lindh et de la cohérence des attentes qui se sont exprimées pour reconstruire les espaces de mobilité, d’échanges et de partage qui nous manquent » a ajouté André Azoulay, en rappelant que « Les Pères fondateurs de la Fondation Anna Lindh avaient dès le départ compris qu’un projet de l’envergure et de la complexité qui sont désormais celles de l’Union pour la Méditerranée, ne pouvait avoir de sens que si les paramètres politiques, humains et socio-culturels de cette Union étaient pris en compte avec la même priorité que les déterminants exclusivement économiques ou sécuritaires qui ont trop longtemps façonné de manière univoque la logique de l’espace euro-méditerranéen ».
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Pour le Président de la Fondation Anna Lindh, « pour avancer, cet espace a besoin de l’adhésion lucide du plus grand nombre et cette inflexion nouvelle passe par la réappropriation par nos sociétés civiles d’une ambition depuis trop longtemps installée dans les mécanismes d’un partenariat euro-méditerranéen dominé par la culture de l’octroi ».

« L’Histoire est là pour nous dire qu’aucun dessein de cette importance et de cette complexité n’a trouvé équilibre et pérennité en évoluant en dehors de l’adhésion des hommes et des femmes dont on veut façonner la destinée, sans qu’ils soient consultés, impliqués ou effectivement pris en compte et c’est le message de notre Forum » a conclu Mr André Azoulay en se félicitant que la Commission Européenne, la Ligue Arabe, le Conseil de l’Europe et l’UNESCO aient choisi cette réunion de Barcelone pour annoncer ou élargir leur partenariat et leur plans d’action communs avec la Fondation Anna Lindh.

Rappelons que le Forum de Barcelone s’était ouvert le 4 mars avec les interventions successives du Conseiller de S.M. le Roi André Azoulay et celle de M. Moratinos, Ministre espagnol des Affaires Etrangères et de la Coopération ainsi que celles de M.M. Fülle, Commissaire Européen à l’élargissement et au voisinage et Montilla, Président du Gouvernement Autonome de la Catalogne.

SCSM

Publié dans Edito

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